Jazz à La Villette 2025 a démarré par une soirée manifeste, jeudi 28 août dans une salle Charlie Parker pleine. Avec The Headhunters, Tshegue et Seun Kuti & Egypt 80, le festival parisien a offert une soirée d’ouverture mémorable, entre jazz-funk, électro-punk et afrobeat. Une programmation audacieuse qui tisse des ponts entre générations et continents, confirmant le rôle central de Jazz à La Villette sur la scène musicale internationale.
Longue file devant la Halle de la Villette en cette soirée estivale : les amateurs de groove, de jazz et de musiques du monde patientaient déjà bien avant l’ouverture des portes. Les concerts s’enchaînent de 20h à minuit dans la salle Charlie Parker, transformée chaque fin d’été en temple du jazz et des rythmes planétaires.
On avait eu la chance de croiser Herbie Hancock à Jazz à Juan (lire notre article). Mais si le maître n’était pas là, son ombre planait : The Headhunters, groupe qu’il avait fondé en 1973 pour l’album Head Hunters, reste une formation de légende. Toujours opérationnels, le batteur Mike Clark et le percussionniste Bill Summers menaient la danse, entourés de musiciens d’une intensité rare. Devant une audience passionnée et multigénérationnelle, ils ont ménagé de grands moments d’échanges, en anglais comme en musique, ponctués de solos endiablés aux accents afro-caribéens. Pendant une heure trente se sont succédées plages de calme et montées irrésistibles. La note dominante restait ce cocktail funk et jazz, porté par un saxophone emblématique et un pianiste capable d’incarner l’héritage de Herbie, mais aussi par une énergie irrésistible qui appelait la danse.
Un quart d’heure de pause et c’est un changement complet de génération, de tempo et de couleurs. Tshegue monte sur scène. Leur nom vient des garçons des rues de Kinshasa, mais c’est aussi le surnom de leur chanteuse, Faty Sy Savanet, née dans cette ville. Avec Nicolas Dacunha, elle forme un duo explosif, nourri de leur rencontre improbable et féconde. Depuis leur EP Survivor en 2017, ils imposent une musique tendue, habitée d’une énergie punk et électro, avec des textes militants en lingala et en français. Leur colère séduit plusieurs générations, comme un cri partagé. Leur tube « Plus de place nulle part » – à entendre bientôt à la Fête de l’Humanité et le 27 novembre à La Cigale – résonne comme un slogan clair : il n’y a plus d’espace, mais il reste la scène pour dire, danser et résister. Sur scène, la voix de Faty, brute et magnétique, et les rythmes secs de Dacunha captent la salle, entre transe et coup de poing.
Habitués du festival, où ils étaient déjà venus en 2016 pour rendre hommage à Fela, Seun Kuti et Egypt 80 étaient très attendus. Et ils n’ont pas déçu. Poing levé sur la photo, Seun s’avance, costume rouge flamboyant, porté par l’orchestre mythique de son père. Les cuivres puissants, les guitares tranchantes et les percussions hypnotiques tissent cette trame si reconnaissable de l’afrobeat, entre transe et manifeste politique. Seun n’imite pas, il prolonge : l’urgence de ses slogans, son intensité scénique, la force collective de l’orchestre font de chaque morceau une célébration et un combat. La salle Charlie Parker se transforme en Lagos miniature, où la danse est une forme de résistance. Un moment incandescent qui fait de l’afrobeat une musique toujours au présent, et non une archive.
Ce concert de nuit d’été finit de rendre cette soirée d’ouverture de Jazz à La Villette programmatique : dans ses engagements politiques, ses nuances punk et funk, ses influences africaines, son rythme électro, mais aussi dans la manière de tisser du lien entre générations et continents. Héritiers, survivants et porteurs de flambeaux se sont succédés, rappelant que le groove n’est pas une nostalgie, mais une énergie vivante, toujours prête à refaire le monde.