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La vie après l’Opéra de Paris

par Maria Sidelnikova
08.04.2026

Elles ont quitté l’Opéra de Paris, l’une après l’autre, il y a tout juste trois ans – pour découvrir autre chose, pour se découvrir, et finalement pour revenir, mais autrement. Héloïse Jocqueviel et Awa Joannais dansent en tant qu’artistes invitées dans la nouvelle production de Satyagraha par Philip Glass, dans la mise en scène de Bobbi Jene Smith et Or Schraiber. Leur création Pit, en mars 2023, était le dernier spectacle des deux danseuses au sein de la compagnie. La boucle est bouclée. En même temps dans le cadre de la programmation de l’Académie de l’Opera de Paris, Héloïse présente Sven, un solo interprété par Awa à l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille. Aujourd’hui, en complément de son activité chorégraphique, Héloïse Jocqueviel fait partie de la compagnie de Sharon Eyal, tandis qu’Awa Joannais travaille avec différents chorégraphes, notamment avec Salia Sanou, qui a récemment pris la direction du CCN de Nantes. Elles ont plein de projets pour l’avenir, même ensemble, encore pas mal de questions sur le passé — mais aucun regret. Rencontre à la veille de la première.

« Sven», chant du cygne à l’Opera

Créé au moment de son départ de l’Opéra, Sven permet à Héloïse de raconter son rapport à la danse classique. Le point initial du solo est la figure du cygne blanc, mais pas uniquement celui du Lac des Cygnes : il s’agit plutôt de La Mort du cygne de Fokine, qui fascine cette grande passionnée des ballets russes depuis longtemps.

« Ce solo est très contemporain, tant dans l’interprétation que dans les multiples variantes proposées par les interprètes, parfois même de l’improvisation. Le mouvement animal y est très présent, malgré les pointes et tutu, et cela a été créé il y a plus de cent ans. C’était une grande source d’inspiration, – explique Héloïse. – Ensuite, je me suis tournée vers mon parcours de danseuse classique et ma relation aux 24 cygnes du Lac des Cygnes. Quelles étaient les poses, les codes ? Comment fonctionne le code de la danse classique pour donner l’illusion du cygne ? Ce qui m’intéressait, c’était de les traverser, pour que ces gestes ne deviennent pas simplement des poses, mais presque des outils de transformation ».

D’abord dansé par elle-même, il y a un an et demi, Héloïse a transmis le solo à Awa, faisant de Sven une sorte de chant du cygne à l’Opéra : « Dans cette pièce, je me suis retrouvée dans des états de corps similaires à ce que j’avais pu vivre dans ma carrière à l’Opéra. Des sentiments mêlés — angoisse, relâchement, peur, effacement… mais aussi un espace pour me transformer, pour passer par différents états — souvent centrés en moi comme danseuse, monstre et humaine, toutes ces facettes qui me constituent. Et disposer de ce temps pour osciller entre ces états est vraiment libérateur. »

La fébrilité – encore un mot qui revient constamment quand on parle de Sven. On doit la surmonter à chaque sortie sur scène, car la danseuse formée et professionnelle doit rester forte, et le tremblement physique peut être perçu comme une faiblesse. Héloïse, au contraire, le transforme en état émotionnel, en physicalité, en faisant de cette fragilité une force, littéralement animale.
Sortir sur scène est déjà un acte de bravoure, mais quitter l’Opéra, avec toutes ses sécurités et conditions de travail dont chaque danseur peut rêver, c’est une tout autre dimension de courage. Elles racontent.

L’Opéra, entre maison familiale et désir de liberté

Qu’est-ce qui vous a poussées à quitter l’Opéra, et à quel moment cela s’est-il fait ?

Héloïse : Depuis l’école de danse, j’avais l’ambition d’entrer dans la compagnie, mais je ne m’imaginais pas que ma vie de danseuse se déroulerait entièrement à l’Opéra jusqu’à mes 42 ans. Le répertoire contemporain a été un tournant : travailler avec différents chorégraphes m’a permis de me renouveler, mais il me manquait la possibilité de m’investir pleinement sur un projet. J’ai donc préparé mon départ pendant près de quatre ans.

Awa : C’est lors de la production de Pite avec Bobby et Or que j’ai décidé de prendre un congé d’un an. Au départ, je pensais revenir, mais très vite j’ai senti que ma place était ailleurs. Cette réflexion mûrissait depuis longtemps : entrée à l’école de danse à neuf ans, puis dans la compagnie à seize ans, j’avais donné beaucoup d’énergie à une institution si complexe qu’elle ne peut pas s’occuper pleinement de chacun, et je voulais découvrir autre chose. Le déclic est venu pendant le confinement : pour la première fois depuis l’enfance, nous nous sommes retrouvés face à nous-mêmes. Qu’existe-t-il en dehors de l’Opéra ?

Qu’avez-vous ressenti en quittant des conditions de travail aussi rares, et est-ce que ça en valait le coup ?

Awa : Pour moi, ça ne vaut pas le coup d’être malheureuse en sécurité. Je préfère prendre le risque, faire mes choix et m’épanouir. L’élan des départs a été important ; voir Héloïse parmi les premières m’a beaucoup rassurée. Juste voir que c’est possible de vivre en dehors de l’Opéra, ça fait une vraie différence.
Héloïse : Je n’ai aucun regret. Il y a des choses que je peux évoquer avec beaucoup d’amour, d’autres que j’ai envie de questionner, voire de dénoncer. Mais cela reste une partie de ma vie : 17 ans. Aujourd’hui, j’en ai 29 — et j’ai hâte de vivre les 17 prochaines, en espérant qu’elles seront remplies de beaucoup d’autres choses.

©Ellia Zacharie, Héloïse Jocqueviel

 

Votre base classique joue-t-elle en votre faveur ou contre vous ?

Héloïse : Je pense que ce n’est pas une question si binaire, mais c’est quelque chose que je me pose au quotidien, notamment avec Sharon Eyal. Elle adore le ballet, alors que moi, j’ai traversé des années de rejet par rapport à ça. Pour moi, ce n’était pas le ballet en soi qui posait problème, mais tout le poids autour : les relations humaines, les histoires qu’on raconte, les façons de travailler. Et ce qui est assez extraordinaire depuis quelques mois, c’est que je commence à accepter que ça fasse partie de moi, que ça puisse être une force parmi d’autres. Ça ne me définit pas entièrement, mais ça peut exister et m’accompagner. Dans mon travail de chorégraphe, je l’utilise énormément.

Awa : Pour moi, c’était similaire. J’ai basculé en contemporain, surtout via des workshops hors de l’Opéra, car dans la programmation d’Aurélie Dupont, je n’étais pas forcément mise sur le contemporain – pour “désapprendre” ce qu’on m’avait enseigné. Sur certains projets, on m’a même demandé de “danser comme moi je danse”, ce qui était difficile car je ne savais pas encore comment je dansais. Avec le temps, j’ai compris que mes bases classiques revenaient naturellement, constituaient un atout immense et qu’il y avait vraiment moyen de les utiliser de manière pertinente et à bon escient, même dans le contemporain.

Alors, peut-on dire que le ballet classique a un avenir ?

Heloïse : Je pense que j’aurais dit non, il y a encore un an. Mais aujourd’hui, je découvre des choses… et je me dis que peut-être, oui.
Awa : En tout cas, ce n’est pas que du passé.

Awa, vous faisiez partie d’un groupe de danseurs appelant à plus de diversité à l’Opéra. Avez-vous obtenu ce que vous espériez ?

On en a beaucoup parlé, mais aujourd’hui, on a l’impression que la page est tournée.
Il y a eu une forte réaction à nos prises de parole, et certaines mesures ont été mises en place — pas toujours de la meilleure manière. Mais j’ai quitté la compagnie, donc je manque de recul… et j’ai le sentiment que l’élan s’est essoufflé. Ces idées ne sont pas vraiment développées sur le long terme. Cela a d’ailleurs contribué à mon départ. On nous disait dès le début que ces changements prendraient du temps. À un moment, je n’avais plus l’énergie de porter ce combat : je voulais être artiste, simplement — même si cela implique toujours une dimension politique. Il existe toutefois des signes positifs, comme Guillaume Diop, qui incarne la figure d’un danseur étoile noir. C’est une responsabilité immense, mais aussi une source d’espoir, pour la compagnie comme pour les jeunes générations. La représentation est essentielle. Récemment, en voyant un spectacle du Dance Theatre of Harlem, j’ai pleuré dès la première minute. Je me suis dit combien cela m’avait manqué enfant. Pouvoir s’identifier à ceux qui dansent à l’Opéra reste un message d’espoir — et j’espère qu’il perdurera.

©Julien Benhamou, Awa Jovannais

Avec le recul, qu’est-ce que représente l’Opéra pour vous ?

Awa : C’est drôle, parce qu’on parle souvent de “maison” dans la compagnie. C’est là qu’on a grandi, qu’on a fait l’internat, où on s’est développé. Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment ma maison ; c’est un endroit où j’ai évolué, un peu comme quitter la maison de ses parents. Il y a de la nostalgie pour certains moments et rencontres importantes, mais surtout l’envie immense de m’émanciper. Il y avait une petite appréhension au fait de revenir danser ici, quand même, en étant partie un peu comme ça, sans l’avoir trop annoncé. Finalement, il y a beaucoup de joie d’être là, d’être dans ces murs. Surtout, je pense à Garnier, à retrouver certaines équipes à qui je n’ai pas pu dire au revoir : la machinerie, le maquillage, les habilleuses, toutes ces personnes qui nous ont entourées pendant tant d’années.

Héloïse : Il y a forcément quelque chose de très lié à l’enfance. On entre à neuf ans, on grandit là-bas, on s’y construit. C’est un choix — plus ou moins conscient à cet âge — mais on y passe tellement de temps que cela crée des liens très forts.
On en parle souvent avec Awa : on est parties en internat à neuf ans, on a grandi ensemble, il y a presque quelque chose de l’ordre de la famille. Même si, bien sûr, ce n’est pas une “maison” à proprement parler. Pour moi, c’est très ambivalent. C’est aussi une école nationale et publique, et j’ai eu la chance d’y recevoir un enseignement artistique auquel ma famille n’aurait pas eu accès autrement — pour cela, je me sens très reconnaissante. Mais il y a aussi des aspects plus difficiles, certaines expériences humaines et relationnelles que je ne souhaiterais pas à des enfants et aux jeunes adultes aujourd’hui. Cela dit, je n’ai aucun regret. Revenir aujourd’hui travailler à l’Opéra est assez beau, presque touchant. Quand on part, on a parfois l’impression de faire quelque chose à contre-courant, voire de déranger. Et puis, être invitée à montrer son travail, à redanser sur cette scène… ce n’est pas effacer ces années passées là-bas. On fait encore un peu partie de ce que l’on a apporté à la maison. Il y a quelque chose de beau là-dedans, et je trouve ça très plaisant.

©Opéra National de Paris, Elena Bauer, Répétitions de Satyagraha