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28.01.2026 → 15.02.2026

Márta Mészáros : un féministe cinéma du roman

par Arthur Cormerais
02.02.2026

Film d’ouverture de la rétrospective que lui dédie la Cinémathèque, Elles Deux (1977) est une bonne introduction au cinéma de Márta Mészáros. C’est un film sensible qu’elle réalise deux ans après avoir obtenu l’Ours d’Argent à la Berlinale pour Adoption (1975). Fiction à la mise en scène sobre, sans artifice, Márta Mészáros propse un film brut qui annonce la grandeur de sa filmographie à venir.

 

Une certaine vision du female gaze

Marina Vlady y interprète Maria, une femme située autour de la quarantaine qui dirige un foyer pour femmes. Alors que son compagnon, Feri, s’apprête à partir en Mongolie, Maria se sent esseulée et se voit vieillir. Au même moment, une jeune mère cause du grabuge au foyer. Au lieu de la renvoyer, Maria décide donc d’accueillir la prénommée Juli dans sa propre chambre. S’ensuit une amitié aux airs de sororité qui émancipent les deux femmes, en dépit de leur différent statut social.

 

Presque tourné en huis clos, entre foyer, hôpital et chambres, Márta Mészáros semble avec Elles Deux user de plans statiques et d’un environnement étouffant pour illustrer la condition féminine en Hongrie socialiste. Malgré les idéaux d’égalité, et l’accès au marché du travail par les femmes, les normes de genre persistaient pour des citoyennes dont le sort politique était essentiellement discuté par des hommes. La proposition de Márta Mészáros prend donc encore plus de force quand elle est remise dans son contexte : elle aborde les rapports de genres plutôt que les rapports de classes.

 

La thématique de genre est ainsi très présente dans le cinéma de Márta Mészáros. Elle appartient à cette génération de réalisatrices issues d’Europe centrale, avec Judit Elek et Vera Chytilova, qui parle de féminisme à l’écran, parfois en tension avec les idées de propagande socialiste. Elles Deux ne fait pas exception : si la sororité est déguisée en camaraderie socialiste, il est directement question de féminisme. Et on sent que c’est un film réalisé par une femme. Márta Mészáros se montre porteuse de ce qu’on qualifierait aujourd’hui de female gaze, et laisse libre cours aux angoisses et désirs de ses deux protagonistes femmes, sans ne les réifier ou ne les détourner au profit d’un regard masculin.

 

L’acuité du dialogue

L’écrasant sobriété d’Elles Deux réussit son tour de force en laissant tout l’espace au dialogue de ses personnages. C’est cette liberté retrouvée qui permet à l’amitié entre Maria et Juli de se nouer, amitié qui déjoue la simplicité annoncée du film. Alors que tout dans la mise en scène semble écraser ses protagonistes, c’est la parole qui permet à ces femmes de s’approprier leur histoire. C’est en conversant que ces femmes explorent leurs questions et leurs désirs : elles parlent de sexualité, de leurs problèmes, s’approprient leur espace propre. Si elles peuvent faire des décisions qu’elles regrettent, Márta Mészáros explore leur intimité la plus totale et met en valeur les liens de sororité.

 

Avec des erreurs et des défauts, les femmes deviennent des sujets indépendants, avec leur propre histoire et leurs propres soucis. La relation inter-féminine apparaît comme la clé de tous ces films, et cette relation est permise dans l’espace du film en raison d’une libération par le dialogue. Oser mettre des mots sur les choses et sortir des attentes de sérieux et de réserve attendues par la société. Le dialogue prend alors une profondeur particulière, et la femme, quand elle parle avec un homme, discute avec son égal. Et c’est cette profondeur retrouvée qui sublime la sobriété de certaines scènes. Alors que des difficultés qui seraient restées sous le silence – comme l’alcoolisme dans Elles Deux – sont avouées, les moments de légèreté subliment le style simple de mise en scène de Mészáros. Toute la place est alors réservée à un simple instant de bonheur, et à la tendresse partagée par les personnages.

 

Le British Film Institute parle même de transindividualité : alors symptôme d’un idéal communiste qui se libéralise, la cinématographie de Mészáros remet l’individu au centre de la communauté, la communauté censurant l’individu marginal, ici la femme. Les relations interpersonnelles entretenues par les protagonistes font alors la force de ses films.

 

Par-delà la condition féminine, un tableau personnel

Quand Maurice Pialat, élevé par sa grand-mère, filme les enfants placés dans L’Enfance Nue (1968), Márta Mészáros, elle, explore son propre statut d’orpheline à travers Elles Deux, Journal à mes Enfants (1984) ou encore The Girl (1968). Orpheline de père, victime des purges staliniennes en 1938, puis de mère, à cause du typhus, Márta Mészáros est évidemment marquée par une enfance difficile et pauvre en repères. Après le Kazakhstan, où ses parents communistes habitaient, elle est élevée par une mère adoptive en Hongrie, étudie le cinéma à Moscou et revient en Hongrie après ses études.

 

En liant son histoire personnelle à son art, Márta Mészáros dépasse dans son cinéma la condition féminine pour explorer sa propre intimité et en faire une histoire digne d’être racontée. Si elle ne s’est jamais impliquée politiquement dans la cause, le cinéma de Márta Mészáros est résolument féministe, en faisant de la femme un sujet plutôt qu’un objet.

 

Reconnue dans les années 70 en raison de son féminisme, elle accède à la notoriété internationale en 1984 pour Journal à mes Enfants, qui obtient le Grand Prix au festival de Cannes. Sa filmographie dresse ainsi une double fresque de la Hongrie socialiste et postsocialiste. Elle incarne à la fois une certaine altérité à un discours officiel socialiste forcé à se libéraliser, et la gloire d’un cinéma hongrois en quête de reconnaissance. Elle réalise au total 34 films et courts-métrages, presque tous portant sur la société et l’Histoire hongroise. Ses films sont restaurés en 2019 par le Hungarian National Film Fund.

 

L’Art du Roman et l’Art du Cinéma

La force complexe du cinéma de Mészáros est porteuse d’une certaine idée sur comment raconter une histoire. Serait-il un tableau, où la notion de l’Art du roman est en pleine infusion ? Cet essai écrit par Milan Kundera, paru en 1986 – soit presque 10 ans après Elles Deux – conceptualise une vision du roman et du personnage comme un laboratoire de la complexité humaine, rejetant les manichéismes, où à sa lecture le lecteur doit remettre en question ce qu’il perçoit. Pour Kundera, « le romancier n’est ni historien ni prophète : il est explorateur de l’existence ».

 

Cette volonté d’exploration de la complexité humaine est parfaitement au cœur du cinéma de Mészáros, qui dépasse une simplicité annoncée pour venir surprendre ses spectateurs. En remettant le dialogue au centre du film, et en le plaçant comme vecteur de liberté pour ses protagonistes, Márta Mészáros se joue de la forme de la fiction pour faire passer son message. Comme un miroir qui se promène le long du chemin, la filmographie de Márta Mészáros nous montre le réel, en 1977 comme aujourd’hui. Encore vivante, âgée de 94 ans, elle observe sûrement comme nous que son cinéma demeure d’actualité.

 

 

Les films de Márta Mészáros sont à retrouver à la Cinémathèque jusqu’au 15 février.

Image: visuel de la Cinémathèque pour la rétrospective, tiré d’un des films de Márta Mészáros.