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Isabel van Gelder à la Maroquinerie : un Moment de grâce

par Guy Zeitoun
02.10.2026
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Ce 10 septembre à La Maroquinerie, Isabel van Gelder a confirmé les promesses placées en elle lors d’un concert parisien marqué par la maîtrise vocale, l’intensité de ses chansons et une forte proximité avec le public. À 23 ans, l’auteure-compositrice-interprète originaire d’Amsterdam a également révélé, au fil de la soirée, une personnalité profondément empathique, jusqu’à transformer un incident dans la fosse en un moment particulièrement marquant.

 

La Maroquinerie : incubateur de talents et d’intimité parisienne

 

Nichée au cœur du 20e arrondissement de Paris, La Maroquinerie demeure une salle confidentielle de la capitale pour des initiés de la scène rock et indépendante. Inaugurée en 1997 dans un ancien atelier de travail du cuir, son acoustique remarquable, sa terrasse conviviale, et sa jauge intimiste de 500 places qui offre une proximité rare presque magnétique avec l’artiste, sont à l’origine de son succès. Mais c’est sa programmation qui forge sa légende. Véritable laboratoire de défrichement musical, c’est ici que des icônes internationales comme PJ Harvey, Tame Impala, Ed Sheeran ou Bruno Mars ont fait leurs premières armes parisiennes, bien avant de remplir des stades. Ce 10 septembre, le public présent avait la certitude, avec Isabel van Gelder, d’assister à l’éclosion d’une icône internationale.

 

Kissmet : l’éclat d’une ouverture habitée

 

Pour ouvrir cette soirée, Kissmet, (« la Destinée ») formation britannique en pleine ascension effectuait sa toute première date parisienne. Composé de trois membres: Maggie Baring (chanteuse), Ted Tarling (chœur et écriture), et Alex Anthony guitariste, producteur) d’origine française. L’histoire de Kissmet s’écrit dans la complicité immédiate de ses membres, capables de tisser des morceaux à la fois texturés, nostalgiques et profondément dynamiques.


Porté par une énergie pop-rock alternative hautement contagieuse, le groupe a captivé l’audience dès leur premier single « Darling Don’t You Know Me » sorti en octobre 2025 et suivi des plusieurs titres dont « Memory star », succès de l’été 2026. Alternant riffs de guitares acérés et refrains fédérateurs, la formation enchaîne ses compositions avec une fluidité remarquable. En quelques morceaux, Kissmet a magnifiquement rempli sa mission : réchauffer la fosse de La Maroquinerie et les inscrire dans le paysage pop-rock des années à venir.

 

Isabel van Gelder : la pureté pop à fleur de peau

 

Lorsque la tête d’affiche de la soirée fait son entrée, accompagnée de ses musiciens, une évidence s’impose. Isabel van Gelder confirme dès les premières notes tout le bien que l’on pensait d’elle. À seulement 23 ans, l’auteure-compositrice-interprète originaire d’Amsterdam possède cette aura rare des grandes artistes. Ce qui frappe d’emblée, c’est sa simplicité désarmante et son charme angélique qu’elle se refuse à mettre en scène pour laisser parler sa musique, enveloppant la salle d’une présence lumineuse.


Sa setlist, savant équilibre entre ballades poignantes et titres pop plus légers, met en valeur une voix d’une limpidité absolue. Même en live, là où beaucoup vacillent, le contrôle vocal d’Isabel est parfait, sans jamais sacrifier l’émotion brute. Ses chansons agissent comme des miroirs de son âme, explorant les méandres de ses sentiments, de ses émotions. À travers des morceaux phares comme « Die For You », « My Silly Boy » ou l’obsédant « Complicated », elle dessine le portrait d’une jeune femme moderne, intensément humaine, toujours prête à tomber amoureuse. Elle revendique cette quête d’un amour unique depuis son plus jeune âge, « quatre ans » confie-t-elle avec un sourire désarmant avant de nous offrir une version émouvante « Wicked game », standard de Chris Isaak.


Pourtant, l’un des sommets d’émotion de la soirée fut sans conteste l’interprétation de sa chanson « Run ». Ce titre bouleversant aborde avec une immense délicatesse la thématique de la dépression, des troubles de la santé mentale et de l’accompagnement d’un proche en souffrance. Isabel y exprime une empathie profonde pour les personnes en situation de handicap invisible ou de détresse psychologique, offrant au public un moment suspendu d’une rare intensité narrative.


C’est d’ailleurs cette empathie viscérale qui va transformer ce concert en un moment de grâce inoubliable. Au beau milieu du spectacle, un incident survient : une jeune femme dans la fosse est prise d’un malaise. Loin de feindre l’indifférence ou de poursuivre machinalement son show, Isabel s’interrompt instantanément. Elle fige son groupe d’un geste. Penchée vers la fosse, le regard lourd de préoccupation, elle lui tend sa propre bouteille d’eau et refuse de reprendre tant que la jeune femme n’est pas prise en charge en toute sécurité.

 

Quelques instants plus tard, alors qu’Isabel tient sous son charme une salle qui fait les chœurs sur sa chanson « Like I do », elle se voit offrir un magnifique bouquet de fleurs. Avec une générosité spontanée, elle remercie chaleureusement son public, se tourne vers la jeune femme victime du malaise, tout juste revenue sur devant de la scène, et décide de lui offrir le bouquet sous les applaudissements nourris d’une salle conquise par tant de bienveillance.

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L’empreinte

En quittant les pavés de la rue Boyer, une certitude s’est installée : nous avons partagé l’intimité d’une artiste à l’humanité débordante, capable de transformer un imprévu en une communion magique. Isabel van Gelder n’est pas seulement une voix limpide et une compositrice hors pair ; elle possède ce supplément d’âme qui fait les légendes.

Photos : GZ
Remerciements : L’équipe accréditation – LNF
Son premier album : Minor Details (2026)