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Michel Bouvet « loves The Beatles » et ça se voit

par Yves Braka
21.02.2026

La Galerie des Ateliers de Paris accueille en ce moment une exposition graphique signée Michel Bouvet, l’affichiste français le plus célébré à l’international. Le prétexte : les chansons des Beatles, illustrées en toute liberté. L’exposition est courte (trop courte), ce qui explique peut-être la foule qui se presse pour la visiter. On en a profité pour s’asseoir avec ce maître de l’illustration et parler des Fab Four, du métier, et de ce que la musique fait à un artiste quand il a un crayon dans la main.

Michel Bouvet :
« Les Beatles, c’est une entité absolue »
Entretien réalisé par cult.news, dans le cadre de l’exposition « I Love The Beatles ».

L’affichiste

 

cult.news : Michel Bouvet, vous êtes affichiste. Expliquez-nous votre parcours.

 

Michel Bouvet : Mon métier, c’est de travailler sur commande, essentiellement dans la culture. Mon activité a toujours été extrêmement intense : commandes, invitations à l’étranger, enseignement… À tel point que je n’ai jamais eu le temps de me consacrer à une œuvre vraiment personnelle, jusqu’à cette exposition.

 

cult.news : Vos affiches, on les voit partout. Les Rencontres d’Arles, la Fête de la Musique, le Théâtre des Gémeaux

 

Michel Bouvet : J’ai la chance d’être bien diffusé à Paris, jusque dans les couloirs du métro et les colonnes Morris. La collection des 13 affiches des Rencontres d’Arles a vraiment fait le tour du monde, et contribué à la reconnaissance de mon travail à l’étranger.

Batteur, dessinateur et affichiste

 

cult.news : Le goût pour le dessin et la musique vous est venu tôt ?

 

Michel Bouvet : J’ai un premier autoportrait à 6 ans, assez saisissant. À 12-13 ans, j’étais attiré par deux choses : le dessin et la musique. À 15 ans, j’étais batteur dans un groupe de rock, et dans le même temps, je dessinais des groupes pop sur les tables des lycées, ce qui m’a valu d’être renvoyé.

 

cult.news : Et les Beaux-Arts ?

 

Michel Bouvet : Mes camarades disaient : « Michel, de toute façon, lui il rentrera aux Beaux-Arts. » et c’est ce que je pensais. Rétrospectivement, quelle impudence ! La première chose que j’ai faite là-bas, c’est une affiche sur les plus grandes chansons de Bob Dylan. Je suis sorti diplômé avec mention, en 4 ans, devant un jury incroyable, tous les peintres et sculpteurs les plus célèbres de l’époque.

 

cult.news : Après les Beaux-Arts, ça n’a pas été simple ?

 

Michel Bouvet : Trois ans très compliqués. Transporteur de fonds, aide-soignant la nuit à l’hôpital Trousseau, peintre en bâtiment, camionneur… Je frappais aux portes des éditeurs, des agences de pub. Chaque fois : « Revenez l’année prochaine. » Et puis un ami m’a parlé d’un poste de graphiste à la Maison de la Culture de Créteil. J’arrive avec des valises pleines d’illustrations. Une semaine après : « Michel, vous commencez lundi. » Là, tout démarre : les plus grands chorégraphes, metteurs en scène, jazz bands…

La Fnac Étoile et la West Coast

 

cult.news : D’où vient cette culture musicale encyclopédique ?

 

Michel Bouvet : À 18 ans, j’ai été vendeur à la Fnac Étoile. Je connaissais tout, jusqu’au nom du bassiste d’un groupe de Manchester. Les clients venaient le samedi pour mes conseils et les maisons de disque venaient me voir. Le chef de rayon en a pris ombrage et m’a fait virer. Tout le personnel s’est cotisé pour m’offrir 100 albums vinyles : tout Dylan, tout Grateful Dead, tout Jefferson Airplane… Et je suis parti seul pour un road trip au Canada, aux États-Unis, au Mexique. J’ai vu plein de concerts fabuleux, dont entre autre Crosby, Stills, Nash & Young avec Joni Mitchell à la guitare, à Oakland. Un voyage totalement initiatique.

 

cult.news : Et le choc de Prague ?

 

Michel Bouvet : En 1977, je pars avec ma femme Anita, derrière le Rideau de Fer, en plein hiver. Dans cette ville fantomatique, sans voiture, des passants comme des ombres et je découvre des affiches merveilleuses, comme des fleurs multicolores. J’ai rapporté l’affiche de Laterna Magika, qui est devenue une icône pour moi. Ça m’a révélé quelque chose d’important : ne pas rester enfermé dans un monde artistique cloisonné, mais travailler dans la rue, pour le public.

So French

 

cult.news : Votre style est-il international, ou profondément français ?

 

Michel Bouvet : Justement, ce qui a fait la notoriété de mes images dans le monde, c’est d’être très français. J’ai exposé dans plus d’une centaine de pays. À Tokyo, Santiago, Johannesburg, mon travail était comme une fenêtre sur la culture française. La force de l’affiche française, c’est le concept, la capacité à créer des métaphores universelles. Une bonne affiche, c’est une affiche dont on se souvient. Le renard d’Arles, le cornet de glace Eldorado pour le Théâtre des Gémeaux … L’affiche doit parler à tout le monde, quelle que soit la classe sociale ou l’éducation.

 

cult.news : Vos affiches donnent pourtant l’impression de ne pas être un travail de commande.

 

Michel Bouvet : Mais c’est un travail de commande ! Dans le théâtre, je dois respecter l’auteur, l’œuvre, la mise en scène, le comédien. Je lis Shakespeare trois fois : la première, je comprends à peine ; la deuxième, ça va ; la troisième, je peux tirer le meilleur du texte. Et la confiance réciproque avec les commanditaires est absolument cruciale. Ça fait 34 ans que je travaille avec le Théâtre des Gémeaux ; c’est unique au monde.

 

La révolution des Rencontres d’Arles

 

cult.news : Comment expliquez-vous que vos affiches soient devenues l’emblème des Rencontres d’Arles ?

 

Michel Bouvet : C’est avant tout l’histoire d’une rencontre avec François Hébel, qui a dirigé les Rencontres pendant 12 ans. Quand il arrive, il y a 8 000 visiteurs par an : un désastre économique et médiatique, total. En 12 ans, il en fait l’équivalent de Cannes pour le cinéma ou Avignon pour le théâtre. C’est exemplaire, une programmation exceptionnelle ; il a découvert tout le monde avant tout le monde.

 

cult.news : Et votre rôle dans cette transformation ?

 

Michel Bouvet : On était tous les deux audacieux, on avait envie de tout changer. Lui voulait révolutionner la vision de la photographie dans le monde, montrer pour la première fois les Chinois, les Russes, le vernaculaire. Moi, j’avais envie de tout casser visuellement. Ma décision a été radicale : pas de photographie dans les affiches. Tout ce qui s’était fait avant reposait sur des photos d’expos. J’ai voulu créer une rupture totale. Et ça a pris. Le New York Times, les journaux japonais, la première question qu’ils posaient, c’était : « C’est quoi l’affiche de l’année ? » Avant même le programme ou le directeur artistique. C’était fascinant, complètement bizarre. Les gens s’étaient approprié ces images comme l’emblème de leur ville. Et les produits dérivés ont été vendus en quantités industrielles. Personne, aucun d’entre nous, n’avait imaginé que ça puisse arriver. C’était un miracle ! La seule explication : quand François Hébert et moi on s’est trouvés, on était sur la même longueur d’onde, la confiance était totale, et on n’avait peur de rien.

 

Come Together

 

cult.news : Premier contact avec les Beatles ?

 

Michel Bouvet : J’ai 14 ans. Je sors du lycée, je vais dans mon café habituel, jouer au flipper et au baby-foot. Et j’entends « Come Together ». Le charleston de Ringo Starr, d’une précision diabolique. Un batteur fabuleux, sans qui les Beatles n’auraient jamais été les Beatles. Ça a résonné dans ma tête.

 

cult.news : John Lennon disait lui-même que les Beatles sont devenus les Beatles quand Ringo est arrivé.

 

Michel Bouvet : Absolument. À partir de là, j’ai formé un groupe de rock avec guitariste rythmique, soliste, bassiste, chanteur-harmoniciste, et moi à la batterie. On jouait dans les caves du lycée Montaigne, on répétait le weekend à la campagne. A cette époque, j’ai vu à peu près tous les grands groupes de l’époque. Les places étaient à 25-30 francs à l’Olympia, et on était devant. On n’imaginait pas que ce seraient des icônes pour l’éternité.

 

cult.news : On dit que vous ressemblez physiquement à Lennon…

 

Michel Bouvet : C’est quelque chose que j’ai toujours eu. En 2015 à Téhéran, j’ai été présenté comme « Le John Lennon français ». Je n’ai jamais voulu lui ressembler particulièrement, mais c’est vrai que Lennon m’a toujours fasciné en termes d’engagement et de composition. Cela dit, je n’ai jamais dissocié les quatre : si on en enlève un, il n’y a plus rien. Ces quatre-là sont géniaux à vie.

 

cult.news : 10 ans de carrière, de 1960 à 70, et une empreinte pour l’éternité.

 

Michel Bouvet : Ce qui me fascinait chez eux, c’était cette aura extraordinaire, sans équivalent nulle part ailleurs. Une entité absolue. Brian Epstein avait tout compris en refusant l’album solo de McCartney. Une fois lâchés dans la nature, même s’ils ont fait de très belles choses, comme « Imagine » de Lennon, ce n’était plus pareil.

Mettre des images sur les chansons

 

cult.news : Comment est née cette exposition ?

 

Michel Bouvet : Pendant le Covid, les théâtres et musées fermés, je me suis dit : j’ai un vieux rêve, mettre des images sur les chansons des Beatles. J’ai relu un livre de Frédéric Granier sur les Beatles (Les Beatles: Quatre garçons dans le siècle) , réécouté Sgt. Pepper, qui est pour moi un chef-d’œuvre absolu. Et je suis entré dans une grotte. Je travaillais 16 heures par jour, je dormais très peu, je me réveillais la nuit pour faire les images. Une fièvre de création que je n’avais pas connue depuis mes études.

 

cult.news : Comment avez-vous choisi les 33 chansons ?

 

Michel Bouvet : Trois critères : les incontournables de l’histoire du groupe, mes préférences personnelles, et, le plus important, le contenu des textes. J’ai scruté au moins 100 à 150 chansons. Les premières années, « I love you, my baby » était difficile à illustrer. À partir de 1965-66, tout change avec Paperback Writer : d’un coup, ils racontent des histoires. Lady Madonna, Norwegian Wood… ces chansons portent un message social ou une poésie extraordinaire. Et j’ai découvert beaucoup de surréalisme, chez Lennon en particulier, et des sous-entendus socio-politiques qui me parlaient profondément.

 

cult.news : Quel accueil ?

 

Michel Bouvet : C’est peut-être la première fois de ma vie que je sens un bonheur incroyable des gens qui regardent mes images. À Saint-Martin-d’Uriage, à 18h, il y avait déjà 50 mètres de queue. Les gens chantaient, de toutes les générations. L’exposition part ensuite à Blanc-Mesnil, puis en Autriche à Baden, à 20 km de Vienne, avec les images en 1m50 × 1m50 en plein air. Ce sera sans doute assez impressionnant.

 

Et après les Beatles ?

 

cult.news : Y aurait-il un autre artiste capable du même impact sur votre créativité ?

 

Michel Bouvet : Un seul : Bob Dylan. Je pense que Bob Dylan et les Beatles sont les deux faces d’une musique universelle. L’Américain et les Anglais. Ils se sont influencés réciproquement. Et oui, je pourrais faire la même chose avec Dylan, peut-être même un jour Dylan et les Beatles ensemble, dans un même lieu. L’assassinat de Lennon a été pour moi un traumatisme. Il en manque deux. On est orphelins, quelque part. Mais ces quatre-là restent des icônes du rock, sans doute pour l’éternité.

Photo titre: Didier Pruvot

Photos de l’article: YB

 

L’exposition gratuite réunit 33 illustrations de chansons des Beatles. Elles sont vendues sur place et l’auteur les signent, ainsi que le livre Backstage – affiches, voyages et rock n’ roll.

Galerie des Ateliers de Paris 30 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 du jeudi 19 au dimanche 22 février 2026 De 10h à 19h

Son site (https://michelbouvet.com/) permet d’avoir une vision de l’étendue de son œuvre unique.