Après Martin Scorsese et Paul Thomas Anderson, il n’y a guère que son fils, Ronan Day-Lewis, 27 ans, pour faire sortir l’acteur trois fois oscarisé Daniel Day-Lewis de la retraite annoncée. Mieux : père et fils co-écrivent ici une tragédie familiale en costumes, nappée d’une musique planante. Dans un huis clos sauvage, le cinéma flirte avec une relation réelle et peut-être trop admirative pour vraiment créer.
Dans le nord de l’Angleterre, le vétéran de la guerre d’Irlande Ray Stoker s’est retiré du monde, après avoir commis un crime de guerre. Cabane, immobilité, forêt, silence : on nous met en retraite avec l’acteur qui en est sorti, le visage creusé par les non-dits. Et l’on comprend vite que la réclusion du personnage est avant tout familiale, il s’agit littéralement de fuir le père.
L’irruption du frère Jem (Sean Bean), lancé sur sa Honda Africa Twin comme un messager tardif, vient briser ce repli. Le film bascule alors dans un huis clos tendu et c’est quasiment du théâtre, avec de belles images en grand plan sur les deux acteurs. Ronan Day-Lewis a été peintre et ses compositions sont très imprégnées de cela. Elles sont encore appesanties par la musique dream et folk de Bobby Krlić qui nous étreint de grandes salves mélancoliques…
Malgré de belles images et le plaisir de voir le visage de Daniel Day-Lewis plus âgé, toujours aussi habité, le tempo pèse autant que le trop-plein de misère. Car Anémone accumule : guerre, violence paternelle, abus religieux, abandon, rage filiale. Le malheur est aussi pressé que le déroulé prend son temps. À l’heure où les pères sont souvent convoqués en culture (lire notre édito ), ce moment un peu cannibale, très totem et pas très tabou, manque d’espace pour respirer et se projeter. Le film regarde tellement le père qu’il en oublie parfois le fils – les fils – et leur capacité à créer du nouveau. Comme quoi, les fils trop attachés à la statue et à l’ombre de leur père ont parfois du mal à déplier leur propre regard — ici sur les lois de la guerre, de la faute, et de la parenté. Un premier film dense qui partage ce vertige : comment hériter ET inventer ?
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