En salle le 8 avril 2026, Romería suit la jeune Marina qui recherche de traces administratives de ses parents, la menant à en apprendre plus sur elle-même et sur l’Espagne post-franquiste. C’est le troisième long métrage de Carla Simón, réalisatrice espagnole remarquée dès Été 93 sorti en 2017.
Le récit débute ancré dans le réel : Marina souhaite demander une bourse pour ses études de cinéma, ce qui nécessite la preuve du décès de ses parents. Ses croyances reposent sur une accumulation de mensonges familiaux. Il pourrait s’agir d’un drame familial classique, mais la forme de l’œuvre emprunte une direction plus poétique, quand le sujet passe d’administratif à introspectif.
Le grand-père de Marina est prêt à acheter son silence sur leur filiation. Le film pose ainsi matériellement la difficulté de ne pas connaître ses racines et la dépendance économique au bon vouloir du patriarche que cela engendre. L’héroïne tente de glaner des informations sur son passé mais, entre voyage et drogue, l’histoire de ses parents est taboue et cachée.
La réalisation dans cette première moitié reste conventionnelle, en accord avec le récit. Toutefois, les plans sont entrecoupés par des mini-films faits avec la caméra de la protagoniste, qui donnent du rythme et mettent l’accent sur sa vision du monde, dans une douce mise en abîme.
L’histoire prend un tournant symbolisé par un chat noir que suit Marina, vers un retour dans les années 1980. Llúcia Garcia, l’actrice incarnant Marina, joue alors le rôle de sa mère, tandis que le père est joué par Mitch Robles, qui incarne également le cousin de Marina, un choix discutable et subversif.
La caméra gagne, au fil du récit, une légèreté remarquable en utilisant diverses nuances de bleu et des plans à l’épaule immersifs. L’œuvre évolue en restant cohérente, une prouesse à souligner. Coexistent alors à l’image une libération de tous les codes sociaux, mais également une sombre décadence dont on pressent la fin tragique.
La réalisatrice rend ainsi hommage, dans le fond et la forme, à la Movida : mouvement culturel d’émancipation espagnol, qui célèbre la fin du régime dictatorial de Franco en 1975. Il trouve ses racines dans le punk et la new wave. Au cinéma, ses représentants sont entre autres les réalisateurs Pedro Almodóvar et Iván Zulueta ou les actrices Victoria Abril et Rossy de Palma.
Romería a reçu de multiples distinctions, comme la sélection en compétition au Festival de Cannes et le prix de la meilleure révélation à la 18e cérémonie des Gaudí pour Llúcia Garcia, actrice interprétant Marina. Projeté à de nombreux festivals comme Cinemed à Montpellier, CinemaMed à Bruxelles ou le Thessaloniki International Film Festival en Grèce, il marque une reconnaissance du travail de Carla Simón par le milieu du cinéma.