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19.02.2026 → 22.06.2026

Bible, danse, tatouages et meurtre : la dangereuse Salomé

par Olympe Auney
21.02.2026

Elle a captivé les artistes du XIXème siècle, fasciné Jean Jacques Henner et obsédé Gustave Moreau… L’acquisition en 2024  d’une Salomé à la robe rouge par le musée Henner est le point de départ de cette petite expo, entièrement dédiée à ce modèle de sensualité dangereuse. À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Gustave Moreau, les oeuvres des deux contemporains sont rassemblées pour la première fois. Livrant une approche diamétralement différente, ils font dialoguer l’onirisme, la chair et le danger.

Une femme fatale dans la Bible ? 

 

Personnage biblique, Salomé n’est même pas nommée en tant que tel dans le Livre saint. Les évangélistes Marc et Mathieu la désignent dans leurs écrits comme la fille d’Hérodiade, l’épouse du roi de Galilée Hérode Antipas. Pour son anniversaire, ce dernier organise une somptueuse réception au cours de laquelle sa chère et tendre belle fille danse. Ivre de ses charmes, le roi jure devant ses convives de lui accorder tout ce qu’elle voudra, fût-ce la moitié de son royaume. Éperdue, la jeune fille court demander conseil auprès de sa mère. Or, St Jean-Baptiste, un prédicateur de renom avait été jeté en prison pour avoir critiqué l’incestueuse union des deux souverains. La reine est rancunière…elle exige sa tête. Hérode est alors contraint d’exaucer le vœu macabre de sa belle-fille pour ne pas rompre son serment, et le saint est décapité. 

 

 

 

Salomé : adulée, crainte, fantasmée

 

Si l’épisode est décrit depuis le Moyen-Âge, il connaît à la fin du XIXe siècle une recrudescence inédite  : Salomé incarne la femme décadente, dont la perverse séduction ébranle la volonté masculine. Dramaturges, écrivains, peintres et sculpteurs projettent sur elle le fantasme d’un orient sensuel et brutal. Les versions de Salomé affluent, dans des compositions où l’érotisme épouse la violence. Bardées de pierreries, de boucles brunes et de lourdes étoffes savamment négligées, les Salomé sont parfois dépouillées de tout attribut, seulement prétextes à une nudité impudique, et deviennent l’archétype de la femme fatale. 

 

Les Salomé déifiées (et tatouées!)  de Gustave Moreau : 

 

Gustave Moreau est fasciné par Salomé. Peintre symboliste de renom, installé dans le 9e arrondissement parisien, cet artiste d’origine bourgeoise décuple les versions de la princesse juive. Il décrit dans une trentaine d’œuvres la funeste scène, temps par temps : la danse, la décollation, la présentation de la tête, et va jusqu’à imaginer des iconographies totalement novatrices, telles que convoquées dans l’Apparition, où la princesse vêtue d’une gaze diaphane et d’opulentes parures désigne du bras la tête sanguinolente et nimbée de Jean-Baptiste flottant dans les airs.  

 

Entre Jean-Jacques Henner et lui, c’est le premier à traiter le thème, en présentant au Salon de 1876 la Salomé dansante de Los Angeles. Dès lors, il multiplie les versions dans lesquelles la jeune femme danse, tantôt nue, tantôt de blanc vêtue, coiffée d’une tiare luxuriante, une fleur de lotus à la main. Dans l’ombre se tient Hérodiade la rancunière, l’épouse manipulatrice du roi gâteux, effacé sur son trône, soumis à ses désirs illusoires. Dans le fond, une effigie de la Diane d’Éphèse aux seins multiples incarne l’Orient fantasmé.  

Les nombreuses variantes inachevées témoignent d’une attention toute particulière accordée à l’architecture, qui ne prétend aucunement à une quelconque réalité archéologique. Il puise dans des recueils de motifs, tel que la revue … pour des compositions éclectiques et originales. En fin de vie, alors qu’il travaille à transformer sa maison-atelier en musée, il reprend certaines huiles inachevées en décalquant directement sur la peau de Salomé des motifs variés : on retrouve le scarabée égyptien, des emblèmes médiévaux… ce qui lui valut au musée le surnom de Salomé tatouée! 

 

La femme de chair et de sang signée Henner 

 

En 1877, un an après Gustave Moreau, Jean Jacques Henner présente au Salon La tête de Jean Baptiste, sobrement coupée et déposée sur un plateau d’or. Les plus physionomistes reconnaissent alors les traits du collectionneur Charles Hayem, mécène de Gustave Moreau (mais qui semble ne pas s’être offusqué de cette charmante plaisanterie). Henner se fascine ensuite pour Salomé, dont il griffonne l’obnubilante silhouette dans chacun de ses carnets, au dos d’une chute de papier de verre, sur les premières pages de son agenda…10 ans plus tard, il présente au Salon une nouvelle toile titrée Hérodiade. Aujourd’hui disparue, une reproduction photomécanique parue dans le journal et découpée par l’artiste nous donne une idée de l’œuvre originale, dont le musée possède d’ailleurs une toile préparatoire à échelle. Celle qui semble plutôt être une Salomé nous apparaît, regardant directement le spectateur, une épaisse chevelure rousse et la robe barbouillée d’un rouge vif, apanage de la passion et du sang en contraste avec sa carnation opalescente.

 

Le musée Jean-Jacques Henner fait l’acquisition en 2024 d’une variante tardive de Salomé vêtue de pourpre et ne tenant plus seulement que sous son bras le funeste plateau d’or dont les contours se fondent dans le sombre. Cette œuvre fonctionne comme un pendant avec une Salomé à la robe bleue réalisée trente ans plus tôt.  Le visage, reconnaissable, est celui de son élève et modèle qui n’a alors que 14 ans. 

 

 

 

Les visages de la princesse

 

Les deux artistes proposent une interprétation diamétralement différente de la princesse biblique. Gustave Moreau, comme en témoignent ses dessins préparatoires, travaille d’après des modèles vivants. Mais il s’en détache rapidement, affine les silhouettes pour en faire des figures sveltes, élancées, qui évoluent sur la pointe des pieds, pâles de lumière. Dans À rebours, Huysmans décrit La Salomé dansant devant Hérode de manière érotisante. Pourtant, la Salomé de Moreau n’a rien de charnel. Elle est emblème mystique de séduction, semblable à une déesse hindoue, anachroniquement holographique et intangible. Elle danse dans un palais somptueux, où tous les personnages de l’histoire sont présents, comme si elle était écrite par avance.

 

Henner quant à lui renonce à toute tentative de décors accessoire. Salomé est pleinement intériorisée, seulement reconnaissable par le plateau qui a servi à recueillir la tête du saint qu’elle tient en main. De telle sorte, nous raconte la commissaire d’exposition, que l’heureux propriétaire de la Salomé en robe bleue n’avait pendant longtemps pas compris qui était cette femme avec son “cercle d’or”. La tête penchée vers l’avant, le regard fixé sur le spectateur, digne d’un “Kubrick stare” en fait une femme résolument dangereuse et menaçante. Chez Henner, Salomé est à l’inverse de celle de Moreau un être de chair, pleinement réel, pleinement sensuel.

 

L’expo rassemble une trentaine de variantes de la redoutable princesse juive : tableaux aboutis, esquisses, dessins préparatoires et carnets d’artistes jamais exposés auparavant qui racontent Salomé. Vue par deux artistes aux approches différentes, la femme fatale qui fascinait les artistes du XIXème siècle fait encore effet sur les spectateurs du XXIème qui l’honorent d’un regard nouveau.  

 

 

Le musée Gustave Moreau et le Musée Henner appartiennent au même établissement depuis 2017. Dès le 26 mars, le musée Gustave Moreau accueillera une petite expo : La sirène et le poète, promesse de voyage et d’onirisme. 

 

Plus d’infos sur l’expo Salomé, le mythe : 

Salomé, Henner et Moreau face au mythe 

 

Crédits photographiques :

Jean Jacques Henner, Salomé, vers 1892, huile sur toile, collection particulière, © Isabelle de Lanoy

Jean Jacques Henner, Salomé dite à tort Hérodiade, grande étude préparatoire vers 1887, huile et fusain sur papier marouflé sur toile, Paris, musée national Jean Jacques Henner, © Jean Yves Lacte

Gustave Moreau, Salomé dansant devant Hérode, huile sur bois, Paris, Musée Gustave Moreau, Grand palais RMN, © René Gabriel Ojeda

Jean Jacques Henner, Salomé, variante tardive, 1904, huile sur toile, Paris, musée national Jean Jacques Henner, © Jean Yves Lacte