Et si votre plus violente rupture vous conduisait à changer de trajectoire ?
C’est l’histoire assez folle qu’a vécue Guigui Pop, et qu’il nous raconte ici. De la musique au stand up, des plateaux bricolés aux scènes mythiques, l’humoriste et auteur revient sur ce joyeux accident de la vie qui a tout déclenché. Paternité, écriture, paroles de chansons et rencontres dingues au micro de Sur parole : échange à cœur ouvert avec un artiste qui pense le rire comme un rythme.
Je m’appelle Guigui, alias Guiguipop. Je suis humoriste et auteur, anciennement DJ, musicien, cameraman, et voilà. J’ai un fiston d’un an et demi, je suis en couple, et j’ai passé allègrement la trentaine, et qui plus est, un peu plus. Voilà. Peut être la quarantaine, je ne sais pas, c’est un peu flou !
Au début, je pensais à GuiguiPop, puis c’est resté. À la base, c’était juste mon pseudo sur Instagram, c’était un compte perso. GuiguiPop existait déjà, donc j’ai dû rajouter un Gui, G U I, puis la lettre G. Et puis finalement, j’ai commencé à faire des blagues, le compte a pris, et c’est devenu mon nom d’artiste. Donc, je m’appelle GuiguiPop, tout simplement !
Assez récemment, ça dépend. Pour le stand up, sûrement, mais pour la musique, c’était plutôt tôt. J’ai commencé la batterie quand j’avais onze ans. À seize ans, je savais déjà que c’était ça que je voulais faire. J’ai tout mis là dedans. Je jouais dans des groupes de punk hardcore, etc.
Entre quinze et vingt sept, vingt huit ans, c’était rempli de musique. C’était que la musique, la musique à fond. Et puis, vers vingt sept, vingt huit ans, je me suis rendu compte que c’était très dur d’en vivre. J’en vivais, puis je n’en vivais plus, puis j’en vivais à nouveau. C’est une vie qui est valable quand vous avez la vingtaine. Quand vous arrivez sur la trentaine, vous vous dites que c’est quand même un équilibre un peu fragile.
À ce moment là, j’ai eu une idée de programme vidéo avec un pote. On l’a vendu à « Pitchfork ». Grâce à mes heures d’intermittence, je me suis formé comme cameraman. Je suis devenu cameraman, puis je suis rentré au studio de « Dailymotion ». Là bas, j’étais assez polyvalent, je m’occupais des plateaux, et j’ai rencontré plein de créateurs de contenus.
Quand le studio a fermé, je suis devenu cameraman pour eux. J’ai travaillé sur différents projets. En parallèle de tout ça, je continuais à être DJ et à animer des blind tests chez « Madame Arthur ». J’étais toujours sur scène, mais autrement.
Moi, ça s’est fait assez naturellement. Après, c’est vrai que, quand on est humoriste, ce qui prend le plus de temps pour beaucoup de gens, c’est d’être à l’aise sur scène. De savoir quoi faire de son corps, de savoir comment poser sa voix, d’accepter le regard des autres.
Tout ce travail là, je l’avais déjà fait depuis longtemps. Grâce à la musique, grâce au fait d’animer des blind tests, grâce au DJing. Être sur scène avec un micro, je savais déjà le faire.
Pendant le confinement, je continuais à faire des blagues sur Instagram. J’avais déjà fait un peu de YouTube avant, mais là, j’ai commencé à faire beaucoup plus de vidéos. Au début, c’était en duo avec un pote. Puis, des gens que je connaissais par mon métier de cameraman ont voulu faire des vidéos avec moi. Des gens comme Laura Felpin, McFly et Carlito. Le compte a grandi, et j’ai commencé à être identifié comme humoriste.
C’est à ce moment là qu’on m’a proposé d’écrire en tant qu’auteur pour des formats d’humour sur une grande plateforme. Le fait que des professionnels valident mon humour m’a donné confiance. Je me suis dit que je me demandais depuis longtemps ce que ça ferait de monter sur scène.
Un pote m’a proposé de faire un plateau de stand up dans son bar. J’ai accepté. Ça s’est super bien passé. Sur ce plateau, il y avait une humoriste qui s’appelle Nash, qui faisait partie de la troupe du « Jamel Comedy Club ». Elle a parlé de moi au programmateur. Lui me suivait déjà sur Instagram. J’ai joué au « Jamel Comedy Club » peu après.
Et là, quand je suis monté sur scène, j’ai senti que quelque chose se passait. J’avais déjà l’expérience de la scène, du micro, du rythme. Il restait évidemment à être drôle. Mais tout le reste, je l’avais déjà !
Il y a toujours une histoire de rythme. Ça vient beaucoup de ce que j’ai fait avant. Chez « Madame Arthur », par exemple, l’essentiel, ce n’est pas tant les blagues que la cadence. Quand vous animez un blind test pendant une heure, il faut savoir quand lancer la musique, quand couper le son, quand parler, quand se taire. C’est très proche du travail des animateurs radio.
Savoir parler sur les lancements, sentir quand il faut accélérer, quand il faut ralentir. Tout ça crée une dynamique qui fait monter l’ambiance.
Dans le stand up, c’est un peu pareil. J’essaie de créer des ruptures de rythme. Parfois, le public est un peu perdu, puis je retombe sur mes pattes. C’est quelque chose que j’aime beaucoup. Cette façon de jouer avec la cadence, avec le tempo, elle vient clairement de là !
Ce ne sont pas forcément des publics très différents, mais ils ne viennent pas pour la même chose. Chez « Madame Arthur », les gens viennent avant tout pour faire la fête. Il y a des blagues, bien sûr, mais l’essentiel, c’est l’énergie, le rythme, l’ambiance.
En stand up, le public est beaucoup plus captif. Il est là pour écouter. Il attend que vous le fassiez rire. Chez « Madame Arthur », les gens sont déjà dans un état festif, parfois déjà un peu éméchés. Ce n’est pas le même rapport. Le résultat attendu n’est pas le même, même si l’énergie collective reste très importante !

Une fois, avant de monter sur scène pour la première fois, j’ai raconté mes vannes à ma compagne. C’était le matin, elle se réveillait, elle n’a pas rigolé. Je me suis dit que c’était horrible ! (il rit)
Après ça, j’ai vu une interview de Jerry Seinfeld qui disait que l’erreur qu’on fait souvent, c’est de raconter ses vannes à ses proches. Comme si les proches avaient une expertise. Alors qu’en fait, ce n’est pas leur métier. Ils peuvent rire ou ne pas rire, mais ils ne savent pas comment une vanne se construit, ce qu’il faut enlever, ce qu’il faut rajouter.
Et puis surtout, raconter une vanne hors contexte, ça ne veut rien dire. La personne est peut être dans la rue, chez elle, dans un autre état d’esprit. Elle n’est pas dans un environnement fait pour rire. C’est hyper important. Les comedy clubs sont dans la pénombre pour une raison. Il y a une acoustique particulière pour une raison. Le public est tourné vers la scène pour une raison. Il y a une mise en scène, quelque chose de presque cérémonial.
Du coup, très vite, je me suis dit que je ne raconterais plus jamais mes vannes à l’avance à mes proches. Je peux leur dire après, quand ça a bien marché, mais pas avant. Tester une vanne, ça se fait face au public ! C’est une démarche assez personnelle aussi. Sans ego, mais en se disant que c’est quand même mon expertise.
C’est un peu comme en musique. Vous pouvez être seul à décider de mettre telle note plutôt qu’une autre. Un ami peut vous dire autre chose, mais à la fin, c’est votre morceau. Là, c’est pareil. La vanne, je la teste sur scène, et c’est le public qui tranche !
C’est arrivé à partir du moment où j’ai commencé à être identifié comme humoriste grâce à ce que je faisais sur Internet. Les vidéos ont circulé, des gens ont vu mon travail, et on m’a proposé d’écrire en tant qu’auteur pour des formats de comédie sur une grande plateforme.
Je ne peux pas citer précisément les émissions, mais ce qui a été important pour moi, c’est que ce soient des professionnels qui valident mon humour. À ce moment là, je me suis dit que ce n’était pas juste des vidéos qui marchaient sur les réseaux, mais qu’il y avait aussi quelque chose qui tenait sur le papier, dans l’écriture.
Ça m’a donné confiance. Ça m’a conforté dans l’idée que ce que je faisais pouvait exister ailleurs que sur Instagram ou sur scène !
Oui, c’est différent. Quand j’écris pour les autres, je ne suis pas du tout dans la même logique. Là, je me mets vraiment dans la tête de quelqu’un d’autre. J’essaie de comprendre comment cette personne fonctionne, ce qu’elle dirait, ce qui lui correspondrait.
Quand je propose une vanne à quelqu’un, c’est souvent parce que je sais que moi, je n’aurais aucun intérêt à la dire. Elle ne m’appartiendrait pas. Elle fonctionnerait mieux chez l’autre. Donc il y a un vrai travail d’adaptation.
Après, pour l’instant, je reste très concentré sur mon propre parcours. Entre les plateaux, le spectacle, les chroniques, il n’y a pas tant de place que ça. J’aime bien écrire pour les autres, mais ce n’est pas une priorité absolue aujourd’hui. Je me concentre, de manière assez égoïste, sur ma carrière, qui est encore très récente !

À la base, j’ai vécu une rupture très rapide et très dure. C’était un chemin qui semblait tout tracé. On essayait d’avoir un enfant, on était mariés, et puis il y a eu une rupture très franche de la part de mon ex.
À ce moment là, je commençais déjà à me dire que j’allais monter sur scène. Cette rupture a un peu précipité les choses. Je me suis dit que j’allais en faire des vannes, parce qu’il y avait quand même un terreau. La situation s’est passée de façon tellement bizarre qu’il y avait beaucoup de matière dedans.
Ça m’a peut être aidé à exorciser tout ça. À prendre du recul. À me dire : bon, tant pis, j’y vais, j’en ris. Aujourd’hui, ma vie est géniale, c’est sûr. Mais ça n’a pas toujours été comme ça. Avant, ce n’était pas du tout prédestiné à atterrir là où j’en suis.
En filigrane, dans le spectacle, il y a l’histoire de cette rupture. Elle me permet d’aborder plein de sujets.
Ça s’est fait de façon assez naturelle. L’idée, c’était de raconter comment, d’un seul coup, il y a une sorte d’accident de vie. Comment vous étiez avant, comment vous vous retrouvez après, et comment vous faites le lien entre ces deux personnes.
Il y a une histoire derrière le titre « Full Contact ». Il y a une raison pour laquelle le spectacle s’appelle comme ça, et une raison aussi pour laquelle l’affiche est ce qu’elle est.
Le gâteau, par exemple. Sur Instagram, j’aimais bien mettre mon visage un peu partout, dans des situations absurdes. Quand on a travaillé l’affiche avec le photographe Fifou, il m’a dit que ce serait marrant d’avoir un gâteau.
Et puis je trouve qu’il y a un symbole assez fort là dedans ! Vous avez des convictions, c’est un peu la fête, et puis vous vous entartez vous même votre propre gâteau ! Parce qu’en fait, tout ce que vous aviez essayé de construire, c’était un peu du flan. Vous vous prenez les pieds dans le tapis.
Tout ça se mélange dans le spectacle. Les histoires se sont imbriquées comme ça, sans que ce soit un fil rouge plaqué à l’avance.
Figurez vous que oui !
C’est un peu comme en musique. On a souvent l’image des chanteurs qui en auraient marre de jouer leurs tubes, alors qu’en réalité, ce n’est pas vraiment ça. Une vanne, si elle est dans le spectacle, c’est parce qu’elle a été testée, épuisée en comedy club, et qu’on sait qu’elle fonctionne.
Une vanne qui fonctionne, c’est une vanne qui marche à chaque fois. À cent pour cent. Et du coup, c’est un peu un tube. Et on ne se lasse pas de jouer un tube, parce qu’on sait exactement l’effet que ça va produire. Il y a des points clés dans le spectacle. Vous savez que là, vous appuyez, et que ça va déclencher quelque chose. C’est trop jouissif.
Et puis ça ne fait pas si longtemps que je fais ça. Ça fait trois ans que je suis sur scène, un an et demi que je joue ce spectacle. Si je m’ennuyais déjà, il faudrait que je change de métier ! (il rit) Pendant des années, j’ai répété les mêmes phrases en animant des blind tests, et ça ne m’a jamais lassé ! Là, c’est pareil. Le plaisir est toujours là !
Déjà, à titre personnel, ça m’a fait évoluer de fou !
Devenir papa, ça donne une place dans le monde, ça donne du recul, ça fait grandir très vite.
Ça m’a apporté un autre public, tout en faisant grossir le public du spectacle. Même le contenu que je produis sur les réseaux sociaux a changé. Et puis, dans le spectacle, je n’arrivais pas à parler de la vie d’avant sans parler de la vie de maintenant.
Au début, le spectacle parlait surtout de la rupture. Et puis il a fallu prendre la température du présent. Parce que les gens me voient sur les réseaux, ils savent que je suis papa. Ils viennent au spectacle et ils se disent que ce n’est pas la bonne histoire si je n’en parle pas.
Il y a aussi le fait que, dans les deux périodes de ma vie, il a été question de paternité. Une fois, ça n’a pas marché. Une autre fois, ça a marché. Dans les deux cas, il y a eu un parcours de PMA, des FIV, quelque chose d’assez long. Ça aurait été trop étrange de ne pas en parler. Le spectacle devait évoluer avec ma vie.

À la base, quand je me suis lancé dans le stand up, j’ai connu Étienne Lautrette.
Un jour, il vient au « Panam Art Café » voir du stand up avec moi. Il y avait huit personnes dans la salle, c’était affreux ! Je décide, pas longtemps après, de me lancer et je fais trois scènes avant l’été. En septembre, Étienne m’appelle et il me dit : « Avec mon pote Antoine, on va monter une chaîne YouTube qui va s’appeler Rendez vous le 30 juin. On a loué le “Trianon”, on doit le remplir, mais on n’est jamais montés sur scène. Tu nous aides ? »
Évidemment, j’ai dit oui (il rit).
Assez vite, on s’est rendu compte que c’était très compliqué de trouver des plateaux pour jouer. Il fallait parfois attendre longtemps pour être programmé. Du coup, on s’est dit qu’on allait créer notre propre plateau !
Je m’occupe de la programmation. Naturellement, je ramène des gens de YouTube qui veulent se tester pour la première fois. C’est une safe place pour eux, parce qu’on n’annonce pas les noms à l’avance. Ils se testent, et les gens découvrent juste le lendemain qui était au Random la veille.
On commence comme ça, et très vite, ça prend !
La première fois, il y avait Doully. Et là, les gens se disaient quand même : ils ont mis Doully dans une cave ! (il rit)
Et puis après, il y a eu Flobert, Kyan Khojandi, Léopold Lemarchand ou encore Julien Santini. Il y en a plein qui sont passés !
Il y avait aussi pas mal d’artistes du « Jamel Comedy Club » que je faisais jouer au « Kibele ». Et comme le « Kibele » est juste à côté du « Jamel Comedy Club », à chaque soir où on faisait le « Random Comedy Club », les artistes et Chris, leur programmateur, venaient passer l’after avec nous.
Et un jour, en juillet, Chris me dit : « Ça te dit pas de faire le “Random Comedy Club” au “Jamel Comedy Club” ? »
Je lui ai répondu : « Oui, si tu insistes, avec plaisir ! » (il rit)
Au bout d’un an à faire le « Random Comedy Club », on s’est retrouvés au « Jamel Comedy Club ». On a été le premier plateau indépendant accueilli là bas ! Aujourd’hui, on y est tous les mercredis. Avant, c’était avec Étienne et Antoine. Maintenant, Antoine est parti, et aujourd’hui, c’est avec Marie de Brauer.
C’est génial ! C’est une opportunité de ouf. Je suis trop heureux qu’ils nous fassent confiance et qu’ils continuent à nous faire confiance. On a aussi ramené des humoristes qu’on ne voyait pas forcément au « Jamel Comedy Club », parce qu’il y a une image, un humour un peu identifié. On a essayé d’apporter quelque chose d’un peu différent. Et les gens s’y sont retrouvés. Résultat, c’est blindé !
Pour moi, c’est un travail, c’est clairement un laboratoire, c’est hyper sérieux !
Quand on le faisait au début, dans la cave, c’était le tout début. On faisait deux plateaux par soir, on ramenait les potes, c’était au chapeau, on mettait les chaises nous mêmes. C’était très brut.
Mais au « Jamel Comedy Club », ce n’est pas du tout la même chose, ça vous oblige à être sérieux. C’est un privilège. C’est une scène mythique !
Les gens viennent parfois juste pour se prendre en photo avec le logo. C’est un plateau télé. Il y a une attente énorme. Et quand vous jouez là bas, ça vous fait progresser de fou.
Par exemple, quand vous jouez la Deb Jam, c’est un plateau dur. Le public attend quelque chose. Vous êtes obligé de progresser. Donc non, ce n’est pas une colo. C’est du travail. Mais un travail hyper stimulant. Et franchement, je suis trop content de le faire !
C’est toujours une question compliquée. Le premier nom qui me vient, c’est Chris Esquerre. J’adorais son écriture. Il y avait une vraie précision dans les phrases, un côté presque littéraire, avec ce décalage très sérieux appliqué à des sujets absurdes. Tout ce qu’il a fait sur « France Inter », je trouvais ça brillant.
Évidemment, il y a aussi Les Inconnus. Ça fait partie de ma construction. Je connaissais leurs sketchs par cœur quand j’étais gamin. Ils avaient cette capacité à être populaires, intelligents, absurdes, sans jamais être lourds.
À une époque, il y a aussi Gad Elmaleh, surtout à ses débuts. Il y avait des spectacles où il n’y avait pas une phrase à jeter. Il savait rassembler tout le monde. Mes parents, ma sœur, moi, on riait ensemble. Il y avait le corps, le rythme, le sens du spectacle.
Et puis, plus largement, il y a tout ce qui touche à l’absurde et à une forme de liberté totale dans l’humour. Des gens comme Will Ferrell, Jim Carrey. Ce côté très candide, presque idiot en apparence, mais en réalité complètement libre. L’idée que l’humour peut partir de rien. D’un son. D’un geste. D’une lumière qui s’éteint. D’un silence. C’est ça que je trouve vertigineux.
J’aime cette idée qu’on peut faire un spectacle sur n’importe quoi. Sur une couleur. Sur un détail. Ou même sans parler. Que tout peut devenir matière à rire, si on le traite au bon endroit.
Il y a aussi un humoriste que j’adore, qui s’appelle Mark Forward. C’est un Canadien. J’avais vu son premier spectacle sur YouTube, et je trouvais ça incroyablement drôle. Il avait un humour très absurde, très décalé. Des idées complètement folles, comme jouer de la flûte pour des enfants malades, ou faire tout un sketch autour d’un rayon de chapeaux improbables dans une épicerie. Des situations banales poussées jusqu’à l’absurde le plus total. J’adore ce genre de propositions.
De manière générale, tout ce qui va vers l’absurde, l’observation inattendue, les angles complètement décalés, ça me parle énormément. En revanche, je suis moins sensible à l’humour politique ou à l’humour d’actualité. J’écoute, mais ce n’est pas ce qui me fait le plus rire.
Ce que j’adore, c’est quand je vais voir un spectacle et que je me dis : mince, c’est vrai, je n’avais jamais vu les choses comme ça. Cette sensation là, pour moi, c’est la magie de l’humour !
Avec plaisir, oui. Le podcast est né assez naturellement. J’ai toujours été très sensible aux paroles de chansons. Je trouve que c’est un endroit hyper intime, parfois même plus que ce que les artistes racontent en interview classique. Il y a des phrases dans des chansons qui disent énormément de choses, parfois beaucoup plus que ce qu’on ose formuler à l’oral.
L’idée de « Sur parole », c’était justement de partir d’une chanson pour parler autrement avec un invité. Une chanson qu’il a écrite, ou une chanson qui l’a marqué, et à partir de là, dérouler une discussion. Plutôt que de poser les questions habituelles sur le parcours ou l’actualité, la chanson devient une porte d’entrée. Et très souvent, tout se débloque à partir de là.
Ce que j’aime dans ce format, c’est que la chanson sert de point d’ancrage. On ne parle pas uniquement de carrière, on parle de souvenirs, d’émotions, de moments de vie. Les invités sont souvent pris à contre pied, et ça les amène à dire des choses qu’ils n’avaient jamais racontées comme ça auparavant.
Et puis je suis trop fier des invités que j’ai reçus. J’ai eu Paul de Saint Sernin, Vincent Desagnat, Freddy Gladieux, Rosa Bursztein. Des gens que j’adore. J’ai interviewé uniquement des personnes que j’aime, et à chaque fois, c’est méga intéressant. Ce que je trouve génial, c’est que les épisodes ne se ressemblent jamais.
Alors parfois, il y a des questions qui reviennent, parce que les chansons parlent souvent d’amour, de la mort, de choses très universelles. Mais vous n’aurez jamais deux fois la même réponse. Et c’est ça qui est passionnant. Pouvoir demander à Benoît Poher de Kyo s’il a peur de la mort, par exemple, c’est une question qu’on ne lui a jamais posée. Et juste après, lui demander quels sont ses chaussons chez lui. Et même les chaussons peuvent vous emmener ailleurs. Vers d’autres souvenirs, d’autres histoires, d’autres sujets.
Et puis, moi, ça me plaît énormément parce que ça mélange deux choses que j’adore : la musique et la parole. D’où le titre. « Sur parole », c’est à la fois très simple et très large. Une chanson, une personne, et une discussion qui peut partir dans tous les sens. Chaque épisode est différent, ça dépend totalement de la chanson choisie et de la personne en face !
Non, pas vraiment. En général, les chansons viennent assez naturellement. Quand je pense à un invité, il y a toujours un premier réflexe. Si c’est un comédien, par exemple, je regarde le nom de son spectacle. Parfois, je pense à la musique sur laquelle il entre en scène, ou à quelque chose qu’il a fait dans sa carrière.
Il m’arrive aussi de remonter plus loin. Je me souviens, par exemple, pour le chanteur Hervé, j’étais allé fouiller son Instagram. Une des premières chansons qu’il avait postées, c’était une chanson de Brel. Et ça, ce n’est jamais anodin. Je me dis toujours qu’à un moment, il y a eu une connexion avec cet artiste. La question, c’est pourquoi.
Donc non, il y a quand même un peu de recherche. Parfois, ce sont aussi des choses que je remarque en croisant plusieurs éléments. Je me dis : tiens, il y a ça, plus ça, plus ça. Et tout à coup, une chanson s’impose.
Par exemple, Vincent Desagnat. On l’a énormément interrogé sur sa carrière télé, mais beaucoup moins sur sa carrière de skateur. Du coup, je l’ai interrogé à partir de « Skater Boy » d’Avril Lavigne. Il y a plein de chansons qui parlent de skate, mais celle là, c’est la plus connue. C’est toute une époque. Et à partir de là, la discussion s’ouvre.
C’est un peu comme ça que ça marche. La chanson n’est jamais choisie au hasard. Elle raconte toujours quelque chose !
C’est dur, vraiment dur !
Franchement, là, instinctivement, j’ai envie de citer Cabrel, parce que je trouve que c’est l’un des plus grands paroliers français ! Il a écrit des phrases où je me dis vraiment : « Pouah… comment tu as trouvé ça ? » (il rit)
Il y a une phrase que j’aime beaucoup, qui est très simple, dans « L’encre de tes yeux« . Quand il dit :
« Puisqu’on ne vivra jamais tous les deux, puisqu’on est fous, puisqu’on est seuls, puisqu’ils sont si nombreux« . Et après, il dit même : « la morale parle pour eux ». Puis il enchaîne avec « j’aimerais quand même te dire, tout ce que j’ai pu écrire, je l’ai puisé à l’encre de tes yeux ».
Et là, vous vous dites : mec, c’est ta première chanson, genre ! Quoi, t’as la vingtaine et t’écris ça ? Vous vous dites que c’est fou ! (il rit)
Souvent, je pense aussi à « Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai« .
Quand il écrit « on s’envolera du même quai, le vent dans tes cheveux défait », et après il dit : « je m’en irai poser tes portraits à tous les plafonds de tous les palais, sur tous les murs que je trouverai et juste en dessous, j’écrirai que seule la lumière pourrait ».
Pardon, pardon, c’est incroyable !
En vrai, franchement, c’est un niveau d’écriture que j’aimerais bien atteindre dans le stand up ! Je trouve ça hyper fort. Vous voyez, il y a même un titre de chanson qui s’appelle « Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours« . C’est simple, mais c’est vrai ! (il rit)
Et vous savez, je sais qu’il a été un peu ringardisé à l’époque des Guignols, avec les blagues sur la cabane et tout ça. Mais les gars, repenchez vous sur les textes, parce qu’il n’a jamais dit ça. Déjà, à l’époque de « La cabane du pêcheur« , même ce texte là est impressionnant !
Vous avez aussi des textes plus politiques. Dans l’album « Hors saison« , sur la deuxième chanson, il dit : « cent ans dans la peau de l’esclave », et juste après : « cent ans de plus à chercher des miettes sous les tables avant que les blancs ne marchent dessus ». J’adore. Il vous explique le blues et tout, mais c’est trop beau, vraiment ! Franchement, qui écrit ça, quoi ?
C’est une culture, c’est fou !
Bonne question. Très bonne question !
Très dur ! Si je devais en citer, je dirais Jim Carrey, Michael J. Fox… et c’est compliqué d’en choisir un troisième. Mais allez, juste parce que ça fait kiffer, parce que ça ferait vraiment kiffer… Schwarzy, à fond, avec plaisir !!! (il rit)
Propos recueillis par Mélodie Braka