La jeune réalisatrice signe avec « Julian » son premier long. Présenté au festival de Toronto, en France à Chéries-Chéris, ce drame belge adapté du roman éponyme de Fleur Pierets sort aujourd’hui en salle – le 25 mars 2026. Il ne vous laissera pas insensible. Attention, critique qui spoile – partiellement.
Rien qu’à la lecture de la fiche technique, la couleur est annoncée : Lukas et Michiel Dhont, du mémorable film Close, coproduisent le film avec les frères Dardenne. Le duo de frères, connu pour mettre au cœur de leurs œuvre un certain « réalisme social », a réalisé des films comme La Promesse ou Le Silence de Lorna. Lukas Dhont, réalisateur de Close, avait lui été remarqué pour son film qui parle du suicide d’un jeune enfant et le deuil qui en suit – dans lequel figure la regrettée Emilie Dequenne. Avec Nina Meurisse en actrice principale, et les frères Galperine à la musique – L’Evenement, Corpus Christi ou encore Gagarine -, Julian est donc un film qui s’impose avant de commencer. Le cinéma belge aurait-il trouvé son prochain prodige, alors que l’équipe du film ne tarit pas d’éloges pour sa réalisatrice ?
On peut aisément dire que Cato Kusters relève le défi. Sans même lire le roman, il est évident que la réalisatrice saisit une émotion et un réalisme sensible, d’autant plus que le sujet de la maladie et du deuil sont difficiles à bien traiter. Le montage alterné de scènes dans des espace-temps différents est habile et nous fait comprendre rapidement qu’il y a un problème, alors quand arrive le diagnostic, on s’y attendait – le visionnage ne reste pas pour le moins douloureux.
Cato Kusters, un peu comme Rebeka Warrior et son roman d’ailleurs, explore des déclinaisons lesbiennes de la relation amoureuse et du deuil, spécifiques mais au fond universelles. Le personnage de Fleur nous emmène dans les différentes étapes de sa relation avec et à Julian, qui se marient autour du monde jusqu’à ce que la mort les sépare. Nina Meurisse incarne parfaitement ce rôle, qui semble juste dans sa relation au pathos, Laurence Roothooft trouve une merveilleuse balance entre réserve, mystère et tendresse. Il suffit de lire ce qu’il se dit de Julian en ligne pour voir comment ce film touche, et si c’est pour son histoire, c’est surtout en raison du talent immense de la réalisatrice, dont le travail futur est définitivement à surveiller.
Il faut le dire, Julian s’ajoute à la longue et sans doute éternelle liste des romances queer qui se finissent mal. La porosité entre l’identité queer et la douleur, en raison des discriminations et épreuves caractéristiques des vécus LBGTQIA+, fait que c’est un genre assez répandu. Brokeback Mountain, Moonlight, Portrait d’une Jeune Fille en Feu, Queer, Joyland, All of us Strangers… Close de Lukas Dhont en est aussi un excellent exemple. S’il ferait bon d’avoir des récits qui ne font pas de la queerness que un sujet triste – comme l’excellent Le Mystérieux Regard du Flamant Rose, il ne faut pas pour autant blâmer les films géniaux qui parlent des difficultés de la vie, d’autant plus quand Julian est basé sur une histoire réelle, et militante : le projet du couple, à savoir de se marier dans tous les pays où il était légal de le faire, est au final le fil rouge du film.
Le film est autant une histoire d’amour brisée qu’un témoignage de réparation, et nous invite comme un memento mori à prendre soin de notre prochain, de sa prochaine. En affirmant la place l’amour de au centre de la maladie et du deuil, Cato Kusters une fois de plus se distingue et propose un récit qui peut étrangement faire du bien. On ne peut qu’applaudir – après s’être mouché.
Sortie en salle le 25 mars 2026. Avec Nina Meurisse et Laurence Roothooft, de Casto Kusters. Une co-production Dhont-Dardenne.