Le 29 janvier la ministre de la culture Rachida Dati présentait, au palais de la Porte Dorée, ses priorités concernant les projets culturels de 2026.
L’élocution de la ministre de la Culture Rachida Dati a lieu au musée national de l’histoire de l’immigration au Palais de la porte Dorée. Loin d’être une coïncidence, ce choix s’inscrit dans un contexte de recrudescence des violences de la police migratoire étasunienne, qui provoque l’émoi de la presse internationale. Or, la culture ne scinde pas. «La culture fédère, structure, civilise», elle «rassemble» affirme Constance Rivière, directrice générale du musée de l’immigration dans son intervention, et permet le dialogue entre tous, quel que soit le bord politique. Dans un monde où la culture est sans cesse menacée par des régimes tendancieusement autoritaires, le risque serait de croire, dit-elle, que les attaques contre la culture ne sont pas graves. Puis, dans un discours où elle se félicite largement du chemin déjà parcouru, Rachida Dati entend mener à bien ses projets en 2026. En résumé : la culture pour tous et partout.
Depuis le début de son mandat, Rachida Dati manifeste un intérêt marqué pour les espaces ruraux. Ils représentent pas moins de 88% du territoire français, et sont encore habités par 22 millions de citoyens. Pourtant, la majorité des offres culturelles sont concentrées autour des centres urbains et plus particulièrement autour de la capitale. Afin de ne pas réduire la culture à un entre-soi, la ministre de la Culture entend mettre un point d’honneur à «faire tomber les barrières géographiques».
Ainsi, 22 millions d’euros sont consacrés au plan Culture et ruralité qui vise à redonner un souffle à la vie culturelle des territoires ruraux, trop souvent laissés en marge. Lancé en 2024, le budget vise à valoriser les initiatives locales en finançant festivals, artothèques, modernisation des musées ruraux et des cinémas… Les acteurs principaux ? Les artistes, qu’il faut encourager, absolument, affirme la ministre. Alors des fonds seront également levés pour soutenir leurs projets.

De la même manière, les quartiers populaires seraient au cœur des enjeux culturels de 2026, avec des projets qui s’adressent à tout âge. Une attention particulière est portée sur l’animation dans les Ehpads et à la jeunesse. Rachida Dati se félicite déjà du succès du pass culture, déployé sur l’ensemble du territoire national depuis 2021 (bien que depuis le 1er mars 2025, le montant de l’offre ait baissé de moitié : 150 au lieu de 300 euros, suivi d’une suppression de la part des 16-17 ans). En dépit de cette régression, les chiffres estiment que plus de 90% des jeunes se seraient inscrits pour bénéficier de l’offre, avec un taux de satisfaction de 95%. Madame la ministre propose de généraliser l’application Pass culture à tous les âges. Pour éviter toute confusion, précisons qu’ il ne s’agit pas de financer les sorties culturelles de l’ensemble de la population, mais bien de disposer d’un outil qui répertorie les offres culturelles les plus proches.
La culture, ce n’est pas seulement les expos ou les concerts. Rachida Dati fait le pari de remettre le théâtre et l’opéra au goût du jour, pour qu’ils s’affranchissent de la catégorisation « bourgeois cultivé » qui leur colle à la peau et qui pourrait intimider les curieux. L’opération Tous à l’Opéra! continue. De plus, rappelons que des offres très avantageuses sont proposées à Paris pour les jeunes, à l’Opéra Garnier et Bastille. L’objectif est clair : se laisser emporter par Vivaldi, Mozart, Bizet et Cie, quelle que soit sa bourse. Ne comptant pas s’arrêter en si bon chemin, elle envisage de créer la Fête du Théâtre, où établissements publics comme privés ouvriraient leurs portes le temps d’un week-end, sur le modèle de la Nuit des musées.

Aucun secteur ne devra être laissé en reste : découvrir le cinéma lors de sorties scolaires, favoriser la lecture en octroyant automatiquement Ma première carte bibliothèque aux enfants déclarés, et surtout, car l’on commence à comprendre combien ils sont nocifs, réduire les écrans pour les moins de 15 ans, en envisageant une interdiction des réseaux sociaux en dessous de cet âge. Reste à voir par quels moyens. Elle se dit également prête à financer, à l’occasion du bicentenaire de la photographie, les projets des photographes professionnels ou passionnés talentueux, modalités restant encore à définir. L’inauguration de la Maison du dessin de presse prévue pour 2027 se place quant à elle en manifeste de la liberté de création, perpétuellement menacée.
«Protéger sans dénaturer, moderniser sans jamais trahir».
Rachida Dati
Le problème des «barrières géographiques» ne s’applique pas à la question du patrimoine français. Chaque village a son église, chaque hameau a son lavoir, et le pays compte 45 000 monuments classés, qui font la fierté du territoire. Rachida Dati précise que le budget de la protection et de la réhabilitation de notre patrimoine historique a augmenté de 40% depuis 2017 (contrairement au budget de l’audiovisuel public qui s’est fait amputer d’environ 80 millions d’euros) avec de grands projets de travaux comme la rénovation du centre Georges Pompidou, et la sécurisation de 87 cathédrales d’État, «vitrines de l’excellence française». Parlons sécurité, parlons Louvre : madame la ministre fait évidemment mention du spectaculaire cambriolage de la Galerie d’Apollon qui a bousculé les consciences sur l’état de la sécurité des musées en France. Il est cependant dommage d’avoir attendu le casse du plus grand musée du pays avant d’initier une réforme lorsque l’on sait que le braquage du Louvre n’est que le point culminant d’une longue série de vols touchant les musées français ces dernières années…

La culture participe au rayonnement français à l’international, par son cinéma, sa littérature, son patrimoine. Elle fait face tout naturellement à des problématiques inédites, à commencer par la restitution des oeuvres d’art (pas si inédite en l’occurrence, mais enfin abordée frontalement). Comment protéger les droits d’auteur face à l’utilisation massive de contenus par l’intelligence artificielle ? Comment instaurer une politique de transparence sur la provenance des images ? Comment gérer la faillite progressive des médias traditionnels face aux grandes plateformes ? Comment faire face aux ingérences étrangères et protéger l’information? Loin d’être un regard vers le passé, la conservation du patrimoine immatériel et vivant est fédératrice, ancrée dans le monde contemporain et nécessaire à la construction de l’identité «européenne» selon madame la ministre, nationale, régionale, mais surtout propre.
Visuel : © wikimedia commons