Présenté en première mondiale au Festival FFA 2025, Sans Pitié, premier long métrage explosif de Julien Hosmalin, débarque cette semaine au cinéma.
Une scène d’ouverture bien ficelée suffit parfois à happer illico presto le spectateur dans l’univers d’un film ou d’une série. C’est le cas de Sans Pitié, et sa longue séquence d’introduction au milieu d’une zone désaffectée dans laquelle on assiste aux adieux brutaux du vieux chien de la famille au centre de l’intrigue. Si la scène ouvre crûment le long métrage de Julien Hosmalin, elle donne déjà une première lecture – minime, ceci dit – du titre du film. Avec ses teintes jaunies et sa caméra fixe sur Dolly Slider, Sans Pitié prend dès les premières minutes les allures d’un western couplé d’un film d’auto-défense (vigilante movie), où la spatialité et la temporalité restent floues d’un bout à l’autre du récit.
Pour son premier-né, le réalisateur français relate les tribulations de Maria (Laura Sepul), mère célibataire qui élève ses deux fils Rayan (Tewfik Jallab) et Dario (Adam Bessa). Ils vivent tous trois dans une caravane, près d’une fête foraine dans laquelle Maria tient le stand de tir. Un jour, Dario disparaît, puis réapparait le lendemain, blessé et mutique. Vingt ans plus tard, au décès de sa mère, Dario revient dans le coin qu’il a fui dix ans auparavant, et retrouve son frère aîné. Une rencontre inattendue surplace ravive alors le traumatisme du passé, tiraillant chacun entre désir de vengeance et volonté d’éviter à tout prix le chaos.
Inspiré par sa propre jeunesse dans une caravane aux côtés de sa mère et de son grand frère, Julien Hosmalin a forgé son imaginaire à proximité des forains. Pas étonnant donc que ce cadre soit le théâtre de son film. L’élément traumatique relaté dans Sans Pitié est a contrario totalement fictif, mais hante déjà les courts métrages du réalisateur. Avec des influences américaines évidentes (de la filmo’ de James Gray à The Place Beyond the Pines, entre moult autres), Julien Hosmalin peut se vanter d’avoir une mise en scène aussi maîtrisée qu’ambitieuse. Exit le naturalisme, il choisit de texturer ses images comme son ambiance sonore, et laisse ainsi toute la tension du récit se déployer dans un rythme changeant pour mieux déstabiliser le spectateur.
Explosif et captivant, Sans Pitié tient en haleine jusqu’à son acte final. Un suspense tissé habilement grâce à un montage malin et énergique, mais aussi dû aux personnalités antipodiques et imprévisibles des deux frères, duo hypnotique campé impeccablement par Adam Bessa et Tewfik Jallab. Fascinant sur son fond et sa forme, Sans Pitié se révèle être un western moderne détonnant sur l’auto justice, les liens familiaux et les traumatismes enfouis, qui rend pleinement curieux quant au prochain projet de Julien Hosmalin.
Sans Pitié de Julien Hosmalin. Avec Adam Bessa, Tewfik Jallab, Jonathan Turnbull… France, Belgique. 01h34. Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement. Sortie le 14 Janvier 2026.
Visuel : © Moonlight Distribution