Sous l’égide de l’Académie des beaux-arts, dont elle est membre au sein de la section cinéma et audiovisuel, Marjane Satrapi commence son année 2026 en inaugurant un geste qui lui ressemble bien, la création de la Fondation pour le cinéma Mattias et Marjane Ripa-Satrapi, pensée comme un passage, une main tendue vers celles et ceux qui rêvent de cinéma au-delà des frontières.
Chaque année, deux étudiants étrangers, une femme et un homme, seront invités à venir étudier à Paris, accompagnés par une bourse mensuelle et une aide à l’installation, mais surtout accompagné par une présence et le soutien d’une figure emblématique de la résistance Iranienne en France. Car au-delà du soutien financier, c’est un suivi que propose Satrapi : partager l’expérience intime de ce que signifie arriver ailleurs et y inventer sa place.
Née à Rasht en 1969 et installée en France depuis 1994, Marjane Satrapi connaît l’exil et l’apprentissage patient de nouveaux codes et d’un nouveau milieu artistique. Avec Persepolis, bande dessiné en noir et blanc de son enfance iranienne bouleversée par la révolution, elle a offert au monde une œuvre devenue emblématique, adaptée au cinéma et saluée à Cannes. Depuis, de Broderies à Poulet aux prunes, de The Voices à Radioactive puis Paradis Paris, son parcours épouse les formes multiples de la narration, mêlant dessin, cinéma, peinture et engagement politique, jusqu’à Femme, vie, liberté, livre-manifeste publié en 2023.
La fondation porte également le nom de Mattias Ripa, son compagnon de vie et collaborateur fidèle, mort en 2025, qui fut à la fois producteur, soutien artistique et partenaire de création. À travers ce projet, c’est aussi une histoire d’amour et de travail partagé qui se prolonge, celle de deux étrangers arrivés à Paris, s’y étant rencontrés, aimés, et ayant bâti ensemble une œuvre.
Soutenir de jeunes cinéastes venus d’ailleurs, c’est pour Marjane Satrapi prolonger ce qu’elle n’a cessé de défendre, à savoir la liberté de créer, la circulation des imaginaires et la possibilité pour un regard singulier de trouver sa lumière. La fondation apparaît ainsi comme une belle promesse pour celles et ceux qui n’ont pas les mêmes chances d’accès au monde du cinéma dans leur pays.
©Signature de Marjane Satrapi