Le 28 rue Mazarine expose une série de clichés de Jerry Schatzberg, choisis par l’artiste lui-même. Photographe mais aussi réalisateur de renom, une rétrospective de trois de ses films débute le 21 janvier au Christine Cinéma Club. L’exposition comprend des photographies inédites et trois tirages en édition limitée.
Fidel Castro, un charpentier avec sa femme ou encore Geoffrey Holder. Tous sont passés devant l’objectif de Jerry Schatzberg, dont les clichés sont exposés en ce moment au Galerie Paris Cinéma Club.
Photographe américain de renom, Schatzberg naît dans le Bronx en 1927. Après des études à Miami, il se spécialise dans la photographie de mode, vend ses clichés à revues mythiques comme Vogue ou LIFE et réalise des films de publicité. Il filme son premier long-métrage, Portrait d’une Enfant déchue, en 1970. Schatzberg fait par la suite tourner Al Pacino dans Panique à Needle Park (1971), ou encore Gene Hackman dans L’Epouvantail (1973), qui remporte la Palme d’Or du Festival de Cannes.
Aujourd’hui âgé de 98 ans, Jerry Schatzberg, fort de son oeuvre sentimentale, continue de fasciner. On le retrouve plus récemment dans le documentaire Jerry Schatzberg, Portrait Paysage (2022), réalisé par Pierre Filmon.
Que ce soit dans le cinéma ou la photographie, Jerry Schatzberg a un rapport intime à son sujet. Il suffit de regarder ses clichés de Warhol ou sa longue série sur Bob Dylan pour s’en rendre compte. Plutôt que l’artifice et le paraître, Schatzberg choisit la simplicité du quotidien pour sublimer l’intime. En mettant son sujet en confiance, Schatzberg parvient à saisir mélancolie et maladresse innocente chez des sujets qui sont pourtant parfois de véritables rockstars. Ainsi, les clichés de Schatzberg, la plupart en noir et blanc, figent dans le temps des figures qui nous touchent par leur humanité révélée. A côté des portraits de célébrités trônent des individus anonymes, dont la mise en avant est tout autant travaillée.
La série sur les début de Yves Saint Laurent surprend par son inventivité et retient l’attention du visiteur. Le travail d’assemblage de plusieurs clichés, pris lors d’un concert des Beatles, souligne une dérision sans moquerie alors présente dans l’oeil de Schatzberg. Humour discret que l’on retrouve aussi dans plusieurs scènes de rue. En bref, Jerry Schatzberg parvient très finement à nous faire rire en exposant la légère absurdité du quotidien. Et ce, pour mieux nous faire aimer le réel.
Le cinéma de Schatzberg est particulièrement intéressant à explorer. Dans la lignée de son travail de photographe, Schatzberg interroge la complexité humaine dans un style épuré. Panique à Needle Park (1971) retrace la vie de consommateurs d’héroïne, tandis que L’Epouvantail (1973) suit le quotidien de deux marginaux. Loin des effets spéciaux et des blockbusters de l’époque, Schatzberg privilégie un cinéma humain qui apparaît aujourd’hui comme précurseur.
Une rétrospective de trois de ses films accompagne l’exposition. Panique à Needle Park (1971), L’Epouvantail (1973) et L’Ami Retrouvé (1989) seront diffusés au Christine Cinéma Club, à partir du 21 janvier. C’est l’occasion de découvrir un cinéma parfois ostracisé, sensible, et qui met en avant des acteurs connus à leurs débuts. Panique à Needle Park (1971) s’avère même être le premier rôle principal de Al Pacino.
Le Festival de Deauville avait mis à l’honneur les films de Jerry Schatzberg en 2023.
Image: © Site de Jerry Schatzberg
Exposition jusqu’au 14 février