Alors que Wine Paris a fermé ses portes ce mercredi 11 février après 3 jours où 60 000 personnes étaient attendues par 6 500 exposants, de 60 pays différents, Cult.news a sillonné les allées du Parc des Expositions de la Porte de Versailles pour comprendre où va le vin en temps majeur de crise.
La Porte de Versailles était une fourmilière ces trois derniers jours. Des étages et des étages de bouteilles venues de 60 pays. Alors que l’Italie était à l’honneur dans le Pavillon 5 devant, le reste des pays du monde était rassemblé au pavillon 4, avec une grande présence du Portugal, de l’Argentine, une présence des Etats-Unis et un espace commun pour tous les pays d’Europe de l’Est. Et il est à noter que cette année, le meilleur sommelier du monde est … letton, il s’agit de Raimonds Tomsons. Enfin, accessible par un long couloir mécanique comme dans un aéroport, le pavillon des vins français déployait tout son premier étage autour des vins de Bordeaux et ses grands marchands, un monde à la fois particulièrement en crise et qui semble demeuré très traditionnel…
À l’échelle mondiale, la consommation de vin a continué de reculer en 2024, s’établissant à environ 214,2 millions d’hectolitres pour atteindre son niveau le plus bas… depuis 1961 : à l’échelle mondiale on boit moins de vin (au point qu’un pavillon entier de Wine Paris, « Be no » est dédié au sans alcool), l’inflation a des effets sur le marché et, surtout, les droits de douanes qu’ont augmenté deux marchés clé en 2025 : les États-Unis et la Chine. A tel point, que le Président Macron lui-même est venu ouvrir le salon, lundi dernier. Il faut savoir que les exportations françaises de vins et spiritueux ont chuté de 8 % en valeur (14,3 milliards d’euros) en 2025, avec des chiffres de -20 % en Chine et aux Etats-Unis. Face à cette crise, les acteurs et actrices du marché ont pu se réunir, réfléchir et discuter, notamment lors de Keynote Conferences au pavillon des vins internationaux. Si la géopolitique reste ce qu’elle est, la stratégie est avant tout celle d’aller chercher de nouveaux clients. Une grande étude réalisée par les vins australiens permet de comprendre comment séduire les jeunes : il faut leur proposer des vins moins alcoolisés, moins sucrés et qui feraient partie d’une véritable expérience culturelle. Elle donne en exemple la campagne des vins autrichiens, Rot Wein Rosé, qui rend le vin cool et pop (voir leur site). Côté français, nous avons pu observer l’existence de cette tendance, notamment chez les très créatifs Banjo Vino, qui ont leur magasin dans le 9e rue Monnier et qui travaillent avec des viticulteurs pour proposer un vin bio et créatif (les playlist culturelles aident aux assemblages). Après le succès du « Looping », ils et elles proposent un nouveau vin qui s’appelle « Les vagues », qui mélange bien des cépages, et se décline en rouge et blanc. Avec moins de 100 calories par verre et un taux d’alcool faible, ils proposent une étiquette et une couleur aérienne.
La salon a aussi été l’occasion pour nous de rencontrer des viticulteurs et des viticultrices. Nous avons découvert une jolie campagne de photographies en noir et blanc pour les Champagnes de Vignerons. Nous avons appris comment l’association Femme Vignes Rhône, créée il y a 20 ans à l’initiative d’Anne Hughes réunit 32 membres et met en avant la place des femmes dans la profession. Nancy Gonthier a pu nous expliquer comment elle travaille en bio avec sa soeur Alexandra sur les Pentes du Mont-Ventoux au Domaine de La Camarette. Et demander à une moniale comment, se sont organisés les Vins d’Abbaye, afin de rebondir depuis les années 1980 sur des terres et un passé millénaire pour encourager la coopération entre les moines, les soeurs et les vignerons du cru.
Puisque l’Italie était très présente, une dégustation organisée par le mythique guide des vins italien Gamberro Rosso nous a permis de découvrir (et de goûter) les vins d’une région qui est la plus ancienne à produire du vin pétillant en Italie. Il s’agit de la Francia Corta, en Lombardie, le vin est vraiment travaillé comme du champagne et lui ressemble même beaucoup plus que le fameux Prosecco. Au rayon des pétillants, décidément indémodable, y compris dans les cocktails, nous avons aimé découvrir les nouvelles bouteilles de Picpoul de Pinet (AOP). Il s’agit d’une rareté : du vin blanc près de Béziers (Etang de Thau) avec ce cépage original qu’est le Picpoul. La plupart des bouteilles de vin tranquille s’exportent, plutôt en Angleterre. Enfin, une de nos jolies rencontres de cette visite dans cet immense salon est la viticultrice Juliana Del Águila Eurnekian qui est partie de terres et de vignes en Arménie pour s’implanter aussi en Patagonie et créer le Bodega Del fin Del Mundo , elle nous a raconté comment, Wine Paris était incontournable mais aussi pile entre ses deux mondes avant de trinquer avec nous à la fin d’un salon très riche de rencontres…