Du 21 au 24 janvier 2025, Thomas Lebrun a proposé le spectacle de danse Derrière Vaval, Pleurs, cornes et fwèt au Palais de Chaillot. Ce projet nous a embarqué dans un voyage collectif énergique, à l’énergie colorée et engagé aussi bien dans les mouvements de leurs corps que dans ceux des mots d’Emmelyne Octavie
Par Léa FORESTIER
La scène est habillée de néons colorés amovibles, sans cesse déplacés par les artistes eux-mêmes, à mesure que les trois soli se succèdent. Après la pleureuse (incarnée par Gladys Demba) viennent le diable rouge (Jean-Hugues Miredin) puis le fwèt (Mickaël Top), toustes vêtu.e.s de plus ou moins longs tissus, laissant plus ou moins visibles les lignes du corps et les traits du visage. Les énergies rebondissent sur le plateau, se contredisent, mais se rallient autour d’une célébration dans un défilé des corps mus par une danse endiablée et enivrante.
C’est une première représentation en métropole pour le spectacle de danse Derrière Vaval, Pleurs, cornes et fwèt dirigé par Thomas Lebrun. Le directeur du CNN de Tours revient à Chaillot, dans ce lieu historiquement héritier des expositions universelles au début du XXème siècle – du colonialisme – et propose une discussion autour de cultures profondément fantasmées du carnaval, de la corporalité en travaillant avec les interprètes, à leur service et pas l’inverse. Des explosions de couleurs, de lumières chaotiques sonnent puis dissonent comme un cri d’urgence à donner la parole à celleux qui font l’histoire et qui la subissent en nous laissant à repenser notre posture de spectateur.ices. Un travail collectif entre chorégraphe et interprète qui permet de faire résonner dans le palais le bruit du silence des corps de celleux qui se racontent, enfin.
Encore haltant et essoufflé de l’euphorie de sa danse, le corps du danseur est immobile face à nous, face public, le regard perdu dans ses limbes. Parfois les ondulations de ses membres font un écho glaçant avec les mots d’Emelyne Octavie. En les incarnant, il les fixe dans la matière. La voix qui l’accompagne lui permet de transpercer définitivement le mur qui nous sépare tout en responsabilisant notre regard en nous ramenant à notre humilité face aux dynamiques de domination coloniales.
Visuel : ®Frederic Lovino