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L’artiste Diana Quinby : « Quand je dessine, je me sens en communion avec mon corps »

par Hannah Starman
02.04.2026

L’artiste américaine, installée à Paris depuis 35 ans, travaille sur ses grands autoportraits emblématiques dans un atelier aménagé dans une vieille maison bucolique dans le Val-d’Oise. Nous avons échangé autour du corps et des fêlures qui animent son œuvre. Diana Quinby participe à l’exposition à la Galerie Arnaud Lefebvre avec l’artiste française Nadine de Koenigswarter du 2 avril au 2 mai 2026.

Votre sujet principal, c’est vous-même, votre corps et parfois vos proches. D’où vient ce besoin de vous confronter ainsi à vous-même ?

 

Peut-être qu’en le faisant je dis : « J’existe », mais pas dans un sens narcissique. J’ai grandi dans une famille où l’on ne parlait pas des sentiments. Ma mère était médecin et mon père avocat. Tous deux étaient très pris par leur travail et n’avaient pas beaucoup de temps. Je ne me souviens pas vraiment d’avoir fait quoi que ce soit avec mes parents, à part des vacances en famille. Et la plupart du temps, il y avait juste beaucoup de confusion et de cris, et personne ne voulait faire des choses ensemble. Inconsciemment, je cherchais sans doute l’attention de mes parents. Enfant, j’aimais dessiner, et chaque fois que je faisais un joli dessin et que je le montrais à mes parents, ils étaient captivés. Je me sentais encouragée et le dessin est devenu pour moi un moyen d’attirer leur regard sur moi. Il y avait beaucoup de livres d’anatomie et de médecine à la maison. Je les feuilletais, fascinée. Plus tard, dans ma vie artistique, je me suis inspirée de l’anatomie et cela a été peut-être pour moi aussi un moyen d’essayer de créer un lien avec ma mère.

 

Parmi vos œuvres plus anciennes, il y a une série très poignante sur les os, la colonne vertébrale, le bassin pelvien. Qu’est-ce qui l’a animée ?

 

À l’âge de huit ans, j’ai eu une terrible infection appelée ostéomyélite. J’étais partie en colonie de vacances près d’une rivière et je m’y suis fait abondamment piquer par des moustiques. Je me suis grattée jusqu’à ce que les piqûres s’infectent. Ma cheville a commencé à me faire mal et, au début, tout le monde pensait que je m’étais fait une entorse car elle était enflée, mais en réalité, j’avais une septicémie et l’infection s’était déjà propagée dans mon os. Je me suis rendu compte bien plus tard que j’aurais pu mourir. Finalement, on m’a emmené à l’hôpital et j’ai subi une opération. On m’a ouvert l’os et il a fallu drainer l’infection. J’ai passé un mois et demi à l’hôpital, couverte de tuyaux, à recevoir des antibiotiques par intraveineuse. Ça a été un événement marquant dans ma vie qui, de plus, faisait suite à une tragédie antérieure.

 

Que s’est-il passé ?

 

Quand j’avais six ans, mon deuxième frère est né, et je suis sûre que je n’étais pas contente de son arrivée. Je n’étais déjà pas ravie de mon premier frère et je n’en voulais pas d’un deuxième. Mais à l’âge de six semaines, mon petit frère est mort du syndrome de mort subite du nourrisson. Je me souviens encore très clairement du matin où le bébé est mort et du choc que cela a provoqué dans la famille. Ma mère était là avec mon autre frère sur sa hanche. Je ne me souviens pas de mon père, mais ma mère avait l’air hébétée. Le bébé mort était sur un fauteuil dans le salon. Il était recouvert d’une couverture, mais son petit pied dépassait. Je me suis approchée pour le voir, je voulais le voir. Ma mère me l’a interdit. Je n’ai jamais vu personne pleurer. Je n’ai jamais vu de deuil. Je me demande parfois si je ne mettais pas mes parents à l’épreuve en tombant si malade. C’était l’année où mon dernier frère est né. Il aurait été le troisième si le deuxième avait survécu.

 

Comment décririez-vous votre rapport à votre corps ?

 

Pour moi, le corps a toujours été quelque chose qui me fait mal quelque part. Il y a toujours quelque chose qui cloche. Enfant, j’étais souvent malade, avec des rhumes ou des angines infectieuses. J’ai grandi avec beaucoup d’antibiotiques et de maux de tête. En même temps, j’essaie de rester physiquement active et de prendre soin de moi parce que je ne veux pas tomber malade et mourir d’un coup. Je n’étais pas jolie comme les autres filles et cela m’importait peu finalement. Toute cette image de la femme séductrice m’était étrangère. J’ai l’impression de ne pas y correspondre du tout. Dans l’ensemble, je dirais que j’ai une relation plutôt conflictuelle avec mon corps. Mon corps n’est pas mon meilleur ami, mais c’est un bon messager. Il me dit quand quelque chose ne va pas, quand je souffre, quand j’ai besoin d’une pause, ou quand il y a une émotion que je ne gère pas.

 

Comment dessinez-vous votre corps ? Utilisez-vous un miroir ou des photos ?

 

Quand j’étais enceinte de mon fils en 20025, j’ai commencé par m’observer et dessiner d’après ce que je voyais, et je continue à le faire aujourd’hui. Je suis passée du dessin de l’intérieur du corps, de la colonne vertébrale, à l’extérieur, en m’observant. Puis le bébé est arrivé et je me suis dessinée avec lui, puis le bébé avec mon mari, mon mari avec ma fille adolescente et ma fille adolescente avec ses amies. Je crois qu’il n’y a qu’un seul portrait de famille où nous sommes tous les quatre ensemble. Les enfants n’ont pas la patience de poser pour moi, alors je fais un croquis rapide, puis je les prends en photo et je travaille à partir de là. Je me dessine en me regardant et j’intègre les autres à partir des photos.

 

Au vu de la technique que vous utilisez, la réalisation de l’un de ces grands autoportraits doit prendre beaucoup de temps. À quoi pensez-vous pendant que vous dessinez ?

 

Maintenant, je dessine principalement debout, et les dessins sont grands, donc parfois mon bras se fatigue, mais en général, quand je dessine, je me sens en communion avec mon corps. Ce qui me passe par la tête quand je dessine n’a souvent rien de très profond. À un niveau très conscient, en tout cas, je peux penser à toutes sortes d’autres choses ou simplement écouter un podcast. Je ne suis pas fixée sur le dessin, je réagis juste intuitivement à ce qui se passe sur le papier. En revanche, quand je commence un nouveau dessin, quand je mets en place la composition, les formes du corps ou autre, c’est très intense et cela demande beaucoup de concentration. Et puis, quand je construis la surface, que je travaille sur les lumières et les ombres et que je développe la texture, c’est un autre type de concentration. Je peux laisser mon esprit divaguer un peu plus. Souvent, quand j’arrive à mon atelier, je ressens un soulagement parce que je suis dans mon espace physique et mental, loin des autres pressions de la vie quotidienne. Je m’y sens libre et protégée.

 

Que ressentez-vous lorsque vous réalisez ces dessins de vous, souvent des nus ?

 

C’est intéressant, car parfois je trouve que montrer mon travail est assez stressant ; je me sens exposée ou vulnérable, comme si d’une certaine manière les gens allaient voir à travers les dessins quelque chose qui est vraiment moi. En même temps, je continue à réaliser ces dessins. Comme si je voulais être vue et que j’avais peur d’être vue en même temps. Peut-être que j’essaie de montrer que je mérite que le regard se pose sur moi. Je ne sais pas. Je pense sincèrement que mon travail est intéressant à voir, même si c’est parfois difficile pour moi de le montrer, et qu’il devrait être exposé dans de bonnes conditions. C’est l’un de mes rêves : si j’avais assez d’argent, j’aimerais avoir un lieu où je pourrais conserver les œuvres d’artistes, comme une bibliothèque d’art ou des archives, puis disposer d’un espace d’exposition et organiser des expositions temporaires.

 

Si vous regardez votre travail des 30 dernières années, comment diriez-vous qu’il a évolué ?

 

Le travail sur les os a commencé par la gravure, par la lithographie et la gravure sur bois. Je suis venue en France en 1991 pour être apprentie à l’atelier d’estampes Maeght Limited Editions, rue Daguerre. Là-bas, j’imprimais des lithographies, des gravures sur bois ou des eaux-fortes pour d’autres artistes, mais aussi les miennes. La lithographie consiste essentiellement à dessiner sur la pierre, et la surface d’une pierre est comme une feuille de papier, sauf qu’elle a une texture et qu’il y a parfois de petits fossiles dedans. C’est comme un être vivant, et c’est assez sensuel de dessiner dessus. Mais c’est un travail considérable que de fixer l’image sur la pierre, alors une fois qu’elle est là, on veut en profiter et en faire plusieurs tirages.

Je me demandais ce que j’allais faire de tous ces multiples. J’ai commencé à dessiner par-dessus ou à les coller ensemble : en prenant une même image, une image répétitive, je les collais ensemble et je construisais un autre dessin à partir de cela. Il y avait beaucoup de lignes, de marques, de textures qui s’accumulaient. La colonne vertébrale ou n’importe quel os est un grand objet qui va du bas vers le haut de la feuille de papier. Par la suite, j’ai fait la même chose avec mes corps. Ils vont du bas vers le haut de la feuille. Ils se projettent vers l’extérieur, ils soutiennent l’espace pictural.

 

On a l’impression que votre oeuvre s’étend et s’épaissit avec le temps.

 

Je suis passée des dessins d’os au dessin de mon corps parce que j’ai commencé à sentir que je ne pouvais plus rien faire de plus avec les os. D’ailleurs, les tout derniers dessins d’os prenaient déjà un aspect un peu charnu, comme si je voulais les habiller avec de la peau. Quand j’étais enceinte de mon deuxième enfant, je voulais me dessiner dans cet état altéré. Et j’ai dessiné ce que je voyais en regardant mon propre corps : mes pieds, mes jambes, mes mains et ma main tenant le crayon. Même si le corps occupe tout l’espace, le blanc du papier est très présent. Plus je poursuivais ce type de travail, plus je commençais à créer de la texture et à travailler sur des lignes superposées pour obtenir cette présence velue ou poilue que je donne aux corps. Parfois, il y a une sorte de confusion entre la peau et les vêtements, voire entre l’intérieur et l’extérieur du corps.

 

Quelle sera, selon vous, la prochaine étape de votre travail ?

 

Je pense que je finirai par me dessiner avec un cheval, voire deux. Je me suis déjà dessinée avec un chien à plusieurs reprises. Il existe beaucoup de peintures représentant des personnes à cheval, mais peu de personnes à côté d’un cheval. Je pense donc que ce sera peut-être la prochaine étape.

 

 

 

 

Visuel : ©Diana Quinby