Ils sont 400 000 à se presser autour de son squelette…les ossements du saint François d’Assise, décédé le 03 octobre 1226, sont exposés aux pèlerins du 22 février au 22 mars 2026 pour commémorer les 800 ans de sa mort. En parallèle, l’Italie envisage de créer un nouveau jour férié en son honneur.
Une châsse en verre pare-balles protège le squelette jauni du saint, isolé de l’air extérieur par une sous-couche en plexiglas. La vitrine est méticuleusement scellée et placée sous vidéo surveillance 24 heures sur 24. C’est avec précautions que les précieux restes sont présentés pour la première fois à la dévotion des pèlerins devant l’autel de l’ église inférieure de la basilique St François d’Assise. 400 000 dévots sont attendus, majoritairement italiens, mais également venus du monde entier, notamment d’Afrique et d’Amérique du Sud. Tous viennent vénérer les précieux restes du saint, exposés pendant un mois, du 22 février au 22 mars 2026.
Pourtant, c’est la morte saison à Assise, et la ville est plutôt calme en hiver. Alors qu’est ce qui explique cet engouement? Le culte des reliques est une pratique ancestrale, qui naît tôt dans l’histoire de la chrétienté. Les restes des premiers martyrs des catacombes romaines font rapidement l’objet d’un culte et la pratique perdure au Moyen-âge. Chaque évêché participe à la grande course d’acquisition d’un os de l’oreille, d’un bout de vêtement, d’une épine de la couronne christique… ces précieux témoignages sont enchâssés dans des reliquaires orfévrés et l’église-réceptacle devient un lieu de pèlerinage. Le corps de St François d’Assise, transféré dès 1230 dans la basilique n’a été retrouvé qu’en 1818, au cours de fouilles bienheureuses. Depuis, ils n’ont été exposés qu’une seule journée, à un public extrêmement restreint en 1978. La pratique continue! Le corps de Carlo Acutis, un adolescent italien décédé en 2006 canonisé par le pape Léon XIV est également conservé à Assise, dans l’église Santa Maria Maggiore.
Pour qui veut respecter la ligne éditoriale, on se plaira à affirmer que François d’Assise est véritablement un saint «cult» de l’Eglise catholique. Saint patron de l’Italie avec Catherine de Sienne, il est canonisé en 1228, seulement deux ans après sa mort, un beau record. Fils d’un riche drapier en Ombrie, le jeune Giovanni prend le nom de Francesco au terme d’un voyage en France. Issu de la bourgeoisie marchande, il nourrit des ambitions de grandeur, aspire à s’anoblir et rêve d’être adoubé chevalier. Sa rencontre avec un lépreux balaie ces beaux projets.
Il vit une intense conversion à 23 ans et reçoit en songe la mission de «réparer son église en ruine». Il le prend au pied de la lettre, puisqu’il vend la marchandise de son père pour financer la rénovation de la chapelle locale, ce qui ne plaît pas au papa… qu’à cela ne tienne! François laisse tous ses vêtements, part travailler en léproserie. Il embrasse une pauvreté radicale, habite auprès des petits et vit de la mendicité. Il fonde l’ordre des frères mineurs en 1210 et reçoit deux ans avant sa mort les stigmates du Christ. Son texte le plus célèbre reste le Cantique des créatures, un chant religieux célébrant la création : Frère Soleil, Soeur Lune, Soeur Eau…
L’ Italie envisage de créer un nouveau jour férié en l’honneur du saint, célébré le 04 octobre, également un moyen de commémorer le pape du même nom, décédé en avril dernier. La séparation de l’Eglise et de l’Etat en Italie n’a été définitivement ratifiée qu’en 1984 avec les accords du Latran. Par ailleurs, la laïcité n’est pas inscrite dans la constitution italienne et la religion catholique exerce toujours une forte influence dans la vie quotidienne. Le texte est entre les mains du Sénat.
Crédits photographiques :
St François d’Assise prêchant aux oiseaux, Giotto © wikimedia commons