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« Leviticus », ce monstre qui nous ressemble

par Arthur Cormerais
30.09.2026
Copie de LEVITICUS_Still06_CourtesyofNEON

 

Film australien qui débarque sur les écrans français en ce début de mois d’octobre, Leviticus ne manquera pas de marquer les esprits. Cult revient sur le diamant peut-être un peu trop brut d’Adrian Chiarella.

Bienvenue en Australie profonde

Des usines qui recrachent de grandes vapeurs, des lotissements qui se ressemblent, personne dans les rues et une paroisse assez angoissante. Le cadre est vite planté. On y suit Naim, adolescent nouvellement arrivé dans la ville, qui entretient une relation avec Ryan, un de ses camarades. La tendresse qu’ils éprouvent l’un pour l’autre n’empêche pas l’angoisse de monter: les deux évoluent dans un cadre très conservateur, leur amourette doit donc rester secrète. S’ensuit, vous l’aurez compris, une descente aux enfers qui prend des airs de It Follows.

 

La monstrueuse thérapie de conversion

Sans trop spoiler, Adrian Chiarella reprend les codes de l’horreur pour amener la thérapie de conversion au cinéma. Le réalisateur fait le choix judicieux d’évacuer l’horreur de cette réalité par le biais d’une entité qui prend la forme de la personne que l’on désire le plus. Ainsi, Naim et Ryan, après avoir tous les deux subi une thérapie de conversion, se retrouvent donc hanté par un double maléfique de l’autre. Ce double se révèle être d’une grande violence, ce qui est censé pousser Naim et Ryan à prendre leur distance.

 

Copie de LEVITICUS_Still01_CourtesyofNEON

 

Trouble et bataille intérieure

Plus le film avance, plus la charge du « monstre » se déplace. Chiarella aurait pu faire le choix de ne pas aller plus loin que la thérapie de conversion. Il interroge ce qui pousse une famille aimante à recourir à de tels actes pour ses enfants. Il s’arrête aussi sur la difficulté pour certains d’assumer une homosexualité perçue comme non-virile. Enfin, Chiarella restitue cette romance queer dans ce qu’elle est au plus profond, à savoir une histoire d’adolescents : le monstre ne résiderait-il pas dans certains des choix, il faut dire, désastreux, de Naim ? Là est la force du film, qui se révèle au final assez subtil. Si l’écueil du monstre aurait pu suffire pour réaliser un film d’horreur efficace, Chiarella va donc plus loin.

 

Ainsi, l’idée-même que l’entité crainte incarne la personne que l’on désire le plus est très pertinent. Il faut craindre son désir homosexuel, ne pas laisser ce feu gagner, et renier la personne que l’on est au plus profond. La peur peut donc réellement faire survivre : mais à condition de détester l’autre, et surtout de se détester soi.

 

La fin du film est à ce titre rafraîchissante et incarne une belle métaphore. Peut-être que l’horreur réelle n’est pas dans cette peur ou dans ce monstre ou , mais dans l’absence de volonté de les braver.

 

Copie de LEVITICUS_Still02_CourtesyofNEON

 

Un film qui cherche son genre?

Il faut le dire, si le film regorge de bonnes idées, son style n’est peut-être pas aussi convaincant. A vrai dire, Leviticus semble se chercher entre l’elevated horror et le slasher classique. La mise en scène porte de très beaux moments à la caméra et appuie l’intensité du film. Mais l’alchimie entre les deux acteurs est un brin frustrante. Elle crève l’écran, mais le spectateur accède à trop peu de scènes travaillant leur passion-crainte.

 

Malgré l’efficacité du plan d’introduction, qui est, il faut le souligner, grandiose, le film décolle au final assez peu dans son horreur. Peut-être parce que Chiarella avait au fond plus à coeur de faire un film d’apprentissage qu’un film d’horreur classique. Néanmoins, le film a quand même de quoi donner des sueurs froides. Son travail du son est d’ailleurs impeccable et la photographie vraiment complète. Leviticus deviendra certainement le film préféré de plein d‘adolescents queers, en danger, qui dépriment, ou en quête de sensation. Parce qu’il fait du bien. Et ça, on ne peut pas le lui enlever !

Leviticus, un film de Adrian Chiarella avec Joe Bird et Stacy Clausen. Par les producteurs de La Main (Talk to Me). Sortie au cinéma le 7 octobre.