Du 8 février au 26 juillet 2025, le MAIF Social Club à Paris accueille Chaosmos, une exposition imaginée par Jos Auzende. Commissaire d’exposition et directrice artistique, elle réunit douze artistes internationaux pour explorer le lien entre cosmos et chaos, équilibre et désordre, à travers une expérience immersive et sensorielle. Dans cet entretien, elle nous dévoile sa vision et les enjeux de cette création.
Je suis Jos Auzende, je suis commissaire d’exposition, directrice artistique. J’ai un parcours atypique. J’ai participé à l’ouverture du Bateau Phare, une salle de concert, je programmais les concerts, les performances. Puis j’ai participé à l’ouverture de la Gaieté Lyrique, où j’ai créé de nombreux programmes et toute une série d’expositions, et j’ai assumé la direction artistique. Je suis architecte de formation donc ça m’a emmenée à la Biennale d’architecture de Venise, où j’ai été commissaire associée pour le pavillon français en 2023.
J’aime bien effectivement faire du visiteur, l’interprète de ses expériences et j’aime bien travailler à partir de l’espace. Et puis, le sujet s’y prêtait aussi, mais j’aime bien ne pas trop guider le public, j’aime qu’il fasse sa propre expérience.
La saison du Maïf Social Club portait sur le cosmos. C’est cette invitation que Florent Heridel, qui dirige le lieu, m’a faite. Pour moi, le chaos et le cosmos étant indissociables, inséparables, interdépendants, je lui ai proposé de travailler sur le chaos-mos, qui dit donc le chaos et le cosmos, le désordre, le monde ordonné.
Je partais de cette idée qu’on était dans un moment de désorientation, qu’on était face à tous ces moments de rupture de nos équilibres. J’ai commencé ma réflexion avec Vincent Mauger, qui réalise normalement des grandes surfaces praticables sur lesquelles on peut déambuler, et qui sont entre la répétition avec son jeu graphique de matériaux de construction, et la perturbation. Je voulais qu’on fasse physiquement sentir que les choses se dérobent un peu sous les pieds, qu’on est déstabilisés, que ce qui nous fonde est un peu troublé.
Justement, à la Gaieté Lyrique, c’est là que j’ai développé l’idée d’exposition-expérience, c’est-à-dire la notion d’expérience de puiser dans les attributs du spectacle vivant pour faire de l’expo.
J’aime les œuvres qui sont manifestes avec un message, qui nous apprennent quelque chose, mais j’aime aussi être du côté de l’imaginaire, du détour imaginaire. J’ai souvent besoin moi-même de faire un détour par l’imaginaire et de créer des détours, d’autres images, d’autres métaphores. J’ai plus une approche métaphorique, un langage imagé, j’ai besoin de me créer des images.
Et je n’aime pas forcément la pensée du déclin, même si évidemment tout va mal et que c’est effrayant. Je n’aime pas dans mon travail de cultiver une pensée de l’apocalypse, du déclin, qui est soulignée par tout un vocabulaire, de l’effondrement, du dérèglement. Il y a tout ça, tout ça c’est là mais j’aime bien développer des solutions imaginaires.
J’aime bien, au bon sens du terme, faire des expériences par le corps, par les sens parce que je trouve que le corps a toujours une longueur d’avance sur la tête, sur notre capacité à raisonner. C’est aussi une époque, un moment où on a besoin de sortir, de se défaire de ce qu’on sait puisque visiblement ça ne fonctionne pas ou pas bien. Donc je pense qu’il faut qu’on se reconnecte avec quelque chose qu’on ressent et qu’on ressent avec le corps. J’aime bien mettre le corps et les sens à l’honneur dans ces expositions. Souvent il y a l’intellect qui prime, on est là pour apprendre des choses, on est là pour cultiver une approche critique. J’aime bien la même chose, mais un peu différemment aussi. Donc j’aime bien la question du corps et je trouvais que là, c’était le sujet aussi s’y prêtait. On a besoin de changer, d’adopter d’autres perspectives. Si les abeilles parlaient, elles nous diraient quoi ? Comment on s’explique cet ordonnancement ? Pourquoi c’est aussi structuré ? Qui est le créateur de tout ça ? Elles-mêmes, visiblement, elles n’ont pas besoin de chef.