Regarder plus de cent ans en arrière permet de nous rappeler que Paris a toujours été une cité de lumières et de misère, d’immigrations et de métissages, de progrès et de contrastes…
Savez-vous que la population historique a connu un pic historique en 1921 (avec environ 800.000 habitants de plus qu’aujourd’hui) ? Savez-vous qu’en 1926, il y avait un déficit de population des hommes de 20 ans ? (et pourquoi ?). Savez-vous que la même année, seuls 38% des habitant.e.s de Paris y étaient né.e.s (contre 48% dans une autre région française et 14% hors de France hexagonale) ? Savez-vous que les Italiens, les Russes, les Belges, les Polonais etc. étaient les migrants de l’époque (bientôt rejoints par les Allemands en 1936) ? Savez-vous, savez-vous, savez-vous… Probablement pas !
Voilà une bonne raison d’aller parcourir (jusqu’au 8 février) les différentes facettes de notre capitale d’il y a cent ans ; une capitale aussi associée à l’amour et aux plaisirs qu’aux discriminations sociales, un refuge de gens hors-normes (sexuelles notamment), une ville grouillante où la santé, l’éducation, mais aussi la promotion de la natalité faisait l’objet de campagnes et de publicités.

L’exposition montre également un mini-monde tiraillé par son centre et son est, surpeuplé, populaire, souvent pauvre et précaire, et son ouest où le nombre de domestiques est alors à son apogée (entre 25% et 40% des foyers y ont des employé.e.s vivants à demeure).
C’est aussi une ville de crimes, dont celui, emblématique, de Violette Nozières qui assassina ses parents et acquerra plus tard un rebond de célébrité grâce à l’incarnation d’Isabelle Huppert chez Chabrol.
Certains visages nous sont familiers ; qu’ils et elles sont beaux et belles à admirer, ces femmes et hommes illustres ou inconnu.e.s qui faisait alors l’histoire et la physionomie de Paris : la duchesse de la Rochefoucault ou l’artiste surréaliste et communiste, René Crevel, Philippe de Rothschild qui finance le théâtre Pigalle ou l’érudit abbé Arthur Mugnier ; les artistes : La Goulue, plus si jeune et alerte, la môme Piaf, Viviane Romance, Kiki de Montparnasse et Fernandel : les « étrangers » : Paolo Fratellini, Joséphine Baker, Habib Benglia, tirailleur puis acteur, Simenon ou les Aznavourian… Tous ceux qui vont continuer à faire de Paris une légende…

Les années 30 décrites dans l’exposition, c’est aussi (ici comme beaucoup d’ailleurs) la pauvreté et le chômage, notamment pour les femmes et les migrants, et cet état de fait est illustré par un photomontage de Charlotte Perriand montré au Salon des arts ménagers de 1936.
On y découvre également quels étaient les emplois occupés par des femmes en 1926 à Paris, dans les « soins personnels et domestiques » et dans l’industrie avec une forte proportion d’employées de maison, de couturières, de concierges, de femmes de chambre et de ménage, etc. Les hommes eux, étaient majoritairement employés dans l’industrie, le commerce et le milieu bancaire. Ils étaient employés de commerce ou de chemin de fer, de métro ; ils étaient mécaniciens, manœuvres, comptables, menuisiers, etc. Et bien sûr, s’il est une profession qui symbolisait le « ventre de Paris », c’était bien sûr les forts des halles.
Et enfin, il y avait le Paris coquin et caché, et la montée en puissance des journaux aux tirages impressionnants (1,5 million d’exemplaires pour Le Petit Parisien) et des « actualités » diffusées (en attente de la télévision) dans les cinémas et à la radio.
Parcourir l’exposition, c’est aussi profiter du très bel arrêt sur images que constitue le catalogue avec un papier de superbe qualité, des photos très bien reproduites et des textes que l’on a le temps de savourer assis tranquillement dans son canapé.
Le musée Carnavalet, musée de l’Histoire de Paris dont les expositions sont toujours d’excellentes composition et illustrations s’est fait le temps de l’une d’entre elles le musée de l’Histoire des Parisiens. À savourer jusqu’au 8 février, et après en continuant à feuilleter le catalogue.