En 2026, les Magritte du cinéma deviennent les René du cinéma. A quelques jours de la cérémonie, rencontre avec Jean Yves Roubin, le président de l’Académie André Delvaux qui s’est allié avec François Touwaide pour ouvrir plus largement le cinéma belge aux publics. Ce qui résonne aujourd’hui de façon puissante.
Bonjour les René du cinéma !
C’est en 1999. Rosetta de Jean-Pierre et Luc Dardenne remporte la Palme d’Or, ainsi que le prix d’interprétation féminine pour Émilie Dequenne au Festival de Cannes. En tant que liégeois, je suis très fier. Un ami est régisseur sur le tournage du film. Et j’étudie à ULiège où enseignent les frères Dardenne.
Ce prix met un coup de projecteur sur le cinéma belge, et constitue un vrai virage. Le cinéma belge devient une industrie cinématographique. Le fonds wallon de soutien à l’audiovisuel, Wallimage est créé en 2001 à l’initiative du gouvernement wallon. Depuis 2004, les sociétés belges peuvent investir dans le cinéma grâce au Tax Shelter.
Il y a également tous les films belges que j’ai vus auparavant, notamment La vie en rose d’Alain Berliner sorti en 1997 et Farinelli de Gérard Corbiau sorti en 1994, et évidemment C’est arrivé près de chez Vous co-réalisé par Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde sorti en 1992.
En tant que producteur, j’ai suivi les différentes éditions des Magritte organisées par l’Académie André Delvaux elle-même présidée par Patrick Quinet jusqu’en 2025 (ndlr, Patrick Quinet a présidé l’Union des Producteurs Francophones de Films et de Séries, ‘UPFF’+ durant 15 ans). Les Magritte ont toujours célébré les films et les talents belges.
Patrick Quinet m’a proposé de prendre la présidence de l’Académie André Delvaux. J’ai d’abord refusé, parce que j’avais trop de travail. Puis, au sortir de la cérémonie des Magritte en 2025, j’ai senti que je pourrais être utile. J’en ai discuté avec Patrick Quinet, Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, ainsi que l’équipe de l’Académie André Delvaux. Puis, j’ai rencontré l’ensemble des partenaires pour sonder leurs intentions et envies de poursuivre la collaboration (ou non). L’envie de poursuivre l’aventure des Magritte était là, et c’était sans doute, aussi, le moment de revoir le concept global et l’approche de cette fête du cinéma.
Cela est d’autant plus vrai que le contexte a beaucoup évolué ces dernières années. Les salles de cinéma n’ont pas tout à fait renoué avec leur niveau de fréquentation d’avant 2020. Elles sont confrontées à l’onde de choc des plateformes de streaming, notamment Amazon, Netflix et Disney+. C’est la raison pour laquelle, j’ai beaucoup discuté avec le producteur François Touwaide pour ouvrir davantage les portes et les fenêtres des René du cinéma aux publics. Nous avons soumis notre vision d’évolution au Conseil d’Administration de l’Académie André Delvaux, en charge de la production de la cérémonie, qui nous a donné mission.
Grâce à nos partenaires diffuseurs la RTBF et Proximus et au soutien de BeTV, nous avons obtenu les droits de diffusion des films belges nominés. Afin que les publics belges puissent les regarder gratuitement durant deux semaines et voter. Le 7 mars prochain, 250 personnes, votant.es et invité.es des partenaires, suivront la cérémonie en direct dans un chapiteau sur la place Flagey. Pour des raisons de sécurité évidentes, nous ne pouvons pas accueillir des centaines de personnes. C’est un premier pas !
Absolument. Notre objectif est de réunir tout le monde autour de la table, autrices et auteurs, techniciennes et techniciens, scénaristes, réalisatrices et réalisateurs pour fêter ensemble mais aussi construire le Cinéma et les séries belges avec les publics.
Nous sommes face à un paradoxe. Alors que les ventes et les distributions internationales des films de fiction et documentaires belges explosent à l’international, les productions belges sont insuffisamment vues en Belgique. Et cela en dépit des dispositifs et initiatives mis en place par le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel (CCA) depuis de nombreuses années. Dès lors comment renouer avec les publics sur le territoire belge ? Dialoguer davantage avec les autres secteurs, tels que le sport ou la musique pourrait être une piste.
Ces dernières années, le cinéma belge a évolué de manière impressionnante. Il suffit de regarder la qualité des films et des court-métrages documentaires nominés cette année. Soundtrack to a Coup d’État de Johan Grimonprez était nommé aux Oscars dans la catégorie du Meilleur film documentaire.
Les films Merckx de Christophe Hermans et Boris Tilquin et L’acier a coulé dans nos veines de Thierry Michel et Christine Pireaux ont eu de beaux succès en salle. Pareil, pour le cinéma de fiction, c’est très excitant de voir dans les nominés pour le Meilleur film, des réalisateurs confirmés comme Fabrice du Welz ou les frères Dardenne, et des nouvelles signatures comme celles de Alexe Poukine et, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys. Il faut le souligner. C’est aussi assez parlant quand on observe l’incroyable vivier de créativité que constituent nos séries. Jadis estampillé « cinéma social », « triste » ou « lent », le cinéma belge est aujourd’hui plus riche de thrillers et de comédies. Incontestablement, il y a une nouvelle vague de scénaristes et réalisteur.ice.s qui ouvrent les genres cinématographiques.
Il n’est presque plus besoin de l’expliquer. Il n’y a pas de Star system en Belgique francophone. Nous sommes « cannibalisé.es » par nos voisins et amis français. A contrario, les films belges flamands ont des succès commerciaux dans le nord du pays. Pareil en Allemagne, Espagne, Italie et même aux Pays-Bas qui ont leur propre Star system et des succès commerciaux nationaux.
Le Star system dépend des artistes et aussi, de ses relations avec d’autres domaines. Nous devons ouvrir les portes de la création pour toucher des publics plus larges. C’est ce que nous cherchons précisément avec les René : casser les murs et collaborer avec d’autres secteurs, aller vers les publics.
Connaissant un peu l’œuvre de René Magritte, ainsi que les ouvrages qui en traitent, je pense qu’il serait content de voir ce que la cérémonie qui portait son nom évolue en une fête du cinéma qui se tourne de plus en plus vers les publics. Et met en avant notre belgitude et nos talents locaux.
Les René du cinéma, le 7 mars 2026
Affiche Les René du cinéma © Cyprien Gain