Avec Rue Málaga (titre original : Calle Málaga), sorti en France le 25 février 2026, Maryam Touzani signe un nouveau film plein de grâce et de sensibilité. Récompensé par le Prix du Public lors de la 82e Mostra de Venise, la réalisatrice choisit cette fois-ci de mettre à l’honneur une femme âgée, incarnée par la sublime Carmen Maura.
La première scène du film s’ouvre sur les mains élégantes, aux ongles vernis de rouge, de María Ángeles en train de cuisiner pour sa fille qui arrive tout droit d’Espagne.
Cette espagnole de 79 ans vit à Tanger (Maroc) depuis toujours, et sa vie se compose de ces petits riens qui rendent le quotidien lumineux – et combien lumineux pour cette femme si souriante à l’écran ! Le marché du matin en bas de chez elle, l’arrosage de ses géraniums rouges, la visite sur la tombe de son mari, les confidences à Sœur Josefa, le fauteuil à bascule et la platine vinyle…
Mais ce doux fil des jours se trouve brutalement interrompu lorsque sa fille Clara, qui fait face à de sérieuses difficultés financières, lui dit vouloir vendre l’appartement marocain.
Tout en tendresse et en douceur, le film contourne soigneusement les clichés les plus courants sur nos aîné.es, et trace le portrait d’une femme radieuse, incarnée par une actrice haute en couleur.
Connue pour avoir joué dans de nombreux films du réalisateur espagnol Pedro Almodóvar, dont Femmes au bord de la crise de nerfs et Volver, Carmen Maura est la femme qui détient à ce jour le plus grand nombre de prix Goya de la meilleure actrice principale.
Avec Rue Málaga, elle poursuit sa brillante carrière en jouant à merveille María Ángeles, cette femme solaire et libre qui croque la vie à pleines dents. Aussi touchante qu’elle est élégante, aussi sensuelle qu’elle est drôle, le rôle semble avoir été fait pour elle.
Outre le personnage, c’est aussi de son rapport à un lieu – la ville de Tanger et la rue Málaga en particulier – que nous parle le film. Le public évolue en même temps que María Ángeles dans l’effervescence des rues, au milieu des rires et des éclats de voix, des langues espagnoles et arabes qui s’y entrelacent.
C’est avant tout d’une femme qui a trouvé sa place dans le monde – au premier comme au second degré – dont il est question ici. Du vent frais sur sa peau au petit matin sur son balcon ; de ses éternelles discussions avec les commerçants marocains ; de ses visites chez la voisine du dessous ; de la manière dont elle se fait les ongles avec application ; de comment elle se laisse bercer par la magnifique musique “Toda una vida” de María Dolores Pradera…
De combien elle tient aux choses qui l’entourent, et de combien elle va se battre pour les garder.
On ne peut pas parler du film sans évoquer la manière subtile dont il aborde le sujet de la vieillesse, et de comment elle peut-être dénigrée et méprisée dans nos sociétés occidentales.
Si la fille Clara considère sa mère comme un désagrément que l’on peut aisément chasser de chez elle et placer en pension, María Ángeles lui fait un beau pied de nez en se révélant plus que jamais décidée à reconquérir son chez-elle.
A rebours de nombreux films qui réservent aux personnes âgées – et aux femmes âgées plus encore – des rôles mineurs ou peu gratifiants, Rue Málaga en parle avec beaucoup d’humour et d’humanité. L’amour et la sexualité à un âge avancé, thèmes encore très sous-traités, y apparaissent avec beaucoup de grâce et de tact, sans tabou ni indiscrétion.
La réalisatrice marocaine Maryam Touzani, largement primée pour son précédent long-métrage Le Bleu du Caftan, confirme avec ce nouveau film son goût pour les personnages aussi complexes que sensibles.
Alors si ce n’est pas encore fait, prenez vite Rue Málaga. La route est belle, et la vue vaut le détour.
Visuel principal : © Affiche du film