Chapitre 18 du deuxième tome des péripéties de la Ve République : « Jeanne ! Au secours ! ». Alors que la condamnation de Nicolas Sarkozy fait jurisprudence, l’ancienne présidente du Rassemblement National pourrait bien voir sa condamnation confirmée à l’issue de ce procès en appel. Que ce soit dans les annales ou à travers de la gorge, le procès restera bien quelque part tant il fait couler l’encre : narré par des centaines de journalistes, ce scandale politico-financier s’érigerait presque en moment de pop culture. Emblème d’une résistance acharnée contre les juges rouges, ou bien symbole du violent mensonge de l’extrême droite : à Cult.news, puisque tout le monde en raffole, la rédaction s’est intéressée à la notion-même de scandale, et à ce qui fait ses ressorts dramatiques.
Que ce soit à propos de Marine le Pen ou non, le scandale attire parce que la magouille de ses protagonistes fascine. Perversité pure ou résultat d’une précarité, c’est au citoyen d’en juger. Mais la complexité de l’enchevêtrement des mensonges les uns dans les autres impressionne quand il fonctionne, et pousse à rire quand il s’effondre. La culture se prend de passion pour ces histoires: L’Affaire Bojarski, qui emmène le spectateur à travers les contrefaçons du protagoniste, vient tout juste de sortir en salle ; et une pièce comme Le Système de Ponzi de David Lescot a bien rencontré un succès international pour une bonne raison.
Ce qui apparaît, c’est que le scandale politico-financier est un outil d’intrigue réel : il est au cœur de récits antiques comme le Procès de Verrès par Cicéron, et a posé la base d’œuvres littéraires étudiées aujourd’hui comme Bel-Ami. L’idée n’est pas de s’identifier aux malversations du protagoniste – à moins d’être assistant parlementaire fictif – mais de s’effarer de la situation, puis de profiter de l’élan dramatique provoqué par le dénouement de l’histoire. L’effondrement du château de cartes est en effet bien souvent le point d’orgue de ces histoires qui reposent sur le mensonge et le scandale. Quoi de plus iconique que la chute du loup de Wall Street ?
Finalement, si le roman est un miroir que l’on promène le long du chemin, le mensonge qui éclate en scandale est bien le reflet de nos conventions sociales. L’exposition du mensonge prête à rire, et ce dès Les Fourberies de Scapin. Le scandale, le mensonge et la tromperie sont au cœur de nos vies et l’Art nous permet d’en rire. C’est un point commun que tout le monde partage au moins une fois, et qui explique aussi que nous sommes friands de ces histoires qui portent ces vices au plus haut.
Si être cocu c’est désagréable en amour mais drôle sur les planches, c’est intolérable en politique. La fiction doit nous permettre de rire de la réalité, mais pas de s’en extraire : s’il est sain de tourner en dérision l’actualité, il ne faut pas que la fascination pour la machinerie ou la sympathie qui résulte du fait qu’on s’est tous fait tromper amène à être indulgent envers nos responsables politiques.
On ne peut se fasciner d’un scandale et rire d’un mensonge que lorsque le coupable voit ses torts reprochés. C’est la responsabilité face aux actes qui soulage le poids du scandale au quotidien : et ce, encore plus quand la fonction exercée exige une certaine déontologie. Tromper quand on est politicien ou décideur, c’est manquer de respect et c’est rompre la confiance envers la politique pour changer les choses. Lorsqu’on aime le scandale et la corruption, il faut regarder Baron Noir et lire l’autobiographie de Charles Ponzi. Ou bien faire du théâtre, porter un masque, interpréter un rôle, ou même un rôle dans un rôle. Si on aime mentir dans son propre rôle, c’est lire Genet qu’il faut, et monter sur les planches. Certains comme Julien Odoul se sont déjà prêtés à l’exercice de se mettre en scène : mais quitte à être un imposteur, autant ne pas être politicien.
Crédit photo: Flicker officiel du Parlement Européen, 2016