L’affiche, cette œuvre populaire que l’on connait si bien, est disséquée au Musée d’Orsay pour la nouvelle exposition qui se tient du 18 mars au 6 juillet 2025. « L’art est dans la rue » retrace le chemin social, politique et économique d’un objet qui se conjugue sur nos murs, nos bâtiments tant extérieurs qu’intérieurs.
C’est dans une exposition au regard précis et historique que nous déambulons au cœur d’affiches aux couleurs et slogans vifs. Entre l’explication des colonnes Morris, celles sur la lithographie et la présence d’une presse au milieu du parcours, la médiation offre des explications riches sur les premières techniques d’impression et de diffusion de cet art né dans la seconde moitié du XIXème siècle.
Peintures, sculptures, costumes et photographies dialoguent et témoignent d’un véritable phénomène de société.
Si l’on suit l’évolution de cet objet à travers les époques, très rapidement, l’exposition appuie sur l’aspect commercial de ce nouveau support : les phrases et slogans se veulent percutants pour capter l’attention d’un maximum de client.es tandis qu’une réflexion de plus en plus poussée s’engage sur la censure, la typographie et le rôle des artistes.
Témointe des changements sociétaux, l’affiche incarne les progrès techniques et l’essor d’une société de consommation. Elle-même participe à ce consumérisme en devenant un objet de collection, s’élevant ainsi au rang d’œuvre d’art.
Ainsi, de simple support de communication, l’affiche devient un véritable marqueur culturel et social. Son succès grandissant dépasse bientôt le cadre publicitaire pour susciter un engouement esthétique et collectionneur, donnant naissance au phénomène de l’« affichomanie ».
Au fur et à mesure de son évolution, certains deviennent les maîtres du genre : Jules Chéret, surnommé le « roi de l’affiche » est suivi de Henri de Toulouse-Lautrec, Alphonse Mucha ou encore Eugène Grasset pour ne citer qu’eux.
Si cet art est d’abord perçu comme abordable, populaire et accessible, la course à l’affiche émerge en même temps : les collectionneurs, dits « affichomaniaques » sont ainsi à la recherche d’épreuves rares et de ces quelques affiches qui n’auraient jamais été placardées dans les rues.
Aujourd’hui encore, nos rues et nos murs disparaissent sous des couches de colle et de papier. L’affiche reste un médium essentiel de communication, qu’elle soit publicitaire, politique ou artistique. Pourtant, l’exposition du Musée d’Orsay n’offre aucun écho explicite à cette réalité contemporaine.
En sortant, un goût de frustration demeure : où est le regard sur les affiches qui ont marqué nos générations, celles que nous avons toutes et tous accrochées dans nos chambres ? Où sont les collages féministes, arrachés et recollés chaque jour, témoins d’une lutte sociale et politique toujours en cours ?
Par ailleurs, ces dernières années ont vu émerger le street-art, qui a troqué le papier contre le mur lui-même. Des artistes comme Banksy en ont fait un terrain d’expression directe, leurs œuvres in situ devenant indissociables de l’espace urbain. Mais elles aussi, victimes d’un marché avide, se retrouvent copiées, découpées à même les façades.
Si l’histoire de l’affiche est brillamment explorée dans cette exposition, on regrette l’absence d’un regard sur son héritage actuel, là où elle continue de s’imposer comme un outil puissant de contestation, d’expression et de culture populaire.
L’exposition reste un regard riche et intéressant sur ce phénomène artistique, politique et populaire, dont on peut bien évidemment acheter l’affiche à la boutique, du 18 mars eu 6 juillet !
visuel : ©site du musée d’Orsay
Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923). Imprimerie Charles Verneau (Paris)
Affiches Charles Verneau. « La Rue », 1896
Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et Photographie
© Photo BnF