Le festival du film francophone d’Angoulême s’est ouvert avec un film évènement. Le très attendu La femme la plus riche du monde de Thierry Klifa a fait salle comble.
Qui n’a pas été fasciné par le tourbillon médiatique déclenché par le hold-up le plus glamour de France ? Fictionné mais clairement inspiré de « l’affaire Bettencourt », le film nous invite dans le huis clos d’une famille industrielle richissime où la discrétion est aussi le cadenas du passé familial trouble, sulfureux, frappé au coin par la collaboration. L’apparence figée d’une bourgeoisie établie, cadrée, rassurante ; qui est arrivé à contenir les fantasmes liés à une fortune écrasante, va bientôt exploser dans un fracas de monnaie sonnante et trébuchante jusqu’à provoquer l’écœurement. Marianne Farrère -Isabelle Huppert, pugnace-, Pierre-Alain Fantin, -Laurent Lafitte, venimeux-, et Frederique Spielman -Marina FoÏs, endurante ; incarnent ce western médiatique qui a passionné le monde entier, flinguant au passage l’amour maternel, et neutralisant le mari (André Marcon), et le marjodome (Raphaël Personnaz) dont la fonction commune, était justement de lustrer le vernis de cette bonne société.
Ce n’est pas qu’une histoire de fortune. C’est, d’abord, une histoire de filiation, de tradition, et surtout de valeurs. Quelle est la mesure de l’argent ? Plus élastique que jamais, Thierry Klifa a passé au tamis de la cupidité les liens sacrés de la famille et du travail. Qu’est-ce qui reste de vrai lorsque chaque moment de la journée se termine par la signature d’un chèque ? Les employés, les associés, les fondations, la politique… tout le monde vient boire un peu de ce venin miracle directement à la source qui semble intarissable de la puissante héritière. Alors même que sa propre fille avec laquelle la froideur est de mise, refuse de monnayer la relation avec sa mère, la femme la plus riche du monde.
Mêmes romancées, les affres des grandes fortunes industrielles restent insondables. Tous méconnaissables et si bien fondus dans leur rôle. Le scenario d’une drôlerie inattendue permet à Isabelle Huppert de nous inspirer des sentiments ambivalents pour la vieille dame, et à Laurent Laffite de jouer avec légèreté une oisiveté écœurante. Marina Foïs, impeccable de maîtrise joue avec sincérité une retenue teintée de stoïcisme qui ne se résigne pas. Mais surtout Raphaël Personnaz fracasse l’écran. Il a comme une aura qu’il contient dans un regard profond et plein de tension. Son personnage fort, mais ébréché, au parcours atypique, est le point de bascule qui porte l’histoire jusqu’à son retournement. Quelles sont les motivations des uns, des autres ? On renifle, dans des répliques très courtes, des secrets abritant d’autres secrets, et on imagine la vulnérabilité de ce petit tas de misères bien enfoui. Et notamment ceux de la vieille dame qui a emporté avec elle, le secret de l’emprise que le néfaste personnage avait sur elle.
© Manuel Moutier / 2025
Sortie cinéma le 29 octobre