Le baryton-basse belge José Van Dam s’est éteint il y a quelques jours à Bruxelles, et le monde de l’opéra est inconsolable devant le discret départ de l’une de ses étoiles les plus brillantes.
Il avait 85 ans et sa carrière, débutée dès 1970, ira de succès en succès sur toutes les grandes scènes internationales jusqu’en 2010 où il décide d’y mettre fin. L’une de ses dernières apparitions à Paris, fut dans l’interprétation de Germont Père dans La Traviata à l’Opéra Garnier en 2007. Son « Di provenza il mar » sonne encore à nos oreilles avec sa puissance si bien maitrisée et qui traduisait parfaitement les sentiments du personnage de Verdi. Il avait acquis une sorte de plénitude dans ses interprétations, un chant solide, une autorité tranquille, les qualités d’un maître de musique.
Fils d’ébéniste belge, José Van Dam n’était pas a priori destiné à cette brillante et inoubliable carrière de chanteur d’opéra. Enfant, il participe à une chorale, puis étude le solfège et sa rencontre avec son compatriote, le ténor Frédéric Anspach va accélérer la réalisation de son rêve : devenir chanteur lyrique.
Il sera baryton-basse, rapidement célèbre dans le monde entier. Karajan l’a repéré pour l’un des rôles importants de son festival de Salzbourg alors qu’il a fait ses débuts dans les troupes de l’Opéra de Paris, du Grand théâtre de Genève puis de l’Opéra de Berlin.
Il deviendra un baryton-basse de référence, au répertoire fourni, au talent reconnu par tous.
Sa présence sur scène et son charisme façon force tranquille le rendaient inoubliable. Il disait : « l’émotion ne vient pas du volume, mais de la sincérité ».
Nous gardons en mémoire quelques-uns de ses plus grands rôles comme Falstaff, Boris Godounov, Wozzeck, Don Giovanni (et surtout le rôle de Leporello qu’il incarne dans le film de Joseph Losey), le comte des Noces de Figaro, Philippe II dans Don Carlos, Germont père dans la Traviata ou Méphistophélès dans la Damnation de Faust, le Don Quichotte de Massenet, à l’occasion duquel il fit des adieux émouvants à la scène en 2010 à la Monnaie de Bruxelles, chez lui en quelque sorte, et évidemment le Saint François d’Assise de Messiaen, « son » rôle durant deux décennies.
José Van Dam avait une réelle présence sur scène et des dons d’acteur qu’il mit également à profit pour le cinéma.
Outre le célèbre film de Joseph Losey, sorti en 1977, où il est Leporello aux côté du Don Giovanni de Ruggero Raimondi, il incarne également, au cinéma le célèbre baryton Joachim Dallayrac, dans Le Maître de musique, un film belge réalisé par Gérard Corbiau, et sorti en 1988.
Un CD, « le chant d’un maître » regroupe les airs les plus emblématiques des différentes œuvres dans lesquelles il s’est illustré, et quelques-uns des Lieder (Schubert et Mahler notamment) qu’il savait si bien interpréter de cette belle voix chaude, au timbre unique.
Une légende l’art lyrique disparaît et aucun hommage ne saurait être à la hauteur de l’homme exceptionnel qu’il était.
Adieu José !
Visuel : © Naomi Baumgartl