Auréolé du Grand Prix au Festival de Cabourg – Journées Romantiques 2021, Le Chasseur de Baleines, premier long métrage de Philipp Yuryev, se fraye enfin un chemin jusqu’à nos salles hexagonales.
Le titre du premier long métrage du réalisateur russe Philipp Yuryev ne laisse de prime abord rien présager de bon pour nos amis mégaptères, mais il induit en réalité quelque peu en erreur. Si le protagoniste central du film, Leshka (Vladimir Onokhov), vit en effet de la chasse à la baleine à Lorino, il rêve plutôt de dénicher tout autre chose au-delà de ses terres natales de la Tchoukotka. Dans son petit village isolé sur le détroit de Béring, où l’arrivée d’Internet est toute récente, notre jeune héros trouve son salut en surfant sur un site érotique, où officie une camgirl à la crinière peroxydée répondant au doux pseudo d’HollySweet999. Dès lors, un désir d’ailleurs envahit tout entier l’adolescent.
Submergé par sa libido naissante, Leshka tombe bien (trop) vite amoureux de celle qu’il observe régulièrement derrière son écran d’ordinateur, entre deux coupures impromptues de courant. Venue de la contrée « des gratte-ciels à cent étages, des McDonald’s et des nanas sexys à perte de vue », aka l’Amérique, HollySweet999 fait rapidement tourner la tête du jeune homme, persuadé de pouvoir entretenir une relation virtuelle exclusive et sincère avec cette belle américaine. Leshka mute alors sous les yeux du spectateur au sein d’un récit initiatique aussi dépaysant qu’étonnant, magnifié par le regard toujours infiniment tendre du réalisateur sur ce personnage à la naïveté déchirante.
Dès sa séquence d’ouverture, Le Chasseur de Baleines dénote d’entrée un goût certain pour les fausses pistes – à l’instar de son titre – et d’une soif d’aventure et d’émancipation. Sur les notes de The Story of a Broken Heart de Johnny Cash, un choix de morceau loin d’être anodin, Philipp Yuryev capture une Amérique urbaine aux moult néons, parsemée de motels, de rades et de jolies femmes se filmant pour une poignée de dollars, à l’unisson de l’image fantasmée que se fait Leshka du Pays de l’Oncle Sam. Philipp Yuryev utilise ensuite un simple zoom pour passer de l’écran de ladite camgirl à un autre, séparés par plusieurs milliers de kilomètres, et nous voilà catapultés en Russie avec un groupe d’hommes figé devant HollySweet999.
Le réalisateur bascule dès lors dans le conte, pour mieux déployer l’histoire de cette idylle à sens unique, et très longue distance. Se réappropriant la thématique balisée du premier amour, Philipp Yuryev livre une histoire qui parle à chacun.e, entre humour, mirages et désillusion. La mise en scène du jeune réalisateur offre par ailleurs un panel d’images marquantes, de la traversée du détroit au cimetière de baleines, qui reste longtemps en mémoire après visionnage. En résulte un long métrage onirique et empathique qui nous rend curieux quant aux prochains projets de Philipp Yuryev qui, on l’espère, ne mettront pas six ans (comme c’est le cas pour Le Chasseur de Baleines) à débarquer dans nos salles.
Le Chasseur de Baleines de Philipp Yuryev. Avec Vladimir Onokhov, Vladimir Lyubimtsev, Kristina Asmus… Russe, Belgique, Pologne. 01h34. Sortie le 28 Janvier 2026.
Visuel : © Singularis Films