Dans le cadre de la présentation de la série Prisoner 951 au festival Séries Mania, nous avons eu l’opportunité d’échanger avec Richard Ratcliffe et la réalisatrice Philippa Lowthorpe. Nous avons évoqué la mise en récit de cette histoire intime devenue affaire d’État et ce que signifie, aujourd’hui, de la raconter.
Richard Ratcliffe : C’est agréable de ne plus être au cœur de tout ça, de pouvoir en être sorti, et d’avoir une fin heureuse. Il y a ensuite un travail de digestion, de mise en sens de tout ce qui s’est passé, pour en faire un récit cohérent, sans être artificiellement simplifié. Notre histoire est faite de rebondissements, de faux espoirs, d’événements inattendus, le fait de tout poser a été très cathartique.
Quand on écrit un livre, c’est sa propre version. Une série, c’est quelqu’un d’autre qui en propose une autre forme de vérité. Certaines choses, je ne les ai comprises qu’en les voyant à l’écran, Joseph Fiennes m’incarne de façon juste, mais pas forcément comme je me décrirais. Je me souviens d’une scène de grève de la faim : dans mon souvenir, j’étais combatif, solide. À l’écran, j’ai vu un homme épuisé, en souffrance, ce n’est pas comme ça que je m’imaginais, mais ma mémoire devait sans doute m’embellir.Cela capte à la fois la vérité que nous avons vécue et celle que les autres ont perçue, et pour moi c’était très thérapeutique.
Richard Ratcliffe : Joseph a vraiment cherché à comprendre le parcours émotionnel. Au début, j’étais un comptable perdu, totalement désorienté, à la fin, j’étais exposé médiatiquement, en train de défier le gouvernement. Il a parfaitement saisi cette trajectoire, de la confusion vers une forme de clarté. Ce n’est pas un récit linéaire, et il l’a bien compris.
Avec Narges Rashidi, ce qui ressort, c’est l’incompréhension et le choc émotionnel. Nazanin est une mère séparée de son enfant, et c’est la seule chose qui compte pour elle, tout le reste, les accusations, dépasse toute logique et elle restitue cela avec une grande justesse.
Philippa Lowthorpe : C’était très important. Au départ, je ne connaissais cette histoire qu’à travers les titres de presse, mais en lisant les écrits de Nazanin, j’ai été bouleversée. C’était puissant, émouvant, captivant, c’est une autrice remarquable, sa clarté, son vocabulaire, tout est d’une grande intensité. Je me suis dit que si je pouvais restituer ne serait-ce qu’une partie de cette puissance à l’écran, cela permettrait de montrer ce qui s’est réellement joué derrière les titres médiatiques.
Philippa Lowthorpe : Oui. Lorsque nous avons montré les épisodes à Richard pendant le montage, c’était très émouvant. Nous étions souvent en larmes en salle de montage et c’était un honneur de pouvoir témoigner de ce qu’ils ont traversé.
Richard Ratcliffe : Oui certaines scènes ont été difficiles à découvrir. Je pensais que celles concernant Nazanin seraient les plus éprouvantes, mais en réalité, ce sont les échanges avec le gouvernement britannique, au début, qui m’ont le plus marqué. Leur condescendance, leurs mensonges, avec le recul, c’était dur à revoir. Mais il y avait aussi des gestes de bienveillance que j’avais oubliés, notre histoire est marquée par la cruauté, mais aussi par beaucoup d’humanité et c’était important de s’en souvenir.
Richard Ratcliffe : Oui c’est évident. Pour beaucoup de familles confrontées à des situations similaires, c’est plus difficile à regarder, mais la série montre très bien l’importance du lien, de la solidarité. C’est ce qui nous a permis de tenir, même dans les pires situations, ce qui nous sauve, c’est l’humanité.
Philippa Lowthorpe : Je pense aux acteurs iraniens avec lesquels nous avons travaillé, à leurs familles aujourd’hui et mon cœur est avec eux.
Richard Ratcliffe : Gabriella a 11 ans, je ne suis pas sûr qu’elle se décrirait comme étant « en paix ». (Il rit) Nous sommes en chemin vers une forme de normalité, une nouvelle normalité, certaines choses prennent du temps. On ne tourne pas la page du jour au lendemain, il reste toujours des traces. Mais cela vous transforme et vous ouvre les yeux sur les injustices des autres, on développe nécessairement de l’empathie.
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Propos recueillis et traduits de l’anglais par Mélodie Braka
Visuel : Marie Rouge pour Séries Mania
Titre : Prisoner 951
Réalisation : Philippa Lowthorpe
Avec : Narges Rashidi, Joseph Fiennes
Format : série dramatique
Diffusion : BBC
Diffusion française : Fremantle, date à venir
Présentée en avant-première au festival Séries Mania 2026.