Il était l’une des principales figures de la salsa. À travers plus d’une quarantaine d’albums et de collaborations, le tromboniste Willie Colón a su porter la rencontre entre le jazz et les musiques afro-cubaines sur la scène internationale.
Né le 28 avril 1950 dans le Bronx au sein d’une famille d’origine portoricaine, Willie Colón a grandi à New York. Il fait partie de ces figures qui ont contribué à l’émergence d’un style musical issu de la rencontre du jazz et des musiques afro-cubaines, dans les années 1960. Il commence la trompette à l’âge de 12 ans, et poursuit avec le trombone, qui le suivra tout au long de sa carrière.
En 1967, à seulement 17 ans, il lance son premier projet El Malo auprès du label américain Fania, largement inspiré de l’atmosphère des quartiers Nord new-yorkais. Ce disque devient bien vite un succès prometteur pour le jeune musicien. Sa carrière est rythmée par de multiples concerts, notamment en Amérique du Sud et aux Antilles, mais surtout à de nombreuses collaborations qui ont offert une notoriété mondiale à la salsa : son travail avec la chanteuse cubaine Celia Cruz, son duo avec Héctor Lavoe avec qui il a composé La Murga de Panamá notamment, ses projets avec le chanteur panaméen Ruben Blades,… Ses disques se sont vendus à plus de trente millions d’exemplaires, et font de lui l’un des artistes les plus influents d’Amérique Latine.
Le chanteur Portoricain Bad Bunny a aussi réagi suite à l’annonce de son décès, et a salué la carrière du musicien lors d’un concert à Sao Paulo au Brésil. Willie Colón aura incarné mieux que quiconque l’esprit des barrios new-yorkais :
«Au nom de los Sobrinos et en mon nom propre, que Willie Colón repose en paix. L’inspiration de tant de ces grands musiciens qui ont marqué l’histoire de la musique ne s’éteindra jamais tant qu’il y aura de jeunes talents comme ceux-ci, qui perpétuent la musique, la salsa et tous les rythmes caribéens.»
La musique de Willie Colón incarne l’identité portoricaine du barrio new-yorkais, largement discriminée durant les années 1960 et 1970, au moment où il commence sa carrière. La création des Young Lords dans ces années là est aussi un vecteur de revendication pour l’indépendance du Porto Rico, aujourd’hui encore rattaché aux États-Unis. La salsa, musique mondialement connue, est par la danse une forme de résistance « joyeuse » et la popularisation de ce genre musical a été, notamment grâce à Willie Colón, un moyen de porter et de défendre l’identité sud-américaine. Sa famille, dans le communiqué de presse de son décès rappelle l’impact qu’a eu et a encore la musique de Willie Colon : « Bien que nous pleurions son absence, nous nous réjouissons aussi du don éternel de sa musique et des souvenirs précieux qu’elle a créés, qui vivront à jamais ». L’hommage de Bad Bunny rappelle la nécessité de voir en la figure de Willie Colón un important symbole de résistance par la musique, contre l’oppression américaine et la politique d’immigration actuelle aux États-Unis.