Pour sa sixième édition, le Festival Jogging se tiendra du 21 au 24 mai 2026. À la croisée de l’art et du sport, cet événement est organisé depuis 2021 par le Carreau du Temple. Cult News est partie à la rencontre de Sandrina Martins, directrice générale du lieu.
C’est toujours compliqué de répondre à cette question car c’est un travail qui se construit dans le temps. Ce sont d’abord des questions de disponibilités, d’artistes, de projets… Nous avons notre thématique, qui est la question des relations étroites entre l’art et le sport, ou plutôt l’art et les pratiques corporelles. Dans une pièce comme celle de Catherine Gaudet, Les Jolies Choses, ce n’est pas vraiment du sport, mais une performance qui mène à l’épuisement. Par exemple, Duchesses, repris à la Ménagerie de Verre dix ans après sa création était forcément un spectacle à programmer dans Jogging, mais il serait faux de dire qu’on est vraiment allé chercher cette performance, c’est plutôt elle qui est venue à nous naturellement. Personnellement, je tiens beaucoup au répertoire. C’est une volonté de ne pas toujours être dans la course à la création, et c’est d’ailleurs ce qui nous distingue d’autres festivals. Savoir si c’est une première ou pas ne m’intéresse pas.
Oui, c’est avant tout un travail de communication de montrer que telle ou telle ancienne pièce a de l’importance dans l’histoire de la danse. Mais c’est très réjouissant de présenter cette pièce à des gens qui ne l’ont pas encore vue, pour eux c’est tout nouveau.
Sinon, la plupart des pièces sont récentes, jusqu’au «climax» de Marine Colard avec Pool Party.
Marine Colard est une chorégraphe que nous avions déjà accueillie pour notre festival au Carreau du Temple, donc j’ai confiance. C’est une artiste extrêmement professionnelle, donc je ne suis pas du tout inquiète pour le projet. L’enjeu, c’est plutôt de trouver comment nous, on va réussir à l’accompagner au mieux pour mener à bien sa performance. Sa création porte sur les sirènes, elle en a deux versions : une version plateau, à sec, et une version dans l’eau, qu’elle a testée dans une piscine municipale de Bourgogne. Ce que j’adore à travers ce festival, c’est justement le fait qu’on découvre les tendances sportives du moment ! Elle m’a expliqué que les sirènes étaient tendance, et qu’il y avait des associations rattachées à des piscines où des gens mettent des queues de sirène dans les bassins. Ils ont des créneaux de cours, et c’est devenu un phénomène de mode assez incroyable. Après l’aval du président du conseil d’administration et du maire de l’arrondissement, on a rencontré l’équipe de la piscine et ils étaient partants. On s’est mis d’accord sur le dimanche, puisque c’est un jour où il n’y a pas de cours, et où on peut organiser la performance sans gêner des familles ou des gens qui viennent habituellement nager. Bref, tout s’est bien passé.
Nous n’avons pas de subventions de l’État, nous avons seulement une subvention de la ville qui est fixe depuis 10 ans. Ce qui se passe au niveau du ministère ne nous atteint donc pas. La seule chose qui reste compliquée, comme pour tous les établissements culturels, c’est l’augmentation des charges de fonctionnement à laquelle nous faisons tous face depuis deux ans. Nous avons pu augmenter les locations de la Halle pour développer davantage nos ressources propres, ce qui nous permet de nous maintenir à flot.
Comme je l’ai dit, on s’était fixé un objectif très important sur le coût des locations. D’autre part, lorsque Janaina Leite est venue en France pour la première fois, c’était au Carreau, c’est là qu’elle a été découverte. Elle revient avec une création conçue il y a quatre ans, que j’adore. Nous sommes, par ailleurs, partenaires du Paris Globe Festival cette année, et avec le soutien de la ville qui nous assure une petite enveloppe financière pour ce partenariat, cela nous permet de compenser certains coûts. Je pense aussi qu’on va être aidé par l’ONDA. Et puis surtout, le spectacle vient dans le cadre d’une tournée avec le Kunsten Festival. Je n’aurais jamais pu accueillir toute seule ce spectacle avec 17 performeur.euses sur scène et 21 personnes au total, mais à plusieurs, nous avons réussi à le faire. Bien évidemment, quand j’organise un projet de cette ampleur là, je vais faire quelque chose en moins dans l’année. C’est une question de choix.
Avec le Paris Globe Festival, nous sommes huit lieux qui dépendons de la ville, et nous nous associons tous les deux ans pour faire venir les nouvelles pépites de la création contemporaine internationale de demain. Pour le Carreau, c’est une première. C’est d’ailleurs dans ce cadre que j’accueille Janaina. De manière générale, nous collaborons et nous discutons beaucoup, et sur Paris mais pas uniquement. Dans des moments compliqués pour les lieux de la culture, même si notre structure reste relativement épargnée, je trouve ça très agréable de pouvoir discuter, tisser des liens. Le Paris Globe Festival est une très belle équipe !
Propos recueillis par Amélie BLAUSTEIN-NIDDAM
Retranscription réalisée par Marilou COGNÉE
Le festival jogging se tient au Carreau du Temple du 21 au 24 mai 2026
Visuel : © Anaïs Costet