« On est là pour toucher le public le plus large et faire découvrir notre lieu, que les gens s’y sentent chez eux. Que ce théâtre soit un endroit convivial, offrant des propositions artistiques et participatives. »
À l’occasion de la réouverture du théâtre La Rose des Vents qui s’est tenue en décembre dernier, l’équipe de Cult News a eu le plaisir d’interviewer Audrey Ardiet, directrice de la Scène nationale de Lille Métropole Villeneuve d’Asq.
Audrey Ardiet : Il y avait plusieurs choses à revoir, notamment une de nos deux salles, ainsi que notre petite salle qui n’était pas accessible pour les personnes à mobilité réduite parce qu’elle était en haut d’un d’escalier en colimaçon… En termes d’accessibilité, notre bâtiment n’était plus aux normes : l’accès pour tous les publics était déjà une des premières choses à considérer. Ensuite, les normes techniques ont été revues : toute cet aspect de notre grande salle était à repenser, il y avait des fuites dans le bâtiment, dans les bureaux, le hall, même si cela ne se voyait pas forcément partout ! La structure datait des années 1970 et nécessitait vraiment une réhabilitation complète en termes de vétusté et en termes de réglementation, d’accessibilité et de moyens techniques… On voulait pour autant conserver l’esprit du lieu : cet espace appartient à la ville et reste emblématique !
Le théâtre de La Rose des Vents a ouvert ses portes en 1976 et sa partie historique consiste en un cube en béton qui est notre grande salle. C’est resté notre grande salle, et ce cube était dès le départ une architecture assez innovante pour l’époque. Tout avait été pensé comme une pièce modulable, à fonctions multiples, permettant aux artistes de proposer des mises en scènes immersives, des spectacles en bifrontal, en quadrifrontal… On a voulu garder cette modularité dans la rénovation, et c’est la seule chose qui a été conservée : ce cube en béton.
Au fil des années et dès 1976, il n’y avait que ce cube, et puis tout doucement, la ville s’est construite autour. Villeneuve d’Ascq est une ville nouvelle des années 1970 et c’était le premier lieu érigé à cet endroit, à l’origine on était au milieu d’un champ de betteraves ! Depuis, ça a été urbanisé, et le théâtre a connu des extensions : une petite salle s’est rajoutée, des bureaux pour les équipes administratives, un vrai hall d’accueil… Ces parties-là ont été démolies pour de nouvelles constructions.
AA : C’est Le sourire de Nadja ! La façade a été réalisée en 1978 par l’artiste plasticienne Béatrice Casadesus, et il était primordial pour nous de conserver ce symbole, qui incarne l’identité du théâtre et de son histoire.
AA : Il est certain que ces travaux nous ont fait gagner en accessibilité. Pour les personnes à mobilité réduite, en fauteuil, ou pour les familles avec des poussettes, il faut aussi pouvoir rentrer facilement et s’installer : c’est quelque chose d’essentiel que ces travaux ont vraiment facilité. Il est aussi important de raconter la manière dont on a travaillé sur l’accessibilité aux espaces : j’ai appris énormément, puisque ce n’est pas forcément notre métier à l’origine, mais suivre le chantier de rénovation du théâtre pendant quatre ans et demi a été très enrichissant. La question de la signalétique, la collaboration avec des jeunes d’instituts médico spécialisés, avec notre graphiste concernant les pictogrammes, les différents tests réalisés avec un groupe de personnes pour s’assurer de l’efficacité d’un pictogramme, qui indique le bar, la petite et la grande salle… Il est nécessaire d’accorder du temps à ces questions importantes pour que les gens s’approprient aussi le lieu et ne s’y perdent pas.

La Rose des Vents, 2016
AA : Pendant ces quatre années, notre programmation était éparpillée sur toute la métropole de Lille. Sur une quinzaine de lieux, chez les uns et chez les autres. On a aussi continué à exercer à Villeneuve d’Ascq dans des salles des fêtes, dans des salles polyvalentes, au plus près des habitants pour maintenir le lien autour du spectacle vivant. C’était une manière de dire que nous étions encore là, même si le théâtre fermait ses portes pour une période assez longue. Cela a permis de toucher des publics qui ne s’y rendaient pas forcément avant !
AA : C’était un lieu était plutôt intimidant, et on peut facilement se dire que « c’est pas pour nous » ; ces barrières qu’on a un peu toutes et tous. Aller dans des salles polyvalentes, des salles de fêtes, a été le moyen de nouer des liens plus forts avec des publics qui n’auraient pas osé pousser les portes du théâtre avant. On veut que toutes ces personnes qui ont assisté à nos spectacles pendant cette période nomade, viennent quand on réouvre et qu’ils s’y sentent vraiment les bienvenus. L’objectif de cette réouverture est de proposer des moments festifs, participatifs ! Les weekends de réouverture durant le mois de décembre ont aussi été l’occasion de visiter le théâtre. On a organisé des chasses au trésor pour les enfants, c’était très chouette, et le samedi 6 décembre on a un bal autour des années 80, Bal’s 80, chorégraphié par Christian Ubl et son équipe. Il y avait du monde, et des personnes que n’avaient pas encore mis les pieds au théâtre, c’était un très beau moment. Le weekend suivant, on a réitéré une autre expérience qui était vraiment assez bouleversante : j’avais passé commande d’une œuvre musicale auprès du musicien lillois violoniste Tony Melville, et on a travaillé avec des associations, avec l’école de musique de Villeneuve-d’Ascq autour d’une représentation unique. Cent quatre-vingts musiciens amateurs de tous âges ont répété de septembre à décembre et se sont retrouvés dans la grande salle de La Rose des Vents pour une expérience musicale immersive (les spectateurs étaient au milieu de l’espace), et c’était un moment magique. On est là pour toucher le public le plus large et faire découvrir notre lieu, que les gens s’y sentent chez eux. Que ce théâtre soit un endroit convivial, offrant des propositions artistiques et participatives.
AA : C’est quelque chose qu’on pourra mieux voir au fil de l’année et des prochains spectacles, mais les premières soirées ont été très prometteuses ! Les visites du théâtre ont aussi permis des discussions, du temps privilégié auprès des publics, des recommandations sur les spectacles à venir…

Bal Clandestin Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou Cie CHATHA
AA : Ce vendredi et samedi nous organisons le bal clandestin. La Rose des Vents, c’est aussi un lieu où on accueille de la danse, et c’est quelque chose que j’ai envie de maintenir. On a un très beau plateau pour la danse et à mon sens, c’est important d’accueillir des grands formats de spectacles de danse, ce qui est le cas du bal clandestin organisé ce 23 janvier. Les 20 et 21 mars se tiendra un spectacle unique, Bate Fado, interprété par la compagnie portugaise Jonas&Lander, qui réhabilite à la fois la musique fado mais aussi la danse fado. Ces spectacles internationaux font partie de l’ADN de la Rose des Vents…
C’est difficile de faire un choix, il y a tellement de propositions ! Mais je pourrais vous parler des Dakh Daughters, un groupe de musiciennes ukrainiennes qu’on a le plaisir d’accueillir le 14 mars prochain. Elles mélangeant à la fois musique et chants traditionnels avec du punk et du rock. Il y a aussi le spectacle de Julie Deliquet La guerre n’a pas un visage de femme, avec 12 comédiennes sur scène! La metteuse en scène a travaillé sur l’œuvre de l’écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch, autrice du livre qui présente le témoignage de femmes russes qui ont fait la seconde guerre mondiale, ont occupé des postes importants de médecins, de tireurs d’élite, de pilotes de chasse et qui ont été totalement invisibilisées.

La guerre n’a pas un visage de femme Julie Deliquet Théâtre Gérard Philipe – Centre Dramatique National de Saint-Denis
On leur a demandé de se taire ; et c’est dans cette œuvre que l’autrice leur redonne la parole, quelques décennies plus tard. C’est un spectacle très touchant, qui est un de mes coups de cœur et que je ne peux que vous recommander.
AA : On est très heureux de pouvoir organiser cette 3e édition, qui se déroulera dans notre petite salle, dans notre grande salle, mais pas que ! Des spectacles se joueront ailleurs avec des partenaires de la Rose des Vents ; le Prato à Lille, et la Maison de la Culture de Tournai. J’aime bien l’idée de pouvoir développer ce festival dans d’autres lieux et d’essayer de le faire émerger de plus en plus.
AA : Le fil rouge de ce festival de magie est de montrer la diversité de cette discipline artistique. La magie, c’est tout de suite populaire et intergénérationnel : on l’a vu sur les deux premières éditions, on touche un public varié ! On a nos abonnés, mais aussi un public familial qui ne vient pas forcément, des associations de magie installées dans le Nord de la France, des magiciens amateurs qui s’y retrouvent ! La programmation est très riche ; par exemple, on accueille un concert récital du duo Jatekok : Sorcellerie pour 2 pianos, mélangeant musique et magie ! Des partitions s’envolent, de la fumée sort des pianos… c’est très visuel.
On accueille aussi pendant toute la durée du festival une exposition surprenante, Tropisme Poétique, des plantes qui dansent, mais aussi le nouveau spectacle du magicien Thierry Collet, FauxFaire FauxVoir, à la fois participatif et captivant !
AA : Ce qu’on a gagné avec cette réhabilitation, c’est une salle de répétition qui nous permet d’accueillir des artistes en résidence de création, ce qui est une de nos missions majeures. Pouvoir être à cet endroit là, accompagner des artistes, offre de réelles opportunités. Grâce à ces travaux, on va pouvoir de nouveau les accueillir pour qu’ils puissent faire des recherches, être en résidence, travailler dans de bonnes conditions et les accompagner dans la création de leurs œuvres.
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