« Maigret et le mort amoureux », porté avec talent par Denis Podalydès, Anne Alvaro et Irène Jacob est étonnant et concis, 1h20 pas plus, il sort en salle le 18 février.
Pour son 11ème long métrage, Pascal Bonitzer s’empare d’un grand auteur français de roman policier, Georges Simenon et plus précisement de son 19ème livre consacré au célèbre commissaire et publié en 1934, « Maigret et les vieillards » .
18 ans après « Le grand alibi » adaptation du roman d’Agatha Christie « Le vallon », avec Miou Miou, Lambert Wilson et Pierre Arditi, Pascal Bonitzer confirme donc son amour pour le polar.
Maigret c’est LE flic français connu de tous. Il traverse les années sans prendre une ride, et pourtant, Jules Maigret a aujourd’hui 95 ans ! Dans l’imaginaire collectif, il reste pour toujours un quinqua bougonnant, franchouillard, qui résout, en fumant tranquillement sa pipe, les crimes les plus affreux … Créé en 1931 par Georges Simenon, il devient en quelque sorte son héros référent.
L’engouement du public pour le personnage dépasse la seule littérature, très vite, Maigret s’incarne à l’écran. Le premier qui lui prête sa voix et son visage, est l’acteur Pierre Renoir, en 1932, dans une adaptation du roman « La nuit du carrefour ». Le film est réalisé par son célèbre frère, Jean Renoir, qui instaure immédiatement une ambiance grise, où les nappes de brouillards dissimulent les gens et leurs secrets. On retrouvera d’ailleurs cette atmosphère brumeuse dans beaucoup d’adaptations cinématographiques par la suite.
C’est un gros succès, le 1er d’une longue série.
Dès le départ, à l’écran, le commissaire Jules Maigret en impose et pourtant son créateur Georges Simenon disait de lui :
« Ce qui fait la personnalité de Maigret, c’est peut-être son absence de personnalité ».
Mais le cinéma ne l’entend pas de cette oreille, Maigret doit être un héros puissant, à la lourde carrure, incarné par des acteurs « à gueule ».
Michel Simon s’y colle en 1952, puis Jean Gabin, l’interprète dans 3 films de 1958 à 1963. Plus récemment, en 2022, c’est Gérard Depardieu qui endosse le manteau du policier.
La télévision aussi s’intéresse au fameux commissaire, avec de nombreuses adaptations, dont celle de Jean Richard dans les années 1960. Le policier s’exporte à l’étranger, en 2016, la série britannique intitulée efficacement « Maigret », marque une légère volonté de changement dans la vision du personnage. Les anglais choisissent le célèbre interprète de la saga « Johnny English », Rowan Atkinson, pour jouer le commissaire à la pipe et au chapeau. La silhouette s’affine, Maigret perd en poids et en carrure, mais gagne en légèreté et en humour.
Avec « Maigret et le mort amoureux », Pascal Bonitzer confirme d’une certaine manière, la lente mutation du personnage. En choisissant Denis Podalydès pour incarner le rôle, il transmute et modernise la vision de Maigret, restée immuable pendant peut-être trop longtemps. Le personnage s’affine physiquement et psychologiquement. Le Maigret de Pascal Bonitzer est donc différent et par conséquent surprenant. Celui qui l’incarne, n’est pas un acteur uniquement instinctif, c’est aussi un intellectuel, un metteur en scène, un comédien de tradition classique, sociétaire de la comédie française.
Ce mélange, il le parsème à petite touche dans son interprétation de Maigret. Tout en respectant les caractéristiques initiales du personnage, un taiseux en chapeau de feutre, manteau à chevron, pipe et goût pour les pintes de bière, il l’emmène l’air de rien vers quelque chose de moins terrestre, de plus aérien, de plus impulsif et de plus intellectuel. Son Maigret est incontestablement différent des autres.
Pascal Bonitzer situe son film au début des années 2000, juste avant l’invasion des téléphones portables et autres internets. Mais tous les personnages eux, semblent bloqués dans la France du milieu du XXème siècle. Étrange contraste qui pourrait être nuisible au film et qui pourtant ne l’est pas. Indifférents au monde moderne, ils continuent leurs valses, sans se préoccuper du temps qui a passé.
Grâce à cela Pascal Bonitzer évite l’écueil du mauvais film d’époque, au décor théâtral et figé, son Maigret, bien vivant, fait plaisir à tous, les nostalgiques comme les modernistes.
Alors n’hésitez pas à suivre, dès le 18 févrierdans les cinémas de France et de Navarre, le très fameux commissaire Maigret dans sa nouvelle affaire : l’assassinat de Monsieur Berthier-Lagès, ancien ambassadeur renommé, qui entretenait depuis cinquante ans une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes, dont le mari, étrange et incroyable coïncidence, vient tout juste de décéder…
Maigret et le mort amoureux de Pascal Bonitzer, avec Denis Podalydès, Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob, 1h20, sortie le 18/02/2026
Photo : Pyramide Films