La série canadienne est désormais disponible sur les plateformes en France. Mettant en scène une aventure entre deux joueurs de hockey sur glace de rang mondial, longue de plusieurs années, la série produite par Accent Aigu Entertainment rencontre un grand succès. Si bien que l’étendue de son public et les raisons d’un tel engouement amènent à se poser certaines questions.
Diffusée fin novembre 2025 sur Crave, Heated Rivalry est le plus gros succès pour une série originale de la plateforme. Réalisée par Jacob Tierney, il aura suffi de 6 épisodes de 45 minutes pour enflammer la toile. La série est devenue un vrai phénomène, en outre-Atlantique comme en France. Il était alors difficile, pendant les vacances estivales, de passer à côté de la série homo-érotique, tant elle était relayée massivement sur les réseaux sociaux, entre micro-influenceurs et plus gros médias.
Le casting de la série a ainsi été propulsé, Connor Storrie ayant été remarqué pour sa prestation virile et sa prononciation du russe, tandis que Hudson Williams a ouvert le dernier défilé de DSQUARED2.
Heated Rivalry est une adaptation libre d’une série littéraire de l’autrice canadienne Rachel Reid. Écrite en 6 tomes, c’est principalement le deuxième qui inspire la première saison de la série – deux autres sont d’ores et déjà prévues. Si la saga a été écrite en opposition au machisme et à l’homophobie présents dans ce sport si populaire au Canada, la série reprend très bien cette idée – et va même jusqu’à être déconseillé aux moins de 16 ans, en raison de nombreuses scènes… torrides.
Deux stars mondiales du hockey, Shane, canadien, et Ilya, russe, voient leur rivalité se métamorphoser en irrésistible attirance l’un envers l’autre. Leur histoire, impossible à assumer, reste secrète. S’ensuit alors une narration sur plusieurs années, soutenue par montage et musique dynamiques, qui ne manque pas de retenir l’attention de son public.
Alors que le hockey est un sport d’affrontement où les corps s’entrechoquent, il est évident que le sexuel prenne de la place. Le corps masculin apparaît ainsi comme le premier sujet. La série travaille habilement sur cette ligne fine entre course à la domination physique et tension érotique, et assume de vouloir parler du désir.
Si bien que Heated Rivalry s‘inscrit dans une longue histoire de tension érotique virile. Érotisation du corps masculin qui joue avec l’inavouable, à savoir le «détournement» de ces corps pour les placer dans un imaginaire homosexuel. Ce n’est pas un effet récent dans l’histoire du cinéma. Beau Travail en est un exemple. Mais cela fonctionne toujours, car ce «détournement» du corps patriarcal demeure tabou – tabou qui joue alors un rôle important dans le fantasme.
Dans cette mesure, la série est comparable à Challengers, de Luca Guadagnino. Si le film avait comme base la compétition entre deux sportifs pour leur carrière et pour une femme que tous les deux convoitent, il demeurait chargé de cet imaginaire homo-sensuel. Au vu du bruit que Challengers avait fait, c’est sans surprise que Heated Rivalry, massivement relayé, devienne également culte.
Au-delà de ses scènes de sexe, c’est pour sa représentation des difficultés liées à l’homosexualité que la série a été acclamée, par des influenceurs ciné comme des médias. Alors que Shane se découvre seulement, Ilya ne souhaite pas assumer leur relation. Un autre personnage, lui aussi joueur professionnel, Scott, se retrouve également pris en étau dans sa relation avec un homme. Heated Rivalry explore ainsi l’acceptation de soi, et la difficulté de s’assumer soi, encore plus en tant que personnalité publique.
À vrai dire, chez Cult.news, on a trouvé le déroulement assez basique. Les histoires de coming-out se comptent par centaines et les ressorts sont largement prévisibles. Dans une certaine mesure, c’est dommage de vendre cette série comme la série dite queer de l’année.
Par contre, là où Heated Rivalry marque réellement des points, c’est parce qu’elle aborde frontalement la question de l’homosexualité dans le milieu du sport. Si Heated Rivalry n’est pas sans clichés, et se rapproche plus du divertissement que du manifeste, elle apporte de la représentation dans un domaine où elle est encore extrêmement rare. Il suffit de se promener sur les réseaux sociaux pour voir abonder des témoignages d’adolescents qui se réconcilient avec le sport pour comprendre l’effet de la série. Ou encore ceux de personnes plus âgées qui affirment qu’elles auraient voulu pouvoir voir une telle histoire dans leur jeunesse. Si la série n’est définitivement pas la plus originale, elle puise sa force dans la frontalité qu’elle porte et ouvre le champ des possibles pour toute une génération, où l’homosexualité pourrait presque, un jour peut-être, devenir banale.
Ce qui permet de mieux comprendre son succès, alors qu’il est facile de la juger au premier abord comme une simple série olé-olé.
Un autre point qui permet d’expliquer le succès d’Heated Rivalry est l’attrait que la série peut représenter pour un public féminin. Au-delà du simple cliché d’un fantasme sur une relation homosexuelle, Heated Rivarly explore en réalité des situations de domination sans projeter un schéma toxique sur une femme. En effet, c’est un point que beaucoup d’internautes ont soulevé sur les réseaux sociaux. À la différence d’un film comme Babygirl, Heated Rivalry projette des relations de domination sans dégrader la figure de la femme, dans un contexte où les deux joueurs demeurent sur un pied d’égalité.
Il faut aussi souligner que Ilya est, dans le scénario, originaire de Russie. Son interprétation du sportif viril qui se bat contre lui-même pour tendre vers l’acceptation a engendré une certaine communauté de fans dans le pays, alors que la consommation de contenu LGBTQ y est passible de prison. Toute une contre-culture se construit autour de la série, qui apporte une représentation alors rarissime.
Au final, Heated Rivalry n’est pas une énième coming-out story. Si son scénario peut sembler basique, Heated Rivalry écarte le champ des possibles et réchauffe les chaumières – dans tous les sens du terme.
Heated Rivalry est à retrouver sur Canal+ et HBO max.