Ce mercredi 4 février 2026, nommée par sa consœur Nina Childress, Valérie Belin devient membre de la section de photographie de l’Académie des beaux-arts. Retour sur un travail prolifique et subtile autour du corps et de l’objet.
Après des études aux beaux-arts de Versailles puis à l’école nationale supérieure d’art à Bourges dans les années 1980, Valérie Belin décroche le diplôme national supérieur d’expression plastique en 1988, ainsi qu’un DEA en histoire de l’art à la Sorbonne en 1989. C’est dans les années 1990 que débute sa carrière : à partir de 1993, elle présente la série Cristal et Venise proposant un travail autour de la lumière et du reflet. C’est une premier succès prometteur pour la jeune photographe. Après le prix CCF (Fondation HSCB pour la Photographie) en 2000, le prix Altadis en 2001, et celui du Pictet en 2015, elle est nommée officier de l’ordre des Arts et des Lettres en 2017; puis est élue membre de l’Académie des beaux-arts en 2024. « Quand on est dans un processus de création on est en perpétuelle quête de sujets, de chocs, visuels… et qui ne vous laisse aucun répit ». L’oeuvre de Valérie Belin est un travail de longue haleine qui connaissait déjà une première rétrospective à la MEP en 2008.
Les séries de Valérie Belin s’inspirent d’un minimalisme souvent très prononcé, notamment dans la représentation du corps et du mouvement. La photographie interroge les archétypes de beauté; le corps est exposé au même titre que l’objet, parfois dans toute sa vulnérabilité. C’est ce qui est montré à travers l’exposition Bodybuilders réalisée en 1999, ou encore dans celle des Masques, et des Modèles produites en 2004 et en 2001; une frontière poreuse entre l’animé et l’inanimé, entre l’humain et le mannequin.
Son approche du mouvement et de l’identité s’affirme au début des années 2000, notamment avec la réalisation de la série Transsexuels : des portraits en noir et blanc, des visages au commencement de leur transition chirurgicale… Il s’agit de capter l’œil vers des corps invisibilisés et de rendre hommage à leur beauté, de questionner la métamorphose et les stéréotypes de genre. La photographie de Valérie Belin expose le malaise de l’apparence, de la réelle identité des sujets qui posent. On ne sait plus vraiment qui est objet et qui est sujet : les mannequins ressemblent davantage à des humains, et les visages de femmes (notamment dans la série Femmes Noires en 2001) renvoient au spectateur une immobilité presque glaçante.
« Les objets ont été pour moi les premiers personnages me permettant de repeupler un univers qui avait été un point de non-retour. »
La disposition est essentielle à l’œuvre de l’artiste : dans la série “Still life” réalisée en 2011, tout s’insère dans une unité et trouve sa place au milieu du désordre. L’objet devient image et représentation, plus qu’outil. La photographie de Valérie Belin ne laisse pourtant que très peu d’espace aux dérives narratives : les éléments sont essentialisés, et sont représentés avec une neutralité parfois écrasante.
L’artiste poursuit de nouvelles recherches artistiques à partir des années 2000. Le réalisme parfois brutal de ses œuvres se mue en une virtualisation des éléments, et en de nouvelles pratiques de sublimation des photographies. On pense à la fameuse série Vintage Cars réalisée en 2008, mais surtout à Super Models produite en 2015.
Le travail de Valérie Belin et sa nomination à la section de photographie de l’Académie des beaux-arts mettent en lumière l’alliage entre deux disciplines très actuelles, la conception plastique et le travail autour de l’image et de la représentation contemporaine. Lors de la séance d’installation qui a eu lieu ce mercredi, l’artiste soulignait dans un très bel hommage à Eugène Adget, la qualité plastique et documentaire de sa photographie. Nina Childress ajoutait également que « vos photographies véhiculent cette inquiétante étrangeté » en s’adressant à la photographe plasticienne. L’oeuvre de Valérie Belin pose un regard inquiétant sur la société moderne, une critique, encore une fois reconnue pour sa subtilité et son dérangement. Elle décortique les défauts et excès de notre société, tout en charmant l’œil de celui qui regarde.