Auréolé des Golden Globes du Meilleur Film dramatique et de la Meilleure Actrice dans un drame le 11 janvier dernier à Los Angeles, le tant attendu Hamnet arrive cette semaine dans les salles hexagonales.
Après s’être quelque peu perdue dans l’univers Marvel avec Les Éternels (2021), Chloé Zhao revient au registre dramatique, dans lequel elle est nettement plus à son aise, avec l’adaptation du roman éponyme de Maggie O’Farrell, paru en 2020. La cinéaste chinoise et la romancière britannique ont écrit le scénario à quatre mains, et nous plongent dans l’Angleterre de la fin du XVIe siècle, où les deux autrices explorent de façon fictive la vie familiale du grand dramaturge, poète et acteur William Shakespeare aux côtés de sa femme Agnes et de leurs enfants dans leur cottage de Stratford-upon-Avon.
En 1580, William (Paul Mescal), alors professeur de latin fauché malmené par son paternel, tombe amoureux d’Agnes (Jessie Buckley), une femme à l’esprit libre que le voisinage et la famille Shakespeare ne rechignent jamais à cataloguer de sorcière. Fascinés l’un par l’autre, Will et Agnes entament une liaison fougueuse, puis se marient et donnent naissance à trois bambins : Susanna, l’aînée, et les jumeaux Hamnet et Judith. Tandis que William tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches quotidiennes. Un drame soudain va alors faire vaciller le couple, auparavant uni contre vents et marées, et être par ailleurs source d’inspiration dans l’écriture de la célèbre tragédie Hamlet.
Dès les premières images du film, Chloé Zhao et le chef opérateur Łukasz Zal (notamment remarqué pour son travail dans Ida, Cold War et La Zone d’Intérêt) nous plongent dans une ambiance enchanteresse, capturant Agnes lovée au creux d’un arbre aux racines immenses. Flirtant avec l’imagerie du conte, Hamnet offre un saisissant hommage à la nature sauvage et verdoyante, où la faune et la flore se déploient à l’image comme au son avec une volonté de créer une forte dimension sensorielle et immersive. Pari tenu, qui rappelle par ailleurs le rapport à la nature dans le cinéma de Terrence Malick, où la caméra se révèle elle aussi tour à tour poétique et flottante.
A cette ambiance qui oscille constamment entre ordinaire et merveilleux, Hamnet peut également compter sur le paysage sonore entre fragilité et espoir composé par Max Richter et la prestation intense de l’incroyable Jessie Buckley, qui met remarquablement en lumière la trop méconnue Agnes. On regrette ceci dit que le film clignote un peu trop « film appât à statuettes », où les cris et les pleurs de la comédienne semblent parfois cadrés et calibrés pour un prix plutôt que pour véritablement titiller les émotions du spectateur. Explorant l’amour, le deuil, la fraternité, la culpabilité ou encore la puissance réparatrice de la création avec une sensibilité qui fait souvent mouche, Hamnet envoûte et bouleverse ceci dit à de nombreuses reprises. Mouchoirs conseillés.
Hamnet de Chloé Zhao. Avec Paul Mescal, Jessie Buckley, Emily Watson… Grande-Bretagne, États-Unis. 02h05. Golden Globes 2026 du Meilleur Film dramatique et de la Meilleure Actrice dans un drame. Sortie le 21 Janvier 2026.
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