Sélectionné par le Festival du film politique de Carcassonne dans sa section hors compétition, le film de Lee Ran-Hee est une radiographie sociale du système éducatif de la Corée du Sud. Un film austère, mais d’une lucidité politique rare, qui laisse le spectateur face à un malaise durable.
L’histoire suit Chang-Woo, un lycéen en dernière année dans un lycée professionnel. Comme la plupart des élèves, il doit effectuer un stage en usine, passage obligé qui décidera de son orientation entre intégrer une université, ou trouver rapidement un emploi. D’abord plein de bonne volonté, il découvre un environnement de travail rude où, de l’usinage à la manutention, le danger est partout. Jamais traité comme un apprenti mais comme une main-d’œuvre bon marché, il est confronté à la précarité mais il persiste à trouver une faille dans ce système académique, qui lui permettra de s’extraire et en même temps de pourvoir au besoin d’argent de sa famille.
Lee Ran-Hee détourne habilement le récit initiatique classique pour en faire une critique feutrée mais implacable de la société coréenne contemporaine. En filmant le parcours obligé des étudiant·e·s arrivant au terme de leur parcours, tiraillé·e·s entre idéaux, fatigue et incertitudes, elle capte une forme de malaise générationnel, celui d’une jeunesse sommée d’être performante, reconnaissante et docile, responsable de son propre échec. Le ruissellement du capitalise made in Corée.
Le rythme s’étire mollement pour nous amener à une lente prise de conscience. Ce qui est présenté comme un espace d’apprentissage devient progressivement un lieu de reproduction des normes sociales, où la conformité est récompensée et la contestation discrètement étouffée. Le film décrit ainsi une existence tragiquement monochrome promise aux ouvriers : gestes répétés, horizons verrouillés, voix étouffées. La mise en scène sobre, presque clinique, laisse émerger la violence structurelle des rapports hiérarchiques. Dans une société où l’assiduité et le corporatisme sont essentiels, comment s’opposer sans désobéir ?
© Lee Ran-Hee