Dans « Le Prieur de Bethléem », l’écrivain algérien Yasmina Khadra relate le destin tragique d’un jeune palestinien et de sa famille. Devenu moine, Wahid raconte son histoire dans un manuscrit qui sera aussi son testament moral.
Après la lecture du manuscrit l’éditeur parisien Alexandre Yakovlevoï est bouleversé, au point de le refuser, sans explications. Puis il disparaît, enlevé par son auteur Wahid Omr. Le prieur de Bethléem veut comprendre pourquoi ce texte, pour lui si précieux, a été rejeté par l’éditeur. Alors il nous raconte : né d’un père musulman et d’une mère chrétienne, Wahid sera orphelin très jeune. Recueilli par son oncle Saber, il passe son enfance à Bassam un petit village quelque part en Cisjordanie. Son enfance est pauvre mais plutôt heureuse auprès de sa cousine Nesreen, de Shaheen le vieux sage palestinien et de Zev l’ermite juif. Mais le conflit israélo palestinien va percuter la famille. Les quatre enfants de Saber connaîtront un sort tragique. Wahid finira par « trouver sa porte dérobée pour se sauver lui même ». Il se retranche du monde et de ses violences dans un monastère mais il restera très affecté par la disparition de Nesreen.
Ce livre est « le cri de désespoir d’un moine en perdition ». Le style de Yasmina Khadra est très littéraire, les métaphores poétiques sont nombreuses. Le lecteur sera touché par le destin tourmenté de Wahid et de sa famille. L’histoire s’invite dans le roman. Les drames familiaux découlent du conflit israélo-palestinien. Le sort du petit village de Bassam est émouvant. Avec la destruction des vergers puis des maisons, « Bassam battait de l’aile, tel un oiseau blessé, des spectres erraient, les visages impénétrables ». Le dernier retour au village de Wahid est particulièrement triste, même le cimetière a disparu.
A la fin du roman Yasmina Khadra élargit le débat. Il déplore les replis identitaires et « un passé que nous n’avons pas connu qui confisque notre présent ». « Pour avoir une infime petite chance que l’homme triomphe de la bête immonde qui l’habite, il faudrait…un miracle ». Comme en Jordanie où des guérisons miraculeuses interrogent les autorités ? Et le livre se clôt par une belle scène biblique : un homme, longue barbe et bâton de pèlerin avance au milieu des ruines de Gaza. Il sème la vie et les enfants peuvent sortir des décombres…
Yasmina Khadra, Le prieur de Bethléem, éditions Flammarion, 272 pages, 21 Euros, sortie le 4 03 2026.
visuel : couverture