Pour la onzième année consécutive, les Rencontres de l’Illustration se sont tenues à Strasbourg du 4 au 29 mars 2026. Retour sur cet événement qui met à l’honneur l’illustration dans toute sa diversité auprès de Madeline Dupuy, la coordinatrice du festival.
Le choix de consacrer la 11ᵉ édition des Rencontres de l’Illustration à l’animal s’est imposé naturellement, tant ce sujet traverse aujourd’hui les préoccupations artistiques, scientifiques et sociétales. La figure animale permet en effet d’interroger à la fois notre rapport au vivant, à la biodiversité, aux équilibres fragiles des écosystèmes, mais également la place que l’humain occupe dans le monde.
À Strasbourg, cette thématique résonne d’autant plus fortement avec l’actualité culturelle des musées. Elle entre en écho avec la réouverture du musée zoologique, dont le nouveau parcours invite précisément à repenser les liens entre sciences et société, et à porter un regard renouvelé sur le vivant. Elle dialogue aussi avec l’exposition Lumières sur le vivant. Regarder l’art et la nature avec Vincent Munier, qui met en parallèle photographie, art et nature dans une même invitation à l’observation et à la contemplation. Dans ce contexte, l’animal apparaît comme un fil conducteur particulièrement fécond, à la croisée de l’illustration, de la création contemporaine et des enjeux majeurs de notre époque.
Les Rencontres de l’illustration s’adressent à toutes et tous, sans distinction de parcours, d’âge ou de familiarité avec l’art. C’est précisément dans la diversité de ses formats, expositions, ateliers, spectacles, projections, rencontres, que le festival trouve sa force : chacun·e peut y entrer par une porte différente, au gré de sa curiosité, de son regard ou de son envie du moment.
Les amateur·rices d’images y croisent des professionnel·les, les enfants découvrent aux côtés des adultes, les passionné·es comme les néophytes s’y retrouvent. Il y a celles et ceux qui viennent pour une exposition, d’autres pour un atelier ou une rencontre, et puis celles et ceux qui passent par hasard et se laissent happer. Cette porosité est essentielle : elle permet de décloisonner les pratiques, de rendre l’illustration vivante, accessible, et profondément ancrée dans le quotidien.
Le festival s’adresse aussi à celles et ceux qui cherchent à comprendre le monde autrement. Parce que l’illustration n’est pas seulement une pratique artistique, c’est un langage, un espace de récit, d’engagement, de transmission. À travers les œuvres et les échanges, les Rencontres invitent à prendre du recul, à questionner, à ressentir.
En somme, c’est un festival ouvert, généreux, qui fait le pari que chacun·e peut y trouver sa place, que l’on vienne pour apprendre, s’émerveiller, réfléchir, ou simplement se laisser traverser par les images.

Visuel © Paule Brun
Les Rencontres de l’illustration contribuent à renverser une vision encore dépréciative du médium en le rendant pleinement visible, dans toute sa diversité. En investissant de nombreux lieux, en croisant expositions, rencontres, ateliers ou performances, le festival montre que l’illustration dépasse largement le cadre du livre jeunesse ou de la BD : elle dialogue avec les arts visuels, la recherche et les enjeux contemporains.
Elles participent aussi à structurer et à légitimer le secteur, en offrant de véritables espaces de rencontre entre artistes, éditeurs, institutions, chercheur·euses et publics. Ces temps d’échange permettent de rendre visibles les réalités du métier, d’aborder les conditions de création, les questions de statut ou de rémunération, et de nourrir une réflexion collective. En donnant une place à ces discussions dans l’espace public, le festival contribue concrètement à faire évoluer les regards et à renforcer la reconnaissance professionnelle des illustrateur·rices.
Cette dynamique s’inscrit dans une histoire forte à Strasbourg, marquée par la figure de Gustave Doré. Né dans la ville, il a joué un rôle majeur dans la reconnaissance de l’illustrateur comme artiste et comme acteur central de l’édition. Les Rencontres prolongent aujourd’hui cet héritage, en affirmant concrètement la place de l’illustration dans le champ artistique.
Les Rencontres s’appuient sur un réseau de lieux répartis dans toute la ville, médiathèques, musées, espace public, lieux d’enseignement, qui ancrent la programmation dans le quotidien des habitant·es.
La grande majorité des propositions est gratuite, à l’exception de certaines expositions en musées, elles-mêmes gratuites les premiers dimanches du mois. Cette inscription dans le territoire, associée à une programmation généreuse et plurielle, en fait un rendez-vous véritablement partagé.
Difficile de ne retenir qu’un seul coup de cœur ! Mais s’il fallait en partager un, ce serait peut-être ces moments où l’illustration sort des cadres habituels pour investir pleinement l’espace public et la rencontre.
On pense par exemple aux propositions portées par Central Vapeur, qui insufflent une énergie très singulière au festival : des formes collectives, vivantes, parfois joyeusement indisciplinées, où les artistes se rendent visibles autrement et revendiquent leur place. Ces temps-là, qu’il s’agisse de la parade des Micronations, ou de l’exposition de Laura Simonati sur les quais des Bateliers, incarnent pleinement l’esprit des Rencontres : un mélange de création, de partage et d’engagement.
Plus largement, le véritable coup de cœur tient peut-être dans cette capacité du festival à faire dialoguer des propositions très différentes, de l’exposition patrimoniale à l’atelier pour les tout-petits, et à créer, au fil des jours, des expériences sensibles, inattendues, où chacun·e peut trouver un moment qui lui reste.
Propos de Madeline Dupuy recueillis par Marilou Cognée
Visuel principal © Affiche du festival