Les Extatiques de la Défense s’étendent sur une saison entière, sous le commissariat de COAL. Intitulée Sous l’horizon, l’exposition inaugurale permet d’investir en petit groupe une salle secrète de 1000 m2 sous la Grande Arche et de s’y familiariser par l’art avec les abysses. Une expérience phosphorescente.
Imaginée par Lauranne Germond et Sara Dufour de l’association Coal dans le cadre de la saison qu’elles ont ont pensée pour Les Extatiques, l’exposition Sous l’horizon investit la Salle des Colonnes de la Défense, une salle de 1000 m2 qui est cachée sous la Grande Arche et qui est généralement inaccessible. La proposition faite aux visiteurs et visiteuses est de faire l’expérience des abysses. Cela passe par beaucoup d’obscurité, une reconnection avec la mer et le travail visuel de plasticiens sur des zones réputées inaccessibles au commun des mortels. Nous engageons une longue plongée en apnée et dans le noir vers la « zone de minuit », à plus de 1 000 mètres sous la surface, que n’atteignent pas les rayons du soleil. Sauf qu’en se laissant porter par les oeuvres exposées, on apprend que les corps vivants qui peuplent cette zone sont phosphorescents depuis la nuit des temps…
Sous la Grande Arche de la Défense, il s’agit donc de pousser une grande porte en fer. Dans une obscurité quasi totale, nous voici plongés sous l’horizon. Cette visite, qui se fait par créneaux de 9 personnes pour une durée de 40 minutes (réservations en ligne), s’effectue accompagné.e.s d’une médiatrice, mais aussi d’un casque audio et d’une lampe torche qui révèle des lignes de circulation au sol.
La voix d’Emily Loizeau et le texte mi-initiatique, mu poétique de Mariette Navarro nous permettent de décrocher du monde pour oser nous plonger dans cette expérience abyssale. Qui est aussi une expérience intérieure !
La voix, le son, l’obscurité : on nous propose à la fois chose de doux, de nouveau et de lent, mais aussi un moment de prise de conscience sur le fait que nous appartenons à un tout que nous sommes en train de détruire. Le parcours sonore mêle science et fiction, sur fond musical ASMR, avec en prime certaines expériences du toucher et de l’odorat qui augmentent encore la visite.
En chemin, nous croisons la phosphorescence des êtres vivants qui peuplent ces abysses et que nous menaçons avec nos pêches extensives et les recherches de minerais précieux pour nos smartphones. Tout commence par un miroir et un reflet chez Antoine Bertin. L’œuvre s’intitule Métabolites et s’inspire des « blooms » de phytoplancton; elle met en avant le scintillement que produisent les molécules chimiques qui permettent à ces êtres vivants de communiquer. L’artiste propose également de prendre le temps d’écouter et de voir le battement du cœur d’un poisson, dans une installation très aboutie, entre physicalité et onirisme, ombre et couleur.
Avec les bas-reliefs fossiles, puis l’immense installation phosphorescente d’Ugo Schiavi, on tombe dans un grand trou noir que forment les « zone de minuit ». Et même, on s’y perd. On s’y heurte à des formes marine phosphorescentes, qui semblent être de grandes sirènes que notre surexploitation des fonds marins et nos déchets semblent empêcher de vibrer. Avec « ANT-2200 », Jérémie Brugidou réunit les participant.e.s autour d’une sculpture qui est aussi fontaine phosphorescente et interactive. Plus la visite avance, plus on a l’impression que ces territoires très éloignés des profondeurs marines recréent un système de planètes bioluminescentes en mouvement, auquel nous sommes invités à participer, de manière privilégiée et exceptionnelle.
La surprise est totale avec la caverne aménagée par l’artiste kanak, Shivay la Multiple, en l’honneur de la déesse Yemayá. Une invitation cosy et ambrée, digne de l’île de Circé, où coquillages et couleurs nous permettent doucement de remonter à la surface, dans un poudroiement irisé. Il n’empêche, en poussant la porte qui nous ramène au dehors, la lumière fait l’effet d’une claque. Nous aurons peut-être autant appris sur nous-mêmes que sur les fonds marins, dans cette expérience immersive qui nous invite à découvrir « une autre façon de luire et de trembler », pour reprendre les mots de Mariette Navarro.
À réserver vite en ligne, que l’on travaille à la Défense ou qu’on s’y aventure pour la première fois.
Sous l’Horizon, Salle des Colonnes (sous La Grande Arche), Lundi, mardi, mercredi et dimanche : 10h – 19h30, Jeudi, vendredi et samedi : 10h – 20h- Tarif unique : 9 €
visuel : A Detienne