Avec Les ami.es c’est la vie (éd. la ville brûle), Alice Raybaud, épaulée par l’illustratrice Diglee, offre un second souffle à son essai Nos puissantes amitiés (éd. La Découverte, 2024). Cette adaptation pour ados transmet une réflexion joyeuse et des outils pour prendre soin de nos amitiés, plurielles !
Dans un joli mélange de faits historiques, de chiffres, de points sociologiques et de ressentis sur son rapport à l’amitié, Alice Raybaud offre une pensée touchante et empouvoirante sur ces liens humains. Dans Les ami.es c’est la vie, composé de cinq chapitres, l’amitié est légitimisée comme une relation à part entière, et non pas comme une « salle d’attente du couple ».
Longtemps laissées à la marge comme des relations additionnelles, les relations amicales sont ici célébrées, mises en avant et encouragées. Et quel bonheur ! L’amitié devient un espace à part entière à entretenir et construire ensemble, un lien à soigner puisqu’effectivement ce « n’est pas un sentiment de seconde zone ! ».
Au travers de la lecture, l’autrice déconstruit certains mythes comme la rivalité féminine, montre comme la socialisation façonne ces liens, parle de la question du genre, tout en abordant la question des ruptures amicales. En effet, avec le chapitre « Les amitiés aussi peuvent se casser », l’autrice insiste sur l’importance de vivre pleinement un deuil amical, en citant par exemple Contre-cœur de Yoa, une musique qui explore ce chagrin et le légitimise.
Et c’est ce qui fait la force de Les ami.es c’est la vie : plus qu’une ode à l’amitié, le livre décline les nuances de ces relations, qui sont représentées avec justesse par Diglee. De plus, dans une société où l’individu est encouragé à se construire de manière autonome, réfléchir et prendre soin de nos amitiés, devient un véritable geste politique. Les illustrations douces et puissantes à la fois offrent de véritables respirations aux représentations amicales, si souvent marginalisées par la pop culture.
Alors, ces relations, il faut leur faire la fête ! Si les relations familiales ou les relations romantiques ont des rites inscrits dans le calendrier (Saint-Valentin, Noël, Pâques…), les relations amicales, elles, semblent être les oubliées de notre société. Pour Alice Raybaud, le luxe de cette position est que tout reste à inventer !
Le livre nous encourage ainsi à créer nos propres fêtes en laissant une liste de rites à compléter soi-même ! La dernière illustration donne l’exemple en représentant 3 ami.es qui indiquent célébrer leur relation le 3 mai « MAI ça fait « ami » en échangeant les lettres ».
Ainsi, avec cet essai pensé pour les adolescent.es, Les ami.es c’est la vie résonne bien au-delà : il rappelle à chacun.e que nos amitiés méritent d’être célébrées, soignées et reconnues comme des liens puissants, capables de nous accompagner tout au long de la vie.