Dans la catégorie Nouveaux regards, le Festival du film francophone à Angoulême a dévoilé le film tendre et poétique d’Anne Brochet.
Chaque année à Cayeux-sur-Mer, 400 cabines s’animent comme un décor de théâtre grandeur nature. La réalisatrice a couché sur pellicule ce rituel saisonnier partagé par des centaines de familles venues des quatre coins de la France et parfois plus loin. Filmée par son complice Pierre-Alain Giraud, Anne Brochet s’installe dans son réduit, soulève l’auvent, déplie le fauteuil. Le voyage chez les autres peut commencer. Convoquant les souvenirs de famille, elle n’hésite pas à explorer cette promiscuité choisie pour assouvir la curiosité née à cet endroit même lorsqu’elle était enfant.
Parfois un drapeau qui rappelle le point de départ, de Valmondois à Calvi, de Pondichéry à Bourg en Bresse, et parfois un prénom, des initiales. Tous les frontons représentent une énigme à son voisin de cabine.
Cette lumière blanche de l’été, la plage de galet gris formant un doux camaïeu avec la mer et le ciel les jours brumeux, nous plongent dans notre propre nostalgie. Que l’on ait été acteur ou spectateur de ces cabines privilégiées, réservables d’une année sur l’autre la plupart du temps, nos souvenirs de bord de mer ont été chorégraphiés d’une manière ou d’une autre par le ballet minutieux de cet arrière-plan. Et il est drôle de constater que ces cabines sont une fabrique à souvenir qui se transmet dans une pure tradition filiale.
Un cirque est venu se greffer au paysage juste au-dessus de la cabine d’Anne Brochet. Et miracle, il porte les mêmes couleurs de sorte que la cabane se fond dans son ventre. C’est toute une philosophie qui invite à la réflexion et à la rêverie entre ce manège sous le chapiteau et les cabanes colorées en ligne de fuite vers l’horizon. Une aubaine inespérée qui donne au montage avec ses coupes et ses plans successifs toute la poésie de l’éphémère. Dans ce petit film de proximité, on noue le fil de l’enfance au récit du quotidien pour reconsidérer le tumulte qui nous attend avant de revenir l’année suivante et se retirer de nouveau dans sa bulle au bord de l’été, au bord des autres.
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