L’exposition « Pekka Halonen : Un hymne à la Finlande » se tient au Petit Palais à Paris jusqu’au 22 Février 2026. A travers ses tableaux de paysages il nous fait communier avec une nature sauvage et belle, incarnation de l’âme finlandaise.
« Il me suffit de me rendre dans la forêt pour voir les plus merveilleuses des peintures, je n’ai besoin de rien d’autre ». Pekka Halonen (1865-1933) est né dans le centre-est de la Finlande à Lapinlahti. Dès son enfance il a été en contact avec la vie rurale et la rude nature nordique. Après ses études à l’école des Beaux Arts d’Helsinki il séjourne à plusieurs reprises à Paris et sera l’élève de Paul Gauguin. Il voyage aussi en Italie avant de s’installer définitivement en 1903, en pleine nature au bord du lac Tuusula à Halosenniemi. Ce lieu sera son refuge, sa source d’inspiration et il s’y formera une véritable communauté artistique.
Nous sommes dans une exposition d’envergure, la première rétrospective parisienne consacrée à Pekka Halonen. Grâce à la collaboration avec le Musée d’art de l’Ateneum- Galerie nationale de Finlande, 130 œuvres sont exposées dans un parcours chrono-thématique réparti en six salles. La muséographie est remarquable, elle nous fait rentrer dans l’univers de Pekka Halonen. Le visiteur est invité à une promenade architecturale, artistique, historique. Le pavillon finlandais de l’exposition universelle de 1900 a été reconstitué, il s’agissait d’un événement majeur pour la Finlande encore sous domination impériale russe. De grandes photographies de l’intérieur du pavillon, nous en montre le caractère solennel, nous sommes dans une cathédrale patriotique. Puis un long couloir, nous conduit à une incroyable reconstitution de sa demeure à Halosenniemi. Le visiteur arrive dans un vaste atelier aux parois de bois, éclairé par une vaste baie vitrée donnant sur le lac Tuusula tout proche. Le titre de la dernière salle « Symphonie en blanc majeur » est bienvenu pour un artiste qui a toujours vécu avec la musique. Son frère était violoniste professionnel, sa femme pianiste et il jouait du « kantele » une cithare finlandaise traditionnelle. Cette sixième salle est une grande réussite : vaste, elliptique, elle accueille les célèbres paysages de neige, qui se déroulent en une vaste fresque poétique.
Depuis 1809 le Grand Duché de Finlande est intégré à l’empire russe. Une tutelle d’autant plus mal supportée qu’en 1899 un manifeste impérial restreint encore plus les libertés des Finlandais. La Finlande n’accédera à l’indépendance que fin 1917 à la faveur de la révolution d’Octobre. Pekka Halonen est un artiste engagé en faveur de l’indépendance. Il est membre du cercle patriotique « Nuori Suomi, Jeune Finlande ». Résister c’est d’abord participer à l’Exposition Universelle de 1900. Le peintre y expose deux grandes toiles : dans Le Chasseur de lynx, l’homme aux aguets domine la forêt enneigée et affronte la vie sauvage. A coté La lessive sur glace révèle la dureté de la vie rurale. Une femme est courbée sur un trou de glace à quelques pas du village. Les arbres ploient sous le froid, la lumière grise hivernale peine à éclairer la neige. L’œuvre est émouvante de réalisme.
Résister, c’est aussi peindre des œuvres patriotiques comme Pionniers en Carélie, une région disputée avec la Russie. On y voit le dur labeur des bûcherons qui déploient à la fois habilité et force physique. Contrée sauvage nous montre une forêt primitive qui paraît indomptable dans l’entrelacement des troncs et des racines. Les arbres millénaires symbolisent l’irrédentisme finlandais. La musique n’est pas en reste. Le joueur de Kantele est un chanteur de rue traditionnel. Ses doigts déformés par les rhumatismes sont posés sur les cordes, son regard habité par la musique est celui d’un chamane. Pour Pekka Halonen célébrer les traditions ancestrales de la Finlande était aussi un acte de résistance.
Pekka Halonen voulait chanter l’âme de la Finlande à travers ses paysages et mener une vie simple en harmonie avec la nature. C’est à Halosenniemi qu’il a pu réaliser cet idéal. Une sensation de bonheur paisible se dégage de son atelier. La vie familiale, il a eu 8 enfants, est mise en peinture, nous découvrons la salle à manger, le sauna, une chambre d’enfant toute simple. Le jardin est mis à l’honneur, il le cultivait lui même. Dans un tableau très séduisant, il peint ses plants de tomates comme un bouquet de fleurs aux couleurs claires, chatoyantes. Nous pouvons voir son « kantele », à Halosenniemi il participait à des concerts avec sa femme Maija pianiste.
Pekka Halonen nous fait vivre le rythme des saisons. Dans Impression du soir un jeu d’ombre et de lumière très subtil représente admirablement la tombée du jour sur un paysage enneigé par une journée d’hiver ensoleillée. Le dégel du lac Tuusula est tout aussi fascinant de réalisme. Grâce à d’infinies nuances de blancs et de gris, la fonte de la glace est palpable. Paysage sauvage en été nous montre une forêt primitive avec des arbres morts en premier plan. Le vert des conifères s’estompe quelque peu, dans le léger flou d’une brume estivale.
La visite se termine par « la Symphonie en blanc majeur ». Une salle de toute beauté qui nous permet de rêver devant une vingtaine de ces paysages de neige qui l’ont rendu célèbre. L’éclairage est tamisé, le contraste est frappant entre les blancs des tableaux et le bleu nuit des murs et du plafond. Certains paysages sont étincelants de lumière d’autres sombres, le ciel gris plombé, la lumière blafarde évoquant une tempête de neige imminente. Le poids de la neige écrase les troncs dénudés. Certains tableaux ont une précision photographique, d’autres sont plus abstraits, les arbres devenant fantômes ou spectres.
Alors oui, il est encore temps de découvrir l’œuvre de Pekka Halonen pour son immense talent de paysagiste. L’exposition réussit, c’est tout son mérite, à nous transmettre la dimension mystique, sacrée, que revêtait la nature pour l’artiste. Surtout lorsqu’elle est sublimée par l’hiver.
Visuel© : Finnish National Gallery/ Aleks Taler. Pekka Halonen : Le Chasseur de lynx, 1900.
Pekka Halonen. Un hymne à la Finlande, jusqu’au 22 février 2026, Tous les jours du mardi au dimanche de 10 à 18h, Petit Palais Musée des Beaux Arts de la Ville de Paris, Avenue Winston Churchill, 75008 Paris.