Triste nouvelle pour le cinéma parisien. Jean Max Causse s’est éteint ce vendredi 2 janvier à l’âge de 85 ans. Pionnier de l’exploitation de cinéma, il a œuvré pour celui-ci, et surtout pour la transmission de ce dernier aux spectateurs de toute génération.
C’est une figure incontournable de la cinéphilie parisienne qui nous a quittés le 2 janvier 2026 à l’âge de 85 ans, des suites de complications liées à une grippe. Jean-Max Causse, exploitant de salles de cinéma, et, avant tout, passionné du 7ème art a consacré sa vie à faire vivre, promouvoir et transmettre ce dernier.
Aux côtés de Jean-Marie Rodon, il acquiert en 1966 son premier cinéma, l’Action Lafayette, qui deviendra incontournable pour les amateurs de cinéma américain et de répertoires. Puis, ils fondent ensemble un réseau de salles : Action République, Action Christine, Grand Action et Action Écoles, et développent une approche de programmation novatrice. Pas évident de manœuvrer pour deux salariés d’une compagnie d’assurances, mais, depuis quelques années, Causse fréquente la Cinémathèque française. Et il y rencontre son cocréateur, Henri Langlois, qui devient son mentor. Ce dernier lui apprend tout du cinéma : l’histoire, mais aussi l’art de la programmation et de la transmission, pour que les films d’hier restent des rencontres possibles avec les publics de demain. Dans ces salles, chaque sélection est pensée comme une invitation au savoir, à la curiosité, chaque ressortie est un événement. Jean-Max Causse fait découvrir aux spectateurs français des classiques oubliés et des inédits, attirant les foules autour de projets audacieux : de la première présentation en France de Le Crime était presque parfait en 3D d’Alfred Hitchcock, en faisant venir Douglas Sirk pour la reprise de Mirage de la vie ; en passant par la ressortie de The Shop Around the Corner, d’Ernst Lubitsch. À la suite de quoi, il se sépare en 2004 de son acolyte et continue son œuvre avec son fils et dirige La Filmothèque du Quartier latin.
Au-delà de l’exploitant Causse restaure des films comme Pat Garrett et Billy le Kid de Sam Peckinpah, mais il passe aussi derrière la caméra, en 1972 il co-réalise Le Franc-Tireur, et apparaîtra dans plusieurs films, dont le dernier, Charly, de Isild Le Besco en 2007.
Même si l’on connaît Pathé Gaumont, UGC et CGR, les mastodontes français, quand on s’assoit dans un fauteuil rouge, face à l’écran, on se pose rarement la question de leur rôle, et de qui a choisi le film qu’on s’apprête à voir. Et pourtant, l’exploitant de cinéma est une pièce maîtresse de l’écosystème cinématographique. Concrètement, il est celui qui dirige une salle. Dans le cas d’un indépendant comme Causse, cela signifie endosser la double casquette d’entrepreneur et de programmateur : gérer l’entreprise, ses équipes, son budget, et décider, en négociation avec les distributeurs, quels films seront présentés au public et à quel moment. On l’a dit, cette programmation n’est pas une simple sélection : elle est un acte de transmission culturelle. Or notre façon de consommer des films n’est plus la même. La salle de cinéma doit se battre face à la montée des plateformes de streaming qui captent une part croissante de l’attention des spectateurs, et qui offrent l’accession à des films rares, anciens ou non. L’exploitant, lui, doit aujourd’hui non seulement négocier la disponibilité des films avec les distributeurs – exercice de plus en plus délicat tant le milieu est en tension- mais aussi trouver comment faire revenir les spectateurs, cinéphiles ou simples curieux. L’industrie toute entière du cinéma doit sans cesse se réinventer pour survivre, l’exploitant n’échappe pas à la règle…
Visuel : © La Filmothèque du Quartier Latin