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The Testaments : que vaut la suite de La Servante écarlate ?

par Melodie Braka
10.04.2026
THETESTAMENTS©disney (1)

Suite de La Servante écarlate, adaptée de l’œuvre de Margaret Atwood, The Testaments déplace son point de vue en quittant celui de June, incarnée par Elisabeth Moss, pour suivre celui de sa fille Agnes, interprétée par Chase Infiniti. L’adolescente a grandi dans un monde aseptisé, aux codes parfaitement intégrés, loin de toute référence familière. Découvrez notre revue du teen drama dystopique événement.

Dans La Servante écarlate, tout partait de l’arrachement brutal d’une mère à sa vie, à son conjoint et à sa fille, alors que le monde avait sombré. La série installait un futur proche, presque contemporain, où le fascisme et l’autoritarisme avaient pris le pouvoir aux États-Unis, en résonance avec d’autres régimes bien réels. Elle a marqué durablement le paysage des séries, imposé une esthétique, une figure, et une manière de raconter la dépossession des femmes à l’écran, au point de devenir pour beaucoup une référence, malgré des dernières saisons parfois jugées moins abouties. Avec The Testaments, ce point d’entrée disparaît, avec nos repères.
THETESTAMENTS©disney (3)
On ne découvre plus Gilead à travers une rupture de l’ancien au nouveau monde, mais depuis l’intérieur. Les jeunes filles que l’on suit y ont grandi, elles en connaissent les règles, les gestes, les limites. Elles ne parlent pas de leur manque de liberté, elles la subissent, sans même la conscientiser. Cette sorte de naïveté, presque pudique, coexiste avec une violence sourde.
Dans The Testaments, la possibilité d’un autre monde ne fait même plus débat. Elle subsiste à peine, dans des répliques brèves, ironiques, presque désinvoltes, dont Margaret Atwood a le secret. À une question d’Agnes sur ce qu’est Tinder, une Martha répond simplement : « C’est quelque chose que tu auras jamais besoin de savoir, ma chérie. »
Une phrase suffit à faire exister ce monde, avant de l’effacer aussi subitement.

Un monde beau, parfaitement réglé et profondément menaçant

 

Ce que la parole ne dit pas, l’image le révèle, et c’est peut-être là que la série se montre la plus précise.
La directrice de la photographie, Claudine Sauvé a effectué un travail d’orfèvre sur la couleur, pensée comme un langage à part entière. Le rouge de La Servante écarlate relevait d’un marquage explicite : conçu pour rendre les servantes immédiatement repérables, incapables de disparaître dans le collectif. The Testaments élargit cette palette et l’affine, introduisant des violets profonds, des verts émeraude, des roses et des teintes automnales plus feutrées, plus séduisantes, des couleurs qui n’exposent plus la contrainte mais l’intègrent, en la transformant en signe d’appartenance sociale. Le rouge laissait peu de place à l’ambiguïté ; ici, la sophistication des teintes dessine un monde plus doux, mais pas moins structuré.
THETESTAMENTS©disney (2)

Ce déplacement se lit immédiatement à l’image, et Bruce Miller en assume pleinement la logique : lors de la conférence de presse à Séries Mania, il rappelle que la série se situe désormais du côté des femmes placées au sommet de la hiérarchie sociale, tout en précisant que « le vécu des femmes en haut et en bas reste très similaire ». La beauté change de camp, en quelque sorte, mais elle ne change pas de nature.
Tout est maîtrisé, composé, presque cérémoniel. Les corps sont droits, les cadres rigoureux, les gestes contenus, comme si chaque mouvement répondait à une partition déjà écrite. On pense à ces univers où la couleur organise le monde autant qu’elle l’embellit, comme chez Wes Anderson, où chaque teinte devient un marqueur social, ou à l’inverse à Euphoria, où la lumière déborde et traduit des états intérieurs. The Testaments se situe ailleurs, dans un contrôle permanent de l’image, comme si rien ne devait dépasser.
THETESTAMENTS©disney (5)
Ce soin formel produit un contraste constant avec ce qu’il recouvre. Certaines scènes convoquent des imaginaires religieux, évoquant des formes de baptême ou de rituel ; d’autres s’inscrivent dans une mémoire plus sombre, presque documentaire, où l’on pense à ces foules organisées, à ces espaces fermés qui rappellent les logiques à l’œuvre lors de rafles comme celle du Vel d’Hiv. Ces références ne relèvent pas du simple écho visuel : elles ancrent la série dans une histoire bien réelle, en rappelant que les régimes autoritaires ne surgissent pas hors du monde, mais s’appuient sur des formes, des codes, des structures déjà existantes.
L’image ne se limite donc pas à créer un univers esthétique : elle place le récit dans un contexte historique et politique, et rappelle que le totalitarisme peut surgir au sein de structures qui semblent tout à fait légitimes.

Margaret Atwood, une présence toujours active

L’écriture prolonge très clairement l’univers de Margaret Atwood, aujourd’hui âgée de 86 ans, toujours impliquée dans la série.
Bruce Miller le rappelle, chaque script lui est soumis, chaque épisode discuté.
On retrouve cette manière très particulière de faire exister la violence dans les détails, dans des phrases en apparence anodines, dans des silences. Certaines formules reviennent, « By His hand », « whose fault it is », comme des traces persistantes, presque des rappels à l’ordre.
La menace ne disparaît jamais vraiment.

Une série d’adolescentes dans un monde sans alternative

La mère courage et féroce cède la place à une bande d’adolescentes en proie à leurs premiers chagrins et avec elle, c’est le registre même de la série qui bascule.
On retrouve des dynamiques de groupe, des amitiés, des élans, des hésitations, tous les ingrédients du teen drama, mais dans un cadre où aucune liberté réelle n’existe. Ce contraste donne à la série une tonalité particulière, où la douceur apparente des relations amicales n’efface jamais l’ombre menaçante de la violence du système.
THETESTAMENTS©disney
Le producteur Warren Littlefield voit dans The Testaments une histoire « d’éveil et de rébellion chez de jeunes femmes ayant grandi dans Gilead ».
Pour incarner Agnes, Chase Infiniti a étudié les logiques d’adhésion des environnements fermés afin de comprendre, de l’intérieur, ce que signifie grandir sans distance critique.
Les interactions entre les filles ont beau être plus chaleureuses, parfois presque insouciantes, cette légèreté reste fragile, constamment traversée par quelque chose de plus sombre.

Le choix de la polyphonie : bonne ou mauvaise idée ?

La série adopte une structure éclatée, faisant circuler le récit entre plusieurs trajectoires là où La Servante écarlate s’articulait principalement autour du regard de June. Plusieurs voix se répondent, se superposent, élargissant la perception du système et permettant d’en saisir différentes strates, différentes logiques : Agnes, Daisy et tante Lydia.
Mais ce foisonnement a un revers : toutes les trajectoires ne produisent pas la même intensité, et la multiplicité des points de vue ne suffit pas toujours à créer davantage de profondeur. Certains fils narratifs restent en surface, sans que la série leur accorde le temps nécessaire pour réellement résonner. Ann Dowd, qui reprend le rôle de Tante Lydia, illustre pourtant ce que cette approche peut produire quand elle est pleinement habitée : elle explique refuser de juger son personnage, préférant chercher à le comprendre : « Je ne la juge pas… c’est devenu une amie précieuse. » Cette nuance existe donc, mais elle reste inégalement répartie.
THETESTAMENTS©disney (6)
Ce sentiment de distance se manifeste aussi dans la construction même du récit. La voix intérieure d’Agnes en est un exemple frappant : par son usage singulier du futur, elle raconte ce qu’elle vit tout en laissant entendre ce qui va advenir, comme si l’issue était déjà inscrite ailleurs. Une tension particulière s’installe ainsi, presque de l’ordre de la fatalité, qui accompagne le spectateur sans jamais se dévoiler tout à fait. Ce signe indique que la série sait, par moments, tirer parti de sa structure pour créer quelque chose de plus trouble et de plus profond.

Une série maîtrisée, mais moins incisive

La qualité de la mise en scène, la beauté des images et l’engagement des actrices ne sont pas en cause.
Chase Infiniti porte le rôle d’Agnes avec une palette de jeu nuancée et convaincante, comme Lucy Halliday dans celui de Daisy. Ann Dowd, elle, n’a plus rien à prouver. Mais, l’ensemble du casting n’atteint pas toujours le même niveau d’intensité. Certains personnages manquent de trouble, de complexité, là où des acteurs comme Max Minghella ou Joseph Fiennes dans La Servante écarlate apportaient une ambiguïté plus marquée. Certaines figures masculines apparaissent trop lisses, presque fonctionnelles, réduites à leur rôle dans le système sans jamais déborder vers quelque chose de plus ambigu.
THETESTAMENTS©disney (2)

Ce déséquilibre traverse la série elle-même. Le regard adolescent ouvre une autre lecture du système, mais il semble parfois moins chargé que celui d’une femme en lutte directe contre Gilead. La nature même de l’attente change : avec June, on guettait l’écroulement d’un système, on retenait son souffle à chaque fissure. Ici, c’est autre chose qui s’installe, une curiosité plus diffuse pour le devenir de cette bande de filles dans une ambiance totalitaire de fin du monde, pour ce que le système va faire d’elles, ce qu’il va leur laisser ou leur prendre. Ce n’est pas moins légitime, mais c’est moins urgent. En changeant de point de vue, la série gagne en distance ce qu’elle perd en tension.
The Testaments ne cherche pas à reproduire La Servante écarlate, et c’est tout à son honneur. Elle s’en éloigne, explore d’autres angles, propose une autre façon d’habiter cet univers. Mais elle ne retrouve pas toujours la même force, et c’est peut-être là que réside sa limite principale : dans cet équilibre instable entre continuité et déplacement, entre la fidélité à ce qui a été construit et la volonté de s’en affranchir.

Visuels ©disney