« Un monde fragile et merveilleux » se déroule en temps de guerre, mais c’est avant tout une histoire d’amour, un conte humaniste qui peut rivaliser avec les plus belles romances hollywoodiennes. « Coup de foudre à Notting Hill » ou « Quand Harry rencontre Sally » n’ont rien à lui envier, alors laissez vous emporter dès le 18 février.
« Un monde fragile et merveilleux » raconte l’état amoureux, la petite flamme qui unit les âmes, envers et contre tous. Mais ici, le « contre tout » déviant terrible, les deux héros vivent leur amour dans un contexte politique sombre, au milieu des bombes, dans la violence de la guerre du Liban. La première fiction du réalisateur de documentaires, Cyril Aris est à l’image de son titre, touchant, sur un fil, à la fois puissant et fragile et définitivement merveilleux. Il y a dans ce film une volonté de discordance entre ce que ressentent les deux héros, leur joie de s’aimer, leur passion et la réalité de leur vie au quotidien. Cette dichotomie, le cinéaste la connaît bien, il l’a vécu enfant au Liban.
Cyril Aris : « C’est le fondement du Liban que je connais. Depuis mon enfance, la vie a été faite d’extrêmes : une soif de vivre démesurée, des moments de joie et d’espoir… Mais toujours assombris par des guerres, des conflits régionaux, l’effondrement et le désespoir. Ce qui survit à tout cela, c’est l’humour, l’amour et la famille. Il m’a donc semblé impossible de ne montrer que le côté sombre du Liban. L’équilibre entre chaleur et dévastation, entre romance et rupture, était pour moi la manière la plus sincère, la plus authentique de raconter leur histoire en même temps que celle de l’endroit que j’appelle mon chez-moi. »
Nino et Yasmina viennent au monde à quelques minutes d’intervalle, à Beyrouth, sous les bombardements. Dès leur naissance, leurs destins semblent lier. Ils grandissent séparément, chacun dans leur famille, mais se retrouvent à 10 ans dans la même école et tombent amoureux. Amour d’enfants, amour puissant. Ensemble, ils rêvent d’un monde merveilleux, échappant pour un temps, à des situations familiales difficiles, le deuil pour l’un, le divorce de ses parents pour l’autre. Les deux enfants grandissent sans jamais connaître la paix dans leur pays. De 1975 à 1990 le Liban est en guerre, faisant entre 150 000 et 250 000 morts et des centaines de disparus et d’exilés. Autant dire qu’au Liban l’histoire et la politique ne sont jamais seulement des arrière-plans. Elles s’immiscent dans la vie quotidienne, et décident du sort des gens. Séparés à nouveau, ils se retrouvent miraculeusement 20 ans plus tard et retombent amoureux.
Le réalisateur alterne avec subtilité les flash-back dans leur enfance et les scènes de leur vie d’adulte. Ce qui pourrait paraître facile et redondant est au contraire ici une force. Le passé enrichit le présent, renforçant le propos, on comprend bien mieux les blessures et les blocages des deux héros. Le film n’est pas vraiment autobiographique, mais Cyril Aris y a mis beaucoup de lui-même : ses souvenirs d’enfance, la colère mêlée d’amour, qu’il ressent pour son pays. Le Liban, terre de contraste, façonne l’âme libanaise, lui donne sa force vitale et sa joie de vivre.
Cyril Aris : « Chaque choc nous amène à nous demander si nous pouvons imaginer un avenir ici, si nous pouvons même fonder une famille, élever des enfants alors que l’on perd tout espoir en ce pays. Cette impossibilité façonne l’amour de Nino et Yasmina. Aussi pur soit-il, il ne peut exister en dehors de son contexte. S’ils étaient nés ailleurs, leur relation aurait été tout à fait différente. Ce qui les sauve, c’est leur capacité à rêver ensemble, à se faire rire mutuellement et à s’évader, ne serait-ce que dans leur imagination, vers l’île…»
« L’île », c’est l’élément de pure poésie du film, le refuge imaginaire de Nino et Yasmina, qui perdure au fil des années et de leur relation. C’est pour eux le plus bel endroit du monde, emblématique de leur amour éternel, de leur bien-être familial et c’est finalement le substitut de ce qu’aurait pu être Beyrouth sans cette saleté de guerre. Les plans de cet eldorado sont superbes, oniriques, à la fois réalistes et totalement sublimés. On respire avec Nino et Yasmina, comme Peter Pan et Wendy, on s’envole avec eux, vers leur pays imaginaire, leur île merveilleuse où tout n’est qu’harmonie. Il ne manque plus que la fée clochette, on flotte dans un océan de bonheur et de lumière, soudain brisé par un brusque retour à la réalité. On gravit avec émotion les montagnes russes de ce film, car ça fait partie de l’aventure.
Jusque dans les tous petits personnages, le cast du film est formidable et extrêmement juste. L’acteur Hasan Akil incarne avec grâce Nino, l’opposé complet et complémentaire de Yasmina joué par Mounia Akl, la réalisatrice du très beau « Costa Brava Lebanon » sorti en 2022. C’est ici son 1er grand rôle au cinéma. Mounia Akl et Cyril Aris se connaissent depuis plus de 15 ans et ont en commun une enfance au Liban. Le réalisateur a écrit le rôle de Yasmina pour elle :
Cyril Aris : « Yasmina ressemble à Mounia, elles ont en commun une distance au monde, une maturité, mais aussi la même étincelle enfantine dans les yeux. »
Mounia Akl a beaucoup hésité avant d’accepter de jouer Yasmina :
Mounia Akl : « Je suis tombée amoureuse du scénario, du personnage, mais j’avais peur de passer devant la caméra, c’est pas ma zone de confort et j’avais peur qu’à cause de moi son film ne fonctionne pas et j’ai commencé à lui suggérer d’autres actrices. Il a rencontré des comédiennes et puis le temps a passé et on en est venu à la même conclusion que j’avais envie de jouer cette femme et que lui voulait que ce soit moi et personne d’autre. Me donner le challenge de me mettre devant la caméra était quelque chose qui me faisait peur au départ, mais qui finalement m’a énormément appris, c’était une expérience émouvante pour moi de pouvoir raconter l’histoire du Liban, mais pas dites par moi, mais par une personne que j’admire et respecte et de pouvoir me consacrer sur une chose seulement, en tant qu’actrice et pas sur tout, en tant que réalisatrice, ça m’a fait beaucoup de bien……. »
« Un monde fragile et merveilleux » nous apprend comment survivre grâce au rêve et à l’amour, comment construire un avenir dans un pays fracturé et comment la grande histoire des nations bouscule et détruit les destins personnels, la vie des gens simples qui ne demandent qu’à vivre heureux.
©Affiche du film