Après Wajib – L’invitation au mariage (2017), la réalisatrice Annemarie Jacir est de retour avec l’ambitieux drame historique Palestine 36.
Si l’Histoire a de tout temps subi les affres de ses (trop) nombreuses zones grises et relectures aux multiples inconnues, celle-ci est pourtant marquée par des époques décisives et des évènements cruciaux. C’est l’une de ses périodes clefs que tente de relater la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir dans son dernier-né Palestine 36. En effet, le film prend place – comme son titre l’indique – en Palestine, en l’an 1936. Année durant laquelle la Grande Révolte arabe, destinée à faire émerger un État indépendant, se prépare alors que le territoire est sous mandat britannique. Tandis que la guerre entre Israël et la Palestine continue, Palestine 36 offre un regard bienvenu et captivant sur ce sujet brûlant, également empreint de son lot de zones d’ombre.
En relatant l’insurrection paysanne palestinienne contre l’Empire britannique, Annemarie Jacir met en lumière un pan historique de son pays natal qui ne manquera pas de nourrir, raviver et/ou éclairer les opinions contemporaines. Si Palestine 36 démarre au printemps 1936, l’élément déclencheur de tout ce qui est conté dans le film trouve sa source en 1917, lors de la déclaration Balfour. Une lettre, qui met le feu aux poudres, du ministre des Affaires étrangères britanniques adressée à Lord Rothschild, communiquant sur l’engagement du Gouvernement britannique en faveur de l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine.
Après visionnage, on comprend que le film soit nommé pour représenter la Palestine dans la catégorie du Meilleur Film International aux Oscars 2026. D’une ambition qui laisse coi, Palestine 36 réussit le pari de la reconstitution historique en oscillant constamment entre des images d’archives documentaires et un scénario fictif inspiré des faits qui se sont déroulés à l’époque. Et si certains plans frisent le sensationnalisme à quelques moments, la mise en scène épique, chaude et lumineuse, se révèle être un contrepoint malin aux propos sombres déroulés par la narration. Tandis que la rébellion n’a de cesse de gronder, la tension monte crescendo jusqu’à son acte final.
Pour capturer cette période cruciale, Annemarie Jacir démultiplie les points de vue pour mieux rendre compte de l’atmosphère et de ce qu’il se joue dans les deux camps. D’une journaliste des hautes sphères campée par l’hypnotique Yasmine Al Massri, aux représentants britanniques au capital sympathie bien aléatoire interprétés notamment par Jeremy Irons, Robert Aramayo et Billy Howle, en passant par les villageois et les rebelles, la réalisatrice livre une fresque historique complexe et prenante. Engagé et anticolonialiste, Palestine 36 est un film instructif sur les prémices de ce conflit qui embrase encore le pays plus de quatre-vingt-dix ans plus tard.
Palestine 36 de Annemarie Jacir. Avec Jeremy Irons, Hiam Abbass, Kamel El Basha… France, Qatar, Palestine, Arabie Saoudite, Grande-Bretagne, Jordanie. 01h59. Sortie le 14 Janvier 2026.
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