Auréolé du Prix du Scénario dans la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025, l’audacieux Pillion, premier long métrage de Harry Lighton, débarque cette semaine dans les salles hexagonales.
Après le remarqué Wren Boys (2017), court métrage relatant l’histoire d’un prêtre catholique qui conduit son neveu en prison le lendemain de Noël, le réalisateur et scénariste britannique passe au format long et compte bien dynamiter les codes de la comédie romantique trop huilée. Adaptation du livre Box Hill (2020) d’Adam Mars-Jones, Pillion relate la rencontre détonante entre Colin (Harry Melling), jeune homme frêle et introverti, et Ray (Alexander Skarsgård), meneur viril et charismatique d’un club de motards. Ce dernier introduit rapidement Colin dans sa communauté et fait de lui son soumis.
Exit les mots doux glissés au creux de l’oreille et les dîners aux chandelles, le premier long de Harry Lighton déploie une idylle crue et sulfureuse qui démarre sur les chapeaux de roues par un rendez-vous sans pincettes, et pas très galant, le soir de Noël. Pas de spoiler, mais la dynamique entre les deux personnages centraux est posée dès cette scène qui déclenche autant le (sou)rire que la gêne chez le spectateur. Une séquence nocturne qui permet également de cerner dans les grandes lignes le duo principal de l’intrigue : Ray, dominant, taiseux et mystérieux, et Colin, en mal d’amour, curieux et désireux de satisfaire ce grand motard en combi’ blanche. Deux hommes antipodiques donc, qui vont tenter de s’apprivoiser tout au long du récit.
Si le biker solide comme un roc et l’homme discret semblent être des archétypes parfaits pour dérouler une romcom dans les clous, Harry Lighton s’amuse très vite à contourner les attentes du genre. Tandis que les conditions s’accumulent selon les bons désirs de Ray, Colin se découvre une « aptitude à la dévotion » qui n’est pas pour lui déplaire. Du moins, au départ. En effet, face à cet arrangement sadomaso à sens unique, Colin va finir par se rebiffer, osant rêver à des occupations de couple plus « ordinaires ». Cette relation en pleine construction, qui se déploie progressivement sous les yeux du spectateur et des parents inquiets de Colin, est magnifiée par l’investissement et l’alchimie de Melling et Skarsgård, mais surtout le regard empreint de normalité et de banalité du réalisateur sur ses protagonistes.
Appuyé par une mise en scène plutôt simpliste mais diablement efficace, Pillion parvient à conter une idylle aussi sensible que grinçante, s’amusant des multiples nuances qui ponctuent les tribulations sulfureuses de ses deux personnages, sans jamais se détacher du point de vue de Colin. Regard ciselé et écriture pleine d’inventivité et d’audace, Harry Lighton réalise un long métrage percutant et rondement mené qui interroge brillamment les dynamiques de couple et d’émotions. Un premier jet qui nous laisse très curieux quant au prochain film du réalisateur britannique.
Pillion de Harry Lighton. Avec Harry Melling, Alexander Skarsgård, Douglas Hodge… Grande-Bretagne, Irlande. 01h47. Prix du Scénario dans la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025. Sortie le 4 Mars 2026.
Visuel : © Chris Harris