28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort    28.03.2026 : Yto Barrada représentante polémique de la France à la Biennale de Venise    27.03.2026 Paul McCartney publie une nouvelle chanson en prélude à la sortie de son 18e album solo    23.03.2026 : Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort
Actualités
Agenda
Expositions
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

L’artiste Nadine de Koenigswarter : « J’ai envie de parler de l’animal et du vivant »

par Hannah Starman
30.03.2026

Nadine de Koenigswarter nous a reçus dans son atelier qu’elle a installé dans sa maison proche de Paris, entourée de ses chiens sauvés de l’abandon. Pour nous parler de son travail, du jazz, de l’Afrique et de sa passion pour le vivant. L’artiste participe à l’exposition à la Galerie Arnaud Lefebvre avec l’artiste américaine Diana Quinby du 2 avril au 2 mai 2026.

Vous présentez à cette exposition à venir une série d’animaux très colorés, alors que pendant longtemps, vous avez travaillé plutôt en noir et blanc.

 

J’ai commencé cette série autour de l’animal il y a une dizaine d’années, d’abord des petits formats, ensuite des plus grands. Je travaille certaines pièces à partir de courts textes que j’intègre dans les dessins, des textes philosophiques ou littéraires sur l’animal. Il s’agit souvent des penseurs qui étaient à contre-courant de la pensée de leur époque sur l’animal, comme Derrida, Adorno, Léonard de Vinci, Rilke, Canetti, Bashevis Singer. Je dessine toutes sortes d’animaux, des ours, des loups, beaucoup de chiens, un âne, un sanglier, un renard. Je prends les couleurs qui me viennent sous la main – des craies à l’huile ici – sur lesquelles je passe une couleur sombre pour retravailler dessus au burin. J’enlève cette couche sombre pour retrouver la couleur du dessous. Il y a dans cette approche quelque chose qui ressemble à un travail à l’aveugle. C’est au moment où je passe le burin que je découvre les rapports de couleurs et retrouve la lumière. C’est vraiment ce qui caractérise mon processus de travail. Même quand je peignais sur toile, je grattais, j’enlevais à la spatule. J’ai dessiné des animaux en noir et blanc aussi, mais là, j’ai très envie de couleurs.

 

L’animal est très présent dans votre travail et dans votre vie.

 

J’ai toujours vécu avec des animaux : des chiens, des chats, des rongeurs, des chevaux, des oiseaux, des poissons rouges. Pour moi, il y a quelque chose de l’ordre de l’émotion pure dans l’animal et dans ce langage silencieux, primal, des animaux. Même quand je me lance dans le dessin des personnages humains, je ne peux pas m’empêcher de revenir à l’animal. J’éprouve plus de plaisir à dessiner un animal qu’un être humain. Avant, je tendais plus vers l’abstraction que vers la figuration, mais maintenant j’oscille entre les deux. J’ai envie de parler de l’animal et du vivant, et de la façon dont nous le percevons. C’est un sujet qui me tient tant à cœur. Mais mon travail n’est pas pour autant tragique ou sordide, malgré l’état si préoccupant de la planète et de nos activités sur ceux qui la composent, et je suis plus dans une célébration du vivant. Je soutiens des causes environnementales et des associations de protection des animaux. À l’avenir, j’aimerais travailler sur les animaux marins, les oiseaux, les tortues, les pangolins, car jusqu’à maintenant, j’ai surtout dessiné des mammifères.

 

Vous êtes autodidacte avec un parcours atypique. Comment êtes-vous devenue l’artiste que vous êtes aujourd’hui ?

 

Jeune autodidacte, je n’avais pas d’amis artistes de ma génération. Je sortais d’une adolescence difficile. J’ai commencé à peindre et à dessiner pour créer une brèche et tenter de m’exprimer par un langage qui n’était pas celui des mots qui me faisaient peur. J’étais renfermée, mutique, et j’appréhendais toute forme d’extérieur. Je n’avais aucune confiance en moi et aucun repère. La confiance s’est construite petit à petit, la peinture m’y a beaucoup aidée, mais c’est difficile d’avancer sans école et sans références. J’avais fait une année à l’atelier Penningen mais l’école formait à l’illustration et ce n’était pas ce que je voulais. Puis j’ai rencontré Julian Mereuta, un artiste d’origine roumaine, qui m’a proposé de m’installer quelque temps dans un coin de son atelier à Bagnolet. J’ai aussi rencontré Wolf Vostell, un artiste extraordinaire de la génération Fluxus et proche de Nam June Paik et de John Cage. Il m’a dit un jour : « Prends tout ce qui vient. Prends la profusion, prends l’excès, prends tout. » À partir de ce moment-là, je me suis dit que je ferais ce que j’ai envie de faire. Un jour j’ai fait une tâche sur un dessin et je me suis dit : « C’est là qu’il y a la vie. C’est ça qui est vivant. » Je pense que c’est ça qui a déclenché ce besoin de travail plus abstrait pendant longtemps.

 

Votre œuvre est très variée. On y trouve de l’abstrait, du dessin, de la photographie, des multiples, des caissons lumineux, de l’écrit aussi. Y a-t-il des périodes dans votre travail où vous privilégiez une forme d’expression plutôt qu’une autre ?

 

Non, il n’y a pas de chronologie dans mon travail. Je peux commencer une toile, la mettre de côté et reprendre le travail, 20 ans plus tard. C’est vrai que j’étais dans l’abstraction pendant longtemps, mais je fais des va-et-vient tout le temps. Par exemple, le Songe avec une double tête m’est apparu quand j’habitais à New York et, à ce moment-là, j’en avais fait une petite gravure. Je l’ai repris beaucoup plus tard pour faire le dessin grand format qui a été ensuite présenté au Musée Jenisch à Vevey. J’adore la gravure et même si je n’en ai pratiquement pas fait, tout le travail que je fais maintenant tourne autour de la gravure. Pour la série d’animaux présentés à la Galerie Arnaud Lefebvre, je racle, j’enlève, je travaille « en réserve ». Même quand je faisais un travail abstrait, je voulais toujours retrouver la couche d’avant, celle en dessous, jusqu’à retrouver le fond, la toile. Je n’aime pas les effets de style, il faut que ce soit très simple.

 

La musique a joué un rôle important dans votre vie. Pannonica de Koenigswarter a consacré sa vie au jazz. Qui était-elle pour vous et dans quelle mesure le jazz vous a-t-il influencé ?

 

Ma grand-mère est morte à 20 ans en mettant mon père au monde. Mon grand-père, Jules de Koenigswarter, devenu veuf, a très vite épousé une lointaine cousine, Pannonica de Rothschild, et ils ont eu cinq enfants ensemble. Elle est donc ma grand-mère par alliance. Elle vivait à New York et nous n’avions pas beaucoup de contacts avec elle, mais j’ai bien connu ses enfants qui vivaient avec nous. Mon grand-père était diplomate et souvent en voyage. Il a décidé que les enfants seraient mieux scolarisés en France, donc mon père a accueilli la fratrie chez lui. Pannonica a laissé des traces parce que j’étais très attirée par le jazz, même si ce n’était pas le même jazz. Nica aimait le bebop jazz alors que j’adore le free jazz : Charles Gayle – avec qui j’ai vécu –, Coltrane de l’époque Interstellar Space, Rashied Ali, ou encore Steve Lacy. Quand je travaille, j’aime écouter une musique qui me déporte, le free jazz, justement.

 

Vous avez édité, avec Frédéric Pajak, deux livres de photos que Pannonica a faites des musiciens de jazz : Les Musiciens de jazz et leurs trois vœux et L’œil de Nica. Comment est né ce projet ?

 

Lors de mes séjours new-yorkais, j’habitais dans la maison de Pannonica dans le New Jersey après son décès. Je dormais et travaillais dans sa chambre. Un jour, je suis tombée sur une grande malle pleine de polaroids. Il y avait des photos de John Coltrane, de Miles Davis et de gens moins connus. Je savais que la seule façon de sauver ces photos était de les scanner et de les publier. J’ai amené le tout à Paris et j’ai montré les photos à Frédéric Pajak. Nous étions d’accord sur le fait qu’il fallait faire un ouvrage le plus facsimilé possible. Les vœux des musiciens étaient tapés à la machine, et les photos étaient collées dans les carnets Hermès en cuir de Pannonica. Ces carnets ont été ensuite exposés à la Maison Hermès à New York et Berne et au Festival de Jazz à Montreux. C’était beau parce qu’elle avait collé ces photos avec du vieux scotch qui avait déteint de l’autre côté. La maison de Pannonica était restée à disposition de ses amis musiciens jusqu’à la mort du dernier, le pianiste Barry Harris en 2021. Richard Wilkinson, le mari de June Tyson (chanteuse fétiche de Sun Ra), qui habitait à la maison à l’époque, connaissait tous les gens de cette génération. Nous avons passé une dizaine de jours ensemble à les identifier sur les photos. Il est décédé un mois plus tard. Nous avons publié le deuxième tome en 2023 quand les enfants de Nica ont vendu la maison et on y a découvert d’autres photos.

 

Vous avez vécu et voyagé en Afrique de l’Ouest avec un groupe de musiciens pendant plusieurs années. Qu’est-ce qui vous a attiré là-bas ?

 

J’en avais marre du parisianisme, mais c’était vraiment aussi une envie d’Afrique. Il n’y avait pas d’autre continent qui me donnait envie et il est vrai que ça a été assez brutal. J’étais enseignante vacataire en arts plastiques dans une école à Paris. J’avais déjà visité Dakar et initialement, je voulais y retourner pour travailler avec les enfants de la rue. Certains artistes connus, par exemple Ousmane Sow, et moins connus, le faisaient déjà. Finalement, ça ne s’est pas fait. En 2000, j’ai été invitée par le sculpteur Alain Kirili à assister pendant une vingtaine de jours à une rencontre en pays Dogon au Mali entre la troupe de la communauté des masques dogon Awa et des musiciens afro-américains comme Joseph Jarman ou Leroy Jenkins. Une expérience fabuleuse. Deux ans plus tard, je suis retournée en Afrique et suis allée au Festival de jazz de Saint-Louis du Sénégal. J’y ai rencontré des musiciens traditionnels et j’ai vécu pendant près de huit ans auprès d’eux. C’étaient des Guinéens, une quarantaine d’hommes qui vivaient plus ou moins en communauté, un peu nomades, « en aventure » comme ils disent. Ils étaient « réfugiés économiques » au Sénégal et extrêmement démunis. Ils faisaient eux-mêmes leurs magnifiques instruments traditionnels et ils jouaient la plupart du temps pour les cérémonies locales.

 

Comment cette expérience africaine a-t-elle influencé votre travail ?

 

Toutes les Pièces noires & Cosmogonies que j’ai faites sont très liées à l’Afrique. Au pays Dogon, je dormais au bord de la falaise de Bandiagara, sur une natte au sol, avec toute la voûte étoilée au-dessus, d’autant plus présente qu’il n’y a pas l’électricité. J’utilise un papier noir brillant en surface et blanc au dos. Je travaille à l’aveugle et je repousse le papier vers l’avant par le dos. Ce qui fait que le blanc est éclaté et revient vers l’avant. Cela donne de grands papiers qui flottent librement au mur. Je rentre dans la musique qui m’accompagne souvent lorsque je travaille, comme dans une transe, et je me laisse guider par le rythme, plus que par le visuel. C’est le rythme de la kora qui fait que je perce en cadence, comme une pulsation. Je travaille au sol et c’est un travail à l’aveugle et sans intention préalable. J’aime bien quand un travail en amène un autre. Comme quelque chose sans fin mais avec une finalité qui est de trouver un état d’équilibre/déséquilibre qui me convient et qui fait que je peux arrêter le travail à cette étape, mais il faut parfois plus de temps pour savoir si ça tient la route. J’ai fait beaucoup de photos, de films et de dessins sur le vif en Afrique. J’ai rempli une trentaine de carnets là-bas. C’était aussi pour moi une façon d’échanger avec des gens. Je dessinais des enfants, des familles et je leur donnais des dessins.

 

Quels sont les projets ou les formes artistiques que vous aimeriez encore explorer ?

 

Cela fait vingt ans que je travaille sur un livre sur un de mes cousins, Philippe Lunel, décédé en 1994 du SIDA, qui m’était très proche. J’ai toujours peint et dessiné mais quand j’ai écrit le livre autour de mon cousin, ça a été une immersion difficile, régressive, douloureuse mais par contre, écrire et trouver les mots a été jubilatoire. Les mots, la précision des mots, c’était un autre plaisir que j’ai découvert. Ce sera un livre plein d’images parce qu’on a eu un échange quasi quotidien pendant une dizaine d’années avant sa mort. On échangeait des objets, des dessins, des lettres et j’ai fait une somme de tout ça. Par ailleurs, j’ai fait quelques multiples dérivés d’un de mes échanges avec lui. J’en ai fait une dizaine à la main et je les ai appelés « De l’insomnie. » Mon cousin était insomniaque et il m’avait envoyé un dessin d’un homme qu’il avait appelé « Le Surhomme », entouré des noms des médicaments contre l’anxiété ou pour dormir avec des noms épouvantables, Urbanil, Palfium, Temgesic, et en réponse, je lui avais envoyé un bonhomme qui compte des moutons. Ce projet me tient terriblement à cœur et le livre sortira un jour, j’espère.

Visuel: © Julian Mereuta