Le Festival du film francophone à Angoulême a projeté du lourd en compétition avec le film de Marie-Hélène Roux. Inspiré d’une histoire vraie, il a fallu 10 années de travail, de courage et de pugnacité à la réalisatrice pour venir à bout de ce projet qui blâme la République « dramatique » du Congo.
Dans son institut « Les femmes de Panzy », le Docteur Mukwenge, futur Prix Nobel de la Paix, recueille, soigne, et répare lorsque c’est possible le corps et l’âme des femmes. Marie-Hélène Roux filme de l’intérieur le chaos lucratif du coltan, un minerai précieux, composant nécessaire de nos téléphones portables. À l’ouest de la RDC, les guérillas géo-stratégiques terrorisent impunément la population en s’en prenant aux femmes et aux fillettes qui se font violer et mutiler mais pas tuer, car les mortes ne parlent pas. Or, la terreur doit parler et recouvrir d’une chape brûlante le territoire si convoité.
En suivant la volonté d’un homme depuis sa salle d’opération jusqu’aux cocktails des ambassades, l’on mesure la distance qui sépare la communauté mondiale de cette tragédie ethnique qui produit 1100 viols par jour. Des crimes de masse, mais qui s’inscrivent dans chaque femme et chaque fillette broyée. D’une véracité effrayante, les récits nous ramènent à l’unité des traumatismes qui s’additionnent. Les scènes chocs sont montrées sans être ostentatoires, par quelques images sans le son, mais qui font résonner un cri que chacun intériorise dans un sentiment d’horreur abyssale.
Pourtant, au milieu de cette nature inquiétante, le Docteur Denis Mukwenge interprété par Isaach de Bankolé, charismatique, fait naître l’espoir et insuffle un acte de résistance qui porte péniblement au-delà du pays. Il est rejoint par le chirurgien Guy Cadière et sa technique révolutionnaire pour opérer de manière non invasive, incarné par Vincent Macaigne dont la fantaisie sied naturellement à la belgitude de son personnage. Le duo de Muganga (les hommes qui soignent) est touchant d’humanité. À leur côté, nous partageons la désolation et l’espoir, en un mot le combat d’une vie qui doit coûte que coûte, continuer à faire écho en RDC et jusqu’aux Nations-Unies.
Sortie le 24 octobre 2025.